13.03.2020 151 0 Tentacules

Fantastique, Nouvelle

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© 2021 Kurt Fidlers

Nouvelle écrite sur le thème de “Horizons perdus”. Quand un marin prend la mer alors que se déchaîne l’océan. Petit hommage à H. P. Lovecraft.
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C’est d’une sombre taverne du port d’Arkham qu’est née cette folle aventure qui m’a conduite au bord du gouffre de la folie.

Cette auberge recélait des histoires fantastiques que les marins se racontaient au coin d’un feu mourant, alors qu’au dehors, la tempête faisait rage. Mettre une barque à la mer par ce temps n’aurait été que pure inconscience.

Moi, je n’étais qu’un jeune marin que toutes ces histoires fascinaient. J’imaginais que ces contes à dormir debout n’étaient que des sornettes destinées à effrayer les plus crédules, ou les marins impétueux, allez savoir. Avec le recul, peut-être aurais-je dû mieux écouter les anciens.

Mais lorsque le nom imprononçable, effrayant, teinté de toute la menace ancestrale qu’il sous-entendait fut prononcé, je n’eus qu’une envie : me rendre jusqu’à Lui.

Non pas pour taire les railleries dont j’étais victime lorsque j’annonçais que je m’y rendrais, mais pour combler cette curiosité malsaine, qu’aujourd’hui je regrette amèrement.

A bord de mon chalutier décrépi, j’avais remonté la rivière Miskatonic jusqu’à l’embouchure de Kingsport pour naviguer ensuite en direction des eaux plus profondes, là où aucun marin ne s’aventurait. De l’avis de tous j’étais devenu un fou que la curiosité aveuglait d’appareiller alors que l’océan se déchaînait.

Qu’est-ce qui m’avait fait prendre cette décision ? Que voulais-je leur prouver, sinon à moi-même ?

Durant ce qui me sembla être une éternité, je fus secoué par le tumulte, l’horizon apparaissait puis disparaissait à mesure que mon embarcation gravissait des montagnes et les dévalaient aussitôt. Mon bateau et moi n’étions plus qu’une chose insignifiante dans le creux de la main du Dieu Vengeur.

Puis soudain, tout devient étrangement calme. Le marasme des eaux se fond en une chape noire,

tandis que la perspective se couvre d’un halo nébuleux. L’océan se mélange au ciel. L’espace prend une teinte sinistre. Sur l’horizon jaillissent des éclairs nimbant une île que nulle carte ne recense.

L’antre du Dévoreur de Mondes et là, quelque part au milieu de cet enfer. Je le sens. Il enveloppe l’immensité et comme ces eaux, s’écoule en un liquide malfaisant, s’insinue jusque dans les méandres de mon âme.

Je braque la barre dans le vain espoir de fuir ce lieu maudit, oublié de nos dieux bienfaisants. Peine perdue.

La mer, animée par de gigantesques tentacules m’attire vers l’île où demeure la Bête.

Une peur viscérale me saisit, je me rapproche des rivages et constate, impuissant, des carcasses échouées sur une plage stérile où aucun soleil ne brille.

C’est l’antre du Dieu Cosmique qui ne dort jamais vraiment. Et des entrailles de la terre jaillit un râle désespéré, à vous rendre fou.

Le sens des réalités m’échappe. Et avec ce cri d’agonie sonne le glas de l’homme sain que je fus pour ne laisser dans son sillage qu’un pauvre marin mis en pièces par sa terreur.

Là s’élève Cthulhu, la chose innommable, la créature cauchemardesque qui de sa grandeur obscurcit les horizons perdus de la raison.

 

FIN

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