6. Au comptoir

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Éléonore Ducan pose sa main manucurée sur le comptoir et racle de ses ongles la surface marbrée, dans l’attente que vous réagissiez et leviez enfin la tête de vos registres.

Avant qu’elle ne vous adresse la parole, sûrement excédée par votre manque d’empressement, un rayon de lumière – un petit soleil rose  vif – accroche votre regard. Votre cœur fait un bond : une morganite… voilà qui change tout.

Mme Ducan porte une magnifique bague à l’annulaire. Un trémolo dans la voix, vous vous extasiez, sincère :

–        Mme Ducan, votre bague… quelle merveille. Une morganite, d’un rose vif, d’une luminosité rare.

La millionnaire, visiblement satisfaite que vous la complimentiez, vous laisse prendre sa main pour que vous examiniez sa bague. Vous poursuivez votre analyse, admirative :

–        La pierre est taillée en coussin, facettes larges, montée sur de l’or blanc… oh, bel ouvrage, contraste subtil… surélevée par quatre fines griffes et entourée d’un halo de diamants blancs micro‑sertis. Mmh, très beau.

–        Vous vous y connaissez, ma petite. Et que pouvez‑vous me dire sur la pierre ?

Vous pensez : « ma petite » ? Très bien – si elle veut jouer à ça, vous allez lui montrer ce qu’est une vraie expertise.

Vous prenez votre voix la plus professionnelle, celle qui rassure les clients et impressionne les collègues, et vous la teintez de chaleur.

Vous lui expliquez : une gemme rare… une morganite d’un rose pur très intense, si saturée qu’elle semble vibrer à son doigt, comme si elle respirait. Vous vantez la pureté exceptionnelle de la pierre et la taille coussin qui intensifie encore la couleur.

La cliente, surprise, se sent soudain reconnue, valorisée. Un petit sourire flotte sur ses lèvres : vous avez, semble-t-il, gagné son respect.

Vous pensez : cette clarté solaire est presque trop parfaite, trop puissante. Cette pierre ne dégage pas la sérénité que l’on prête habituellement aux morganites. Elle semble au contraire concentrer une énergie rare, une volonté de puissance. Vous comprenez pourquoi Mme Ducan l’a choisie. Cette pierre lui ressemble. Mme Ducan a la réputation d’avoir un tempérament de feu…

–        Impressionnant. Vous vous appelez… ?

Vous sentez son ton changer. Elle ne vous considère plus comme une simple employée.

–        Cassiopée Mérion, Gouvernante Générale.

Après un moment de flottement, elle demande pourtant, un brin d’agacement dans la voix :

–        Mais où est Hervé ? C’est lui qui m’accueille normalement.

–        Monsieur le Directeur a été retenu. Il m’a chargée personnellement de…

–        Retenu ? Mais n’importe quoi, éructe-t-elle soudain.

Elle tape sur le comptoir et vous menace :

–        Je veux le voir, immédiatement ! C’est lui qui va m’expliquer, personnellement, pourquoi il ne peut pas me souhaiter la bienvenue !

 

Vous voyez la situation déraper. Pas de scandale dans le hall, please. Il faut que vous puissiez calmer Mme Ducan et chercher ensuite le Directeur, puisqu’elle le réclame à corps et à cris.

 

Vous tempérez :

–        Puis‑je me permettre de vous offrir votre boisson préférée au bar pendant que mon personnel apporte vos bagages dans votre suite et que je cherche le Directeur ?

Vous lancez un petit geste à l’adresse des grooms. Ils filent comme des moineaux affolés : ils savent que Mme Ducan n’aime pas attendre. Ils montent déposer les bagages au premier, dans la Suite Rose.

–        Ou préférez-vous vous rafraîchir un moment dans votre suite ?

 

Deux chemins, à vous de choisir.

Sans attendre sa réponse, vous invitez Mme Ducan d’un geste élégant : direction le bar. (4)

 

OU

 

À son expression, vous voyez qu’elle semble soudain fatiguée. Trop d’émotions.

Vous décidez de l’accompagner personnellement à sa suite. (3)

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