2021 Portrait de Kurt Fidlers

28 janvier 2021 – Vision-interview

Comme la plupart des personnages sortis de l’imaginaire de Kurt Fidlers, je n’ai rien vu venir. Vous lisez tranquillement par une belle soirée d’été et tout à coup vous basculez dans l’hiver. Vous pensez vous heurter à un mur? Il se liquéfie instantanément. Haut-bas, bien-mal, humains-machines, réalité-fantastique, morale-amoralité… la frontière est aussi floue qu’un mirage, aussi mince qu’une feuille de papier. Votre seul secours : basculer dans ce monde incertain en toute confiance.

D’abord déconcerté par le nombre d’histoires apparemment sans point commun, peuplées d’une foule de personnages, vous prenez place dans un drône qui s’élève au-dessus d’une ville cosmopolite, traversée par de grandes avenues, puis des rues transversales, puis des petits chemins, certains se terminant en cul-de-sac. Ruelles, dédales, tours, construction, réseau de routes, métro, géocaliser…  les termes empruntés à l’architecture balisent toute l’œuvre de Kurt Fidlers. Suivez le guide…

Eve_2.00 est la première grande artère publiée par Kurt Fidlers sur Webstory. Entrez de plein fouet dans la science fiction: un agent pathogène a envahi la Terre et détruit les humains dont les derniers représentants survivent dans les profondeurs. Une humanoïde, Eve_2.00 – le seul personnage qui parle à la première personne – est envoyée à la surface pour percer les intentions de l’envahisseur. La situation va entièrement se retourner, mécanisme que Kurt Fidlers affectionne particulièrement. Ce conte philosophique dont l’héroïne incarne des valeurs humaines contrastant avec la rigidité et la froideur des humains est un véritable Ouroboros. La création répétitive de cette femme dupliquée qui revient sans cesse à son point de départ rappelle un cercle sans fin. Nous sommes vous et vous êtes nous: phrase-clé de ce mouvement inéluctable qui rappelle notre appartenance à un Tout mystérieux. Les robots font partie de ce Tout et jouent leur rôle de révélateurs de l’âme humaine.

Restez dans votre vaisseau supraluminique pour survoler Simulacre (une ruelle), fable futuriste dont le Cheval de Troie est un Humano ou robot. Kurt Fidlers se livre à un genre qu’il affectionne : la manipulation. Science fiction, fantastique, polar ou histoire de famille… la psychologie est le liant principal de sa plume.

Et puis, il y a l’Enquêteur. Scientifique, policier ou docteur, il vous accompagne un moment dans le confort avant de vous déconcerter. La situation prend un chemin inconnu où le côté sombre gagne souvent (Pensées obscures, Un après-midi de mai) mais ce n’est que justice… Terme ambigu qui reste à définir.

Underground City (grande artère), une ville tentaculaire aux logements modulables… comme les esprits de ses habitants. Les humains interconnectés et la ville sont construits et manipulés comme dans un jeu de Légo sinistre dans une société futuriste et pourtant nous en vivons les prémices. Qui contrôle et pourquoi? InterLace vous divertit, vous éduque, vous exploite, vous scan en permanence… Tout se passe en dessous, dans le souterrain, avatar du fond de l’âme. Est-il encore possible de faire la différence entre le réel et le virtuel ? Grâce à Casey Dufresne, une jeune héroïne désobéissante et courageuse, l’illusion prendra fin. Cela dit,  nous sommes dans l’univers de Kurt et le doute est permis.

Que dire de la peur? Cette tension, ni bonne ni mauvaise, que Kurt Fidlers entretien dans ses récits en frôlant l’horreur, l’inexplicable. Malgré la fin inéluctable de Tentacules,  nous lisons jusqu’au bout, incrédules que cela puisse mal finir et faire voler en éclats nos espoirs, comme cette barque qui se fracasse sur les rochers. Cependant la peur a son utilité: à nous mesurer, nous dépasser, nous révéler. Et parfois cela finit mal, mais ça nous le savions.

Vous l’aurez remarqué: Les héros sont souvent des héroïnes. Ce sont elles qui protègent, sauvent le monde, manipulent ou apportent leur part de poésie Songe d’une nuit, songe d’une vie.

Science fiction, polar, horreur, fantastique, burlesque et humour noir… tous les genres sont permis. Le commentaire de Jean Cérien à propos de Métamorphoses le résume bien : « Très beau texte qui débute en conte de fée, se poursuit en polar pour finir en science fiction ! Joli tour de force, bravo. »

Dans les petites ruelles, découvrez quelques pépites qui se terminent en cul-de-sac. En apparence. La part d’Anna Bogle est un condensé de fait divers, de fantastique et de polar avec un clin d’œil au lecteur qui devient enquêteur malgré lui jusqu’à consulter le net pour comprendre ce titre énigmatique qui l’éclaire d’une dimension nouvelle. Documentez-vous comme ce webwriter aime le faire.

Les Champs-Elysées vous plonge dans la Grande Guerre tout en glissant dans un autre espace-temps comme une paroi coulissante. Le crédo de Kurt Fidlers martelé comme une lithanie : «La seule victoire envisageable est celle que l’on gagne sur soi-même… »

Engagez-vous dans une traboule littéraire, Le Renard, qui fait la part belle au polar et au burlesque dont on ne vous révèlera rien, ni d’Enchevêtrements, une relation familiale qui illustre le lien temporel entre deux générations.

Pour revenir au point de départ, nous ne résistons pas à suivre encore une grande avenue: Le contrat. Dérision, polar, science fiction… Vous jouerez à Qui perd gagne et serez littéralement renversé!

Impossible de fixer Kurt Fidlers, comme on immobiliserait un papillon pour l’étudier. Depuis son vaisseau spatial toujours en mouvement, cet aventurier de l’écriture, nous livre trente-cinq titres (à ce jour) comme autant de noms de rues qui vous mènent à la désobéissance. Que la clé de Casey Dufresne soit avec vous!

 

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