Créé le: 29.04.2026
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Tous à bord !

Nature Environnement, Patrimoine, Voyage

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Edith

25

Epilogue

 

Jeudi 24 juillet, vol LX 1047 Hambourg-Genève

 

Edith lisait en attendant que l’Airbus A220-300 de Swiss se remplisse. Avec Léon, ils avaient pu prendre place parmi les premiers, elle en 07C, lui en 07D, avec le couloir entre eux. L’avion avait déjà plus d’une heure trente de retard, mais heureusement, il n’y aurait pas d’escale. Elle était impatiente de décoller, puis d’arriver à Genève, où leur fille les attendait. Le lendemain, ils prendraient le train pour Fribourg. Enfin, ils allaient pouvoir se reposer : une croisière, à leur âge, n’était pas de tout repos ! Elle jeta un œil à Léon qui, fidèle à son habitude, lisait aussi. Il arrivait au bout de son long roman. Elle le vit se lever lentement pour laisser passer deux passagers qui s’installaient juste à côté.

― Eh bien, on se retrouve Madame ! On est même assis les uns à côté des autres, comme à l’aller. Comme vous l’aviez prédit, s’amusa-t-il.

― Mais oui, magnifique ! lui répondit-elle aimablement.

Une fois installée, la dame s’adressa à Edith.

― Nous ne vous avons pas vus à bord, Madame.

― Nous, oui, dit Edith. On vous a vus danser le rock-and-roll.

― Ah oui, s’amusa-t-elle. Nous avons participé au concours de danse. C’était stressant, mais très sympathique. Alors ? comment s’est déroulée votre croisière ?

― J’ai été bien malade. Deux jours au moins. Je n’ai hélas pas pu sortir du bateau au Groenland.

Léon lui toucha l’épaule pour la réconforter et ajouta :

― Et voir ses baleines… Je ne voulais pas y aller sans Edith. Mais j’ai quand même visité Nuuk.

― L’hôpital du bateau était complet, reprit Edith. Cette gastro-entérite a posé beaucoup de soucis.

― Oh, je suis désolée pour vous. J’ai été malade aussi, toute une nuit.

Une seule nuit… Moi, il m’a fallu deux jours pour m’en remettre. Elle est plus jeune. C’est évident, pensa Edith.

Cette croisière n’avait pas été à la hauteur de ses espérances. Leur première croisière serait sans doute la dernière, pensa Edith. Mais Léon, qui l’avait accompagnée uniquement pour lui faire plaisir – elle le savait bien – en avait finalement profité. Il avait moins souffert de son genou, comme si l’air du large avait été le meilleur des remèdes. Il avait lu au moins quatre romans, confortablement installé sur le pont 9. Il avait pris, en tout cas, quatre kilos – il s’était régalé. Et il n’avait manqué aucun spectacle du soir au théâtre. Elle le trouvait rajeuni.

Léon avait été émerveillé par le vol en hélicoptère, tout comme elle. Elle devait tout de même avouer que la croisière avait eu de bons côtés.

― Mais Madame, vous retournerez peut-être au Groenland lors d’une prochaine croisière ? proposa la voisine, avec douceur.

Avant qu’Edith ne réponde, Léon s’enthousiasma :

― Bien sûr. Il faut qu’Edith puisse voir ses baleines, quand même ! Hein chérie ?

Elle acquiesça, souriante. Elle partirait donc une deuxième fois. Pour Léon. Parce qu’il le méritait. Mais voilà qu’il racontait déjà à la jeune femme son baptême de l’air en hélicoptère, ce magnifique cadeau offert par leurs petits-enfants pour célébrer ses quatre-vingt-cinq ans. Enfin… jeune femme, pas tout à fait, pensa Edith en remarquant quelques mèches grises dans sa longue chevelure brune bouclée.

Edith tenta de se replonger dans sa lecture. Mais Léon, tout heureux, décrivait leur vol. La vue immense. La baie, ses eaux aigue-marine. Les villages colorés, typiques de l’Islande. Le survol spectaculaire du volcan. Les fissures les plus chaudes d’Islande. Les champs de lave. Les cratères. Et ce moment où le pilote les avait fait entrer dans l’un d’eux. Eteint, heureusement, mais actif tout de même, paraît-il. Il aurait pu se réveiller… Sacré Léon, pensa Edith. Une vraie pipelette… mais elle l’aimait comme ça.

Finalement, cette croisière avait été une excellente idée, réalisa-t-elle. Dès leur retour à Bulle, chez eux, elle se renseignerait pour en organiser une deuxième. Elle devait absolument découvrir le Groenland, elle aussi. Admirer enfin les baleines. En amoureux, avec Léon. Ce rêve, elle devait le réaliser.

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