Créé le: 29.04.2026
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Tous à bord !
Jean-François
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Jour 11
Mercredi 9 juillet, en mer
― La surprise du capitaine ! Nous n’avons pas pu passer par le Prins Christian Sund, mais en compensation : le fjord d’Arsuk !
Martine sourit à son ami et ajouta :
― Espérons qu’André admire aussi le paysage et tous ces icebergs qui flottent… Lui qui était si déçu de ne pas emprunter le passage du Prince Christian.
Martine et Jean-François refermèrent leur veste – la température était fraîche malgré le soleil éclatant – et contemplèrent les beautés du fjord majestueux, encadré par des montagnes imposantes aux sommets enneigés. Ils écoutaient, dans les haut-parleurs, les explications du capitaine et des guides en italien, espagnol, anglais, allemand et français. Ils passèrent devant le village d’Arsuk, au sud-ouest du continent de glace, qui signifie « le lieu bien aimé » en groenlandais. Une septantaine d’habitants y vivaient. Au nord du village se dressait la plus haute montagne de la région, Kuunnaat, qui culminait à 1 418 mètres. Jean-François réalisa que, malgré la beauté du site, il n’aimerait pas y vivre. Un climat subarctique, avec des étés frisquets et des hivers interminables, glaciaux, ne le tentait pas du tout.
Avec Martine, qui l’avait rejoint depuis Paris, il se sentait bien en Alsace. Il appréciait son dynamisme économique et culturel, ses paysages variés : forêts denses, monts et parcs naturels, mais aussi les vins blancs et la gastronomie – il était devenu l’as de la choucroute – et, évidemment, en fin d’année, ses marchés de Noël, ceux de Colmar et de Riquewihr en particulier. Il sentait bien que, pour Martine, citadine dans l’âme, les villages alsaciens manquaient un peu de rythme, et que le bouillonnement parisien lui manquait. Mais depuis leur rencontre, il y a plus de dix ans – et surtout depuis leur retraite – ils voyageaient et découvraient des merveilles autour d’eux. Comme aujourd’hui, sur cette côte de la mer du Labrador : ils voyaient des icebergs ! À septante et un ans, Jean-François n’en avait jamais vu.
Tels de petites embarcations, les icebergs dérivaient sur les eaux paisibles du fjord. L’eau, d’un bleu intense, contrastait avec la blancheur éclatante de la glace, composée d’eau douce très pure. De formes et tailles variées, les icebergs semblaient sculptés par la nature : de véritables œuvres flottantes. Ils évoquaient tour à tour de petites îles, des cathédrales, des crevasses ou des cavernes. Ils brillaient de mille feux, réfléchissant la lumière du soleil sur leurs facettes cristallines. Le spectacle était sublime : reflets dorés, nuances éclatantes de bleu et de blanc, ombres d’un bleu profond.
― Mais où est Louise ? Il faut vraiment qu’elle vienne admirer ces merveilles ! s’inquiéta Jean-François en scrutant le pont 9.
― Oh, laisse-la vivre sa vie d’ado. Elle est sûrement avec ses amis du club, collée comme d’habitude au baby-foot, à moins qu’ils soient aussi dehors, au pont 3, encore plus près des icebergs que nous.
― Je pensais que nous aurions pu partager davantage. Tu sais bien, je ne la vois pas souvent : elle vit tellement loin de nous, soupira Jean-François.
― Tu la verras ce soir. Notre invitation au restaurant japonais la ravit.
― C’est vrai. Ce n’est pas tous les jours qu’on admire un cuisinier jongler avec ses couteaux et chanter à tue-tête, tout en grillant devant nous noix de Saint-Jacques, écrevisses et saumon !
Ils se sourirent et interrompirent leur conversation. De nouvelles explications étaient diffusées. Ils attendirent impatiemment le tour de Pierre, leur guide francophone. Il expliqua enfin que le navire avait dépassé Ivittuut, un village minier abandonné depuis 1987. La colonie était née après la découverte d’un gisement de cryolite en 1799.
― Tu sais ce que c’est, la cryolite ? demanda Martine.
― Un agent dans l’exploitation moderne de l’aluminium.
― Vous en utilisiez dans l’aviation ?
― Non… Nos alliages sont surtout composés d’aluminium, mais aussi de cuivre, de zinc, de magnésium et de silicium, pour plus de résistance et de durabilité.
― Ah… d’accord.
Martine changea de sujet. Son ami devenait intarissable dès qu’il parlait d’aviation, lui qui avait été pendant des années ingénieur motoriste dans l’armée de l’air française près de Nantes, puis chez Jet Aviation à Bâle-Mulhouse.
― C’est un peu triste de voir un village abandonné. Étonnant qu’ils ne l’aient pas transformé en site touristique.
― Il est situé près du Cap Désolation. Pas très vendeur…
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