Créé le: 29.04.2026
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Tous à bord !
André
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Jour 7
Samedi 5 juillet, en mer
André avait l’impression que le bateau avait changé de cap. Il consulta sa montre Garmin, équipée d’une boussole. L’aiguille indiquait l’est au lieu de l’ouest. Ils s’éloignaient du sud du Groenland, de Qaqortoq où ils devaient débarquer dans deux jours, et semblaient revenir vers l’Islande. Avant cette escale, ils devaient pourtant traverser le passage du Prince Christian – Prins Christian Sund en danois, Ikerasassuaq en groenlandais – un fjord étroit de 100 km de long, encadré de montagnes abruptes et de glaciers plongeant dans l’eau. Des blocs de glace s’en détachaient, formant des icebergs.
André repensa aux photos admirées sur des blogs, notamment celles du glacier Kangerdlugssuatsiak, célèbre pour ses vêlages spectaculaires. Les fragments glacés s’effondraient dans la mer par pans entiers. Un phénomène accentué, pensait-il, par le réchauffement. Il suivait le recul des glaciers suisses depuis des années. À lui seul, le glacier d’Aletsch avait perdu plusieurs centaines de mètres de longueur et jusqu’à cinquante mètres d’épaisseur en quarante ans. Pour créer 1 cm de glace, il fallait environ 1 m de neige… une équation de plus en plus compromise.
― Regarde l’itinéraire du bateau sur l’application, souffla Caroline, le tirant de ses pensées.
― Bien vu, cocotte.
Il s’exécuta, vérifia et grimaça.
― Mince, j’avais raison. On a changé de cap.
― Oh non… Que se passe-t-il ? Viens, on va poser la question à Pierre, le guide francophone. Il aura peut-être une réponse.
Au guichet, Pierre tentait de rassurer un couple mécontent qui s’étonnait de devoir payer de nouvelles taxes portuaires. Il leur expliqua que seuls les vacanciers ayant réservé avant janvier en étaient dispensés. Ils repartirent, contrariés. Gardant son calme, Pierre se tourna vers André et Caroline.
― Je vous écoute. Mais je dois être chez le Capitaine dans cinq minutes.
― On a remarqué un changement de cap… Le bateau retourne vers l’Islande ?
Pierre hésita.
― Oui. Nous avons viré de bord. Je suis convoqué avec mes collègues auprès du Capitaine. Un message officiel ne tardera pas.
― On ne peut pas débarquer à Qaqortoq à cause du mauvais temps ?
― Hélas. La météo ne permet pas une arrivée en chaloupe. Et il reste beaucoup de glace.
― Et le passage du Prince Christian ? demanda André.
Pierre fit une moue et secoua la tête.
― Je suis désolé.
Sans attendre, il se dirigea vers les ascenseurs. Le Capitaine ne patientait pas. On ne discutait pas ses décisions. Il était le seul maître à bord.
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