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© 2020 Caroline Bench

En guise d'introduction

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Wild west women est le roman-feuilleton de trois femmes dans l’Amérique du XIXème siècle. Esclaves domestique, sexuelle ou dans une plantation, elles décident de fuir leur destin et se retrouvent sur l'Oregon Trail. Traquées par leurs tortionnaires, elles seront aidées par un jeune anglais.
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PREMIÈRE PARTIE

« Vous devez d’abord accepter ce principe fondamental et général que les sexes ne sont pas égaux et que, pour une meilleure économie des affaires du monde, les hommes, destinés à édicter les lois, ont été dotés de raison en plus grande part. En conséquence, votre sexe est mieux à même de montrer cette obéissance nécessaire à l’accomplissement des devoirs qui semblent lui être plus spécifiquement assignés. Votre sexe a besoin de notre raison pour sa conduite et de notre force pour sa protection ; le nôtre a besoin de votre gentillesse pour nous charmer et nous divertir. » 

Manuel de savoir-vivre : Advice to a daughter, 1783

EN GUISE D’INTRODUCTION

Il n’est jamais simple de commencer, souvent l’on tend à s’égarer dans le choix de la formule facile ou du bon mot au point d’en oublier l’essentiel. Je m’efforcerai donc de rester concis, de m’attacher au factuel, sans effet de style, parce que chers lecteurs, ce qui m’importe réellement est de partager avec vous l’histoire de Rose, Charlotte, Sally, trois femmes exceptionnelles, qui une fois entrées dans ma vie, ont fini par en changer le cours à tout jamais.

Ce qui va suivre n’est pas un roman au sens classique, tous les protagonistes ayant vraiment existé, il s’agit plutôt d’une suite d’événements auxquels j’ai eu la chance d’assister entre 1851 et 1856 lors de mon premier séjour en Amérique et dont je ne suis qu’un modeste rapporteur.

Cependant, et avant de commencer ce récit, permettez-moi de me présenter car en tant que narrateur et témoin privilégié, il me semble important de vous dire d’où je viens et qui je suis.

***

Né à Reading, dans le Bekshire, comté royal (notre Queen Victoria y demeure) et porcin (son bacon y est excellent, loué par Cromwell lui-même !),  je suis anglais et écrivain. Enfin, ce dont je suis absolument certain c’est d’être anglais parce que l’écrivain, lui, est en devenir.

Reading, pour ceux qui l’ignoreraient encore, est une charmante bourgade qui outre le cochon, est  connue pour sa première bataille en 871 suivie 871 ans plus tard par sa seconde bataille. Je ne vous livrerai pas tous les détails mais disons que ce déploiement d’armes et d’hommes fut affaire de territoires et comme dans tout conflit qui se respecte, il y eut un gagnant et un perdant. Ceci étant, si l’on se réfère à la fréquence somme toute limitée de ces affrontements, nous pouvons convenir que la ville de mon enfance était un endroit paisible où cependant je commençais dangereusement à m’endormir.

Heureusement,  nous sommes toujours réveillés par l’Ailleurs, d’où cette décision un jour, de suivre mon instinct  et partir à la découverte de nouveaux horizons.

Ce qu’il y a de troublant avec l’instinct c’est que si vous faites le choix de vous laisser porter par la petite voix qui hante votre esprit nuit et jour, loin de toute rationalité, vous risquez fort de vous retrouver sur un vapeur entre Liverpool et New York, sujet au mal de mer et peu enclin à savourer les délices d’une première transatlantique.

Ce fut mon cas en avril 1851.

Mais ne nous hâtons point et revenons à la genèse.

***

J’eus la chance de bien naître, dans une famille d’excellente réputation, en d’autres termes je suis fils de baron, avec tout ce que cela représente comme obligations (oserais-je dire contraintes ?). La contrepartie, et non la moindre, étant bien sûr de jouir d’une aisance matérielle qui me mettait à l’abri des servitudes de la vie quotidienne. Pour autant, cette vie-là n’eut qu’un temps car comme chacun sait – ou ne sait pas après tout- dans chaque famille se terre souvent un vilain petit canard.

Je fus celui-ci.

La faute sans doute à des idées progressistes et féministes -il se trouve en effet que je suis un homme féministe-, peu conciliables avec mon statut membre de la haute noblesse. Mais peu importe à vrai dire car en tant que puîné, je pus m’exempter des devoirs liés à la condition d’héritier et m’offrir ainsi une certaine liberté de pensée, qui n’eut point l’heur, il faut en convenir, de plaire à tout le monde. Mon père y voyait là quelque raison d’agacement et m’en faisait les plus vifs reproches. Mes frères, très attachés à leurs titres et prérogatives ne manquaient jamais de m’accabler d’invectives et me trouvaient différent. Je ne sus jamais ce que ce qu’ils entendaient par différent. Ou plus exactement m’abstins de le comprendre car j’étais moi, voilà tout.

Ma mère chérie, quant à elle, m’entourait de sa plus tendre affection sans jamais chercher à me juger. Elle considérait la vie avec légèreté, cela suffisait à son bonheur. Esthète, l’âme artiste et vagabonde, c’est elle qui m’incita dès la plus tendre enfance à suivre mes rêves car eux seuls connaissent le chemin affirmait-elle.

Notre peine à l’un et l’autre fut immense lorsque le moment de la séparation arriva tandis que se lisait dans les yeux de mon père un certain soulagement. Ce dernier me fit en outre jurer de ne point compromettre notre famille dans quelque scandale que ce soit, ce que je fis. Mes frères, sans doute plus méfiants, ne se contentèrent pas d’un simple serment et me contraignirent à voyager sous un nom d’emprunt. L’idée de ne plus être celui que j’avais été me révoltait, leur manque de confiance également, néanmoins je finis par me laisser convaincre, admettant qu’ainsi il me serait  possible de n’être plus que ce que j’avais envie d’être.

Jonas Johnson, c’est sous ce nom allitéré et passe-partout que j’embarquai à Liverpool et c’est sous ce nom que je mourrai sans doute.

***

Physiquement, je ne pourrai me décrire avec précision ; l’image que nous renvoie le miroir n’est qu’un moi inversé donc inexact mais disons que ce qui me caractérise -et continue de me caractériser- est un adorable cokehat bowler , chapeau melon si vous préférez, acheté 12 shillings chez Lock à Londres ainsi que le port de costumes somme toute classiques mais de très belle facture. D’aucuns pourraient me qualifier de dandy mais il ne me semble pas être suffisamment excentrique et hautain pour mériter une telle appellation. Quant à la couleur de mes yeux, la forme de mon visage, ma taille… quelle importance en fait ? L’imagination fait le reste est c’est très bien ainsi.

Je vous livre cependant un point essentiel : mon accent et mon humour so british qui peuvent être à la fois agaçants ou amusants. Voire les deux en même temps, ce qui est pire !

***

À cette époque, le Nouveau Monde, plus si nouveau que ça d’ailleurs, faisait rêver. La fièvre de l’or apparue trois ans auparavant n’y était sans doute pas étrangère, la promesse d’une vie meilleure loin de la grande famine pour ces pauvres irlandais, ou de la crise pour tous les autres. Mes motivations s’avéraient certes fort différentes mais quelles que fussent nos origines ou notre condition sociale, nous partagions sans le savoir l’absolue nécessité de fuir quelque chose.

En posant mes bagages en Amérique, je n’avais guère d’obligations si ce n’est rendre visite à un notable près de Saint-Louis afin de lui remettre un pli de la plus haute importance. Toutefois, avant d’entreprendre ce long périple, j’en profitais pour découvrir New York.

Chaque jour, je me levais tôt ; il apparaissait que la matinée était un moment propice à l’observation. Très vite, au hasard de mes pérégrinations, je me rendis compte que la ville grouillait dans toutes les langues et baignait dans un melting pot culturel incroyable. J’en fus, je dois le dire, ébloui.

Cet enchantement malheureusement ne dura guère, car quoi que je fasse, où que j’aille, inexorablement une force centripète tendait à me ramener vers mes compatriotes et tandis que je rêvais d’exotisme, me retrouvais à converser avec tous ceux auxquels je pensais échapper.

Je ne sais plus à quel moment je pris cette décision mais toujours est-il que dans les tout premiers jours de juin, j’entrepris de rejoindre Saint Louis.

***

Il faisait déjà chaud en cette saison et nous étions six, tous logés à la même enseigne dans une exécrable diligence -ou devrais-je dire patache- tant l’inconfort était de mise. Les routes cabossées, la poussière, tout participait à la promesse d’un voyage insupportable or il n’en fut rien, grâce notamment aux plus délicieuses créatures qu’il m’eut été donné de rencontrer et qui transformèrent cet enfer un délice.

Le journal que je tins pendant cette période rapporte de manière précise et détaillée nos aventures communes mais avant que vous ne le découvriez, il me semblait important de laisser s’exprimer chacune de mes très chères amies. Les propos qui vont suivre m’ont été rapportés, je ne pourrais donc vous en certifier la véracité absolue, toutefois considérant ce qui nous est arrivé ultérieurement, je n’ai aucune raison de douter de leur authenticité.

Certains sujets, certains événements choqueront sans doute les âmes sensibles, je m’en excuse, mais  n’oublions pas qu’en Amérique, quoi que l’on fasse, où que l’on aille, se trouveront toujours la civilisation d’une part et la barbarie de l’autre.

Cette même barbarie dont la Femme est bien souvent l’une des victimes.

Puissent les choses changer un jour.

(À suivre)

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Commentaires (4)

Caroline Bench
05.08.2020

Bonjour Naëlle, Que de pression pour la suite qui, je l'espère, saura vous divertir tout autant ! En tout cas, le voyage ne fait que commencer, isn't it ?

NM

Naëlle Markham
04.08.2020

Dès les premières lignes, et malgré le fait que je sois valaisanne, je suis tombée en amour, comme le disent si joliment les Québécois. Avec son humour so british et cet accent inimitable qui se perçoivent en filigrane à chaque ligne, notre conteur, par la plume admirable de son auteure, nous embarque dans son voyage au gré de son langage au charme suranné. J’attends avec impatience de déguster la suite de ses aventures.

Caroline Bench
03.08.2020

Bonsoir Alice, je vous remercie de votre commentaire et suis ravie que ce récit ait pu vous toucher. J'espère que la suite vous plaira également. À bientôt alors !

Alice Leloup
02.08.2020

C'est délicieusement écrit. Je trouve toujours fascinant d'être emportée à lire d'une traite, portée par l'écriture, alors que l'univers n'est a priori pas du tout de mon intérêt. J'attends la suite avec impatience.

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