Créé le: 29.04.2026
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Tous à bord !
Louise
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Jour 18
Mercredi 16 juillet, en mer
Au théâtre Rosa, assise au balcon du Pont 4, Louise avait bien compris que Casanova plaisait davantage à Henriette que son propre mari, un marquis plus âgé, beaucoup moins beau et fougueux. Les chansons de la comédie musicale se succédaient : modernes, dansantes et en anglais pour Casanova ; classiques et en italien pour le marquis. Les deux ténors rivalisaient donc dans des registres différents.
― Vivaldi et Beethoven vont se retourner dans leur tombe ! bougonna un vieux monsieur assis à la rangée devant Louise.
Louise acquiesça silencieusement. Ses huit années de piano lui avaient permis d’acquérir une solide culture musicale. Elle avait donc remarqué elle-même que Les Quatre Saisons et la Cinquième Symphonie avaient été adaptées et transformées avec un rythme moderne, permettant aux chanteurs de proposer des versions qui plaisaient à la majorité des plaisanciers et aux danseurs d’évoluer avec énergie. Ils portaient des masques, comme il sied de le faire à Venise lors du Carnaval, et des costumes soyeux et colorés.
Discrètement, Louise observa Jérémy, assis juste à côté d’elle. Il était craquant, avec un petit air de Pierre Garnier : ses cheveux châtains mi-longs étaient coiffés en arrière, et ses yeux bruns rieurs illuminaient son visage. Sa rivale, Mathilde – qu’elle appelait toujours ainsi, même si celle-ci insistait pour qu’on la surnomme Mati, plus « moderne » selon elle – n’avait d’yeux que pour lui. Elle était assise dans la rangée voisine, à côté de lui et de Thomas. Le grand jeune homme était moins beau que Jérémy, même si son regard expressif et son sourire chaleureux lui faisaient penser à Loïc Bouvon, son chanteur favori. Il était plus introverti, pourtant, que Jérémy. Timide, peut-être ? Il intriguait Louise. À sa gauche, les jumelles gloussaient, toujours dans leur monde à part. Ils formaient un groupe de six Français au Club Ados, un îlot dans un océan d’Allemands et d’Italiens.
En miroir du spectacle qui défilait devant ses yeux, Louise réalisa qu’elle aimerait avoir le choix, comme Henriette. Choisirait-elle Jérémy, le Casanova séduisant mais volage ? Ou Thomas, plus mûr, comme le marquis, mais sûrement moins amusant que son rival ? Les histoires d’amour finissaient-elles toujours mal ? Comme celle de ses parents, de ses grands-parents ? Maman était seule maintenant, mais son grand-père avait retrouvé une amie. L’amour pouvait frapper à la porte à tout âge… Son Pépé Jeff se plaisait dans les bras de sa Martine. Louise n’avait que seize ans, et elle avait déjà compris que l’amour n’était pas éternel… Si elle avait le choix, comme Henriette, elle danserait avec son Casanova, et tant pis pour Thomas.
Louise avait soigné sa tenue ce soir, pour le thème du Carnaval. Un loup en velours noir, confectionné l’après-midi même au Club, relevé au-dessus de son front et repoussant ses cheveux bruns frisés ; bottes noires et argentées ; mini-jupe plissée ; col roulé fin et moulant. Elle s’était rappelé les conseils de maman : ne montrer que ses jambes ou son décolleté, pas les deux, c’était trop vulgaire. Ce qui ne l’avait pas empêchée de briser cette règle de temps en temps pendant cette croisière. Maman était restée travailler chez eux, et ni son Pépé Jeff ni Martine n’osaient lui faire de remarques. D’ailleurs, ils étaient plus branchés que maman… Soudain, Jérémy posa sa main sur sa cuisse, se pencha à son oreille et lui chuchota :
― Lou, pitié, viens avec moi après. Mes vieux veulent que j’assiste à la présentation des Princesses et des Capitaines…
Louise frissonna à son contact et à cette invitation.
― Volontiers. Hugo sera trop mignon en petit capitaine !
― Laisse-moi rire, je suis sûr que ce sera ridicule. Heureusement qu’on a passé l’âge… Tu nous vois en uniforme blanc et robe à volants roses ?
Au lieu de répondre, Louise gloussa, préférant ne pas lui avouer qu’elle aurait adoré.
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