Créé le: 29.04.2026
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Tous à bord !

Nature Environnement, Patrimoine, Voyage

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© 2026 a VERO

Léon

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Tous à Bord n’est pas seulement une histoire aux accents de “guide touristique”, c’est un billet symbolique pour celles et ceux qui ne peuvent plus voyager, et qui, depuis leur fauteuil, gardent intact l’amour des départs, des ports, des horizons, jusqu’aux rives glacées du Grand Nord.
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Prologue

 

Samedi 28 juin, vol OS 0173 Vienne-Hambourg

 

Léon lisait, à la lumière du hublot, à 7 000 mètres d’altitude, au-dessus de l’Allemagne. L’Airbus A320 atterrirait dans moins de trente minutes à Hambourg. Juste le temps de boire son café – ou plutôt son Nescafé, il en était certain – que son épouse venait d’acheter à l’hôtesse de l’air d’Austrian Airlines. Juste le temps aussi de terminer le dernier chapitre du premier roman d’Hélène Grémillon, Le Confident, qu’on lui avait offert à la librairie de Bulle pour l’achat de deux autres livres de poche. Il aimait lire en français, sa langue maternelle. Avec sa femme, il parlait suisse-allemand depuis leur mariage, il y a plus de cinquante ans, car Edith était originaire de Bâle et ne parlait alors pas bien le français. Pendant tout le vol, il ne l’avait pas lâché – le roman, pas sa femme… Il voulait savoir si Camille, l’héroïne, comprendrait que sa mère biologique était peut-être encore en vie. En lecteur averti, il l’avait déjà pressenti.

Edith discutait avec sa voisine, la belle jeune femme qui lui avait aimablement cédé le siège 30F, près du hublot. Enfin, jeune femme… enfin, peut-être pas. Elle pourrait être sa fille. Elle était élégante, souriante, dans la cinquantaine. Enfin, il n’en était pas certain. Il ne réussissait plus vraiment à deviner l’âge des gens. Peut-être moins : la quarantaine ? Elle n’avait pas de cheveux gris, quoique tant de femmes, comme la sienne d’ailleurs, se teignaient les cheveux. On ne pouvait plus s’y fier… Cependant, il l’avait constaté – il était tout de même observateur – le gris redevenait à la mode. Le mari avait d’ailleurs les cheveux gris, clairs aux tempes, plus foncés sur le crâne. Comme lui. Enfin… lui, il n’avait presque plus de cheveux, c’est pourquoi il portait tous les jours une casquette. Elle cachait sa calvitie et lui donnait un air jeune, comme aimait le lui rappeler sa femme. Et voilà qu’Edith entamait déjà le récit de leur périple auprès de sa voisine : train depuis Fribourg la veille, nuit à Genève pour être à l’aéroport dès 7 h, vol pour Vienne, et à présent pour Hambourg.

Léon tenta de se replonger dans sa lecture, mais une douleur aiguë au genou l’en empêcha. Elle fut si vive qu’il laissa échapper un petit cri. Sacrée arthrite, elle ne lui accordait décidément aucun répit ! Edith lui toucha l’épaule en signe de réconfort… avant de poursuivre, bien sûr, avec un nouveau chapitre : celui de l’histoire de son genou. Sacrée Edith, une vraie pipelette. Peut-être que cette croisière n’était finalement pas une bonne idée, songea-t-il, amer. Sa femme avait organisé pour lui des assistances : à l’aéroport, à bord, et lors des escales. Mais il pressentait qu’il serait plus simple de rester tranquillement assis ou de marcher un peu malgré les douleurs. Il avait accepté cette croisière pour Edith. Certes, c’était leur première croisière, pour ses quatre-vingt-cinq ans et les quatre-vingts ans de sa femme, mais ce serait aussi leur dernière, songea-t-il, philosophe. Si la météo se montrait clémente, il passerait sûrement ses journées sur le pont, à lire. Il laisserait alors Edith se promener seule pendant les escales, plutôt que de lui imposer de pousser une chaise roulante.

Trois expéditions étaient cependant planifiées, dont l’une serait sûrement grandiose : le cadeau d’anniversaire de ses petits-enfants, un vol en hélicoptère au-dessus des volcans islandais ! Edith, elle, se réjouissait d’observer les baleines. Sa femme l’interrompit dans ses pensées en lui touchant l’épaule et en s’exclamant avec enthousiasme :

― Léon ! Quelle coïncidence, Madame et son mari font la même croisière que nous !

― Ah, oui, sourit-il à la jeune femme. Nous avons sûrement réservé nos croisières auprès de la même agence, celle de Neuchâtel.

― En effet, lui répondit-elle. Je pense que nous serons peu de Suisses romands. Nous nous reverrons sûrement sur le bateau.

― Oh, peut-être pas, il y a tellement de monde… s’alarma un peu Edith.

― Alors, sûrement au retour, vous verrez !

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