Mission de sauvetage de l'Omicron. Dans l'immensité personne ne vous entend crier.
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Dans l’immensité errait le gigantesque cachalot au ventre d’acier, lumières éteintes.

Avec fracas, telle une sangsue exsangue, une navette se greffa sur sa coque, vomit un flot de soldats dans l’Omicron, le vaisseau explorateur disparu depuis vingt ans.

Le colonel Frank Kuiper, à la tête de l’escouade, livra ses instructions et scinda son équipe pour procéder à la fouille.

Dans la cabine du commandant, Frank trouva son journal et le parcourut.

 

Jour 5678

Être explorateur a certains inconvénients.

Lorsque l’exploration se résume à vivre quinze années dans un cylindre de métal avec, pour seul interlocuteur une I.A. qui n’a d’émotions que celles de ses statistiques, le temps est long. Très long.

 

Jour 5682

Exoplanète M-113I, non cartographiée.

Distance : 63 millions de km de notre position.

Données compulsées par Rhéa, l’I.A. : course elliptique, révolution solaire 517 jours, masse volumique 6.223 x 124 kg/m3, période de rotation 34 h 23 min 6.3 s, etc

Autorisation délivrée à Rhéa de s’y rendre.

 

Jour 5795

L’Omicron est silencieux.

Ses couloirs, ses pièces aseptisées, sa coupole sous laquelle émergent ses arbres tropicaux, sont autant d’espaces calfeutrés qu’un tombeau.

J’ai réveillé du sommeil cryogénique la biologiste Yulia Xi Jing et l’ingénieur-chef Mika Schmidt. Les autres membres sont maintenus en biostase.

 

Jour 5801

Orbite géostationnaire.

Vue d’ici, M-113I ressemble à la Terre. Le duvet blanc qui parcourt ses mers azur et ses continents me rappellent que je suis loin de chez moi, de ma famille.

Rhéa m’annonce qu’aucune vie organique n’est décelée en surface.

Lancement d’une navette avec, à son bord, Brad, le robot-collecteur. Il part, et avec lui, l’espoir de trouver ce que nous cherchons : une vie, ailleurs.

 

–      Colonel, salua Pier Vaslov, quinze caissons de biostase ont été retrouvés intacts. Aucune trace de l’équipage.

–      Continuez les recherches. Ce vaisseau ne peut pas avoir été abandonné, toutes les navettes de secours y sont encore arrimées.

Frank n’aimait pas ce silence qui parcourait l’Omicron. Tout y était trop serein.

 

Jour 5806

Brad est récupéré par Mika et Yulia.

J’ai réveillé le reste des membres en vue des processus d’études.

L’équipage est aussi excité que moi.

 

–      Colonel, il faut que vous veniez voir ça.

Conduit à la serre tropicale, Frank découvrit ses hommes amassés sous un groupe de palmiers.

Son second indiqua le sommet des arbres couvert en arrière-plan par la coupole vitrée qui laissait entrevoir l’espace constellé d’étoiles.

Ce qu’il y vit alors lui fit froid dans le dos.

Inquiet, le colonel reprit sa lecture d’une main fébrile. Il sentait grandir en lui une peur inexplicable.

 

Jour 5808

La substance découverte dans une couche sédimentaire semble douée de conscience. Après l’avoir inoculée aux souris expérimentales, Yulia a découvert que cet organisme « parasite » son hôte pour s’y développer, s’ensuit une incubation de 26 heures le sujet d’étude entre dans un état embryonnaire.

Une souris a mordu Yulia et a échappé à sa vigilance.

 

Jour 5809

Celui qui fût Mika Schmidt s’est transformé en nymphe.

La tension monte au sein de l’équipe, cette « présence » les terrorise. Yulia ne va pas bien.

Rhéa et le Centre de Contrôle voient en cette entité un agent pathogène qu’ils pourraient utiliser dans les conflits terrestres, ce à quoi je m’oppose.

De l’avis général, nous renonçons à abattre Mika, notre ami.

 

–    Caporal, rappelez les hommes.

Soudain, dans les casques, un cri strident retentit.

–    Regardez, cria un soldat, désignant les cocons suspendus entre les feuillages qui s’étaient mis à pulser, prêts à expulser des choses qui, sous leurs surfaces, tentaient de s’extirper.

–    Tenez-vous prêts à tirer ! hurla le colonel qui reprit aussitôt sa lecture.

 

Jour 5811

J’ai décidé d’éradiquer le mal.

Rhéa a été désactivée.

 

Jour 5812

L’équipage est tombé.

Quelque part dans les méandres de notre tombeau, ils rôdent. Ceux qui constituaient mon équipe ne sont plus eux-mêmes. Bientôt, ils viendront pour moi.

Vous qui lirez ce journal, fuyez et détruisez ce vaisseau. Jamais il ne doit atteindre la Terre. Dieu nous garde !

Ils sont là. Je les entends derrière ma porte…

 

Sitôt qu’il lut les dernières lignes, Frank vit, horrifié, une masse visqueuse enroulée autour d’elle-même tomber sur le sol dans un bruit d’éclaboussure.

Pétrifiés, les soldats regardèrent avec effroi de longs tentacules se déployer dans les hautes herbes, d’où émergea un corps difforme surmonté d’une tête oblongue aux yeux noirs saillants, inexpressifs.

Et malgré les tirs paniqués, aucun n’atteignit son but. La chose, trop rapide, fondit sur le groupe de Frank. Son ultime pensée convergea vers la Terre, bientôt à l’horizon, et ironiquement, la vie qui s’y déroulait, insouciante au fléau à venir.

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