Créé le: 21.06.2026
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D’une vague à l’autre
Epilogue
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Dune du Pilat, 27 août
Martin profita longuement de l’impressionnante vue qui s’offrait à lui depuis le sommet de la dune du Pilat, cette montagne de sable qui semblait flotter entre deux mondes : d’un côté la forêt des Landes de Gascogne qu’il avait traversée pendant cinq jours, respirant l’odeur chaude des pins et la fraîcheur de leurs ombres, de l’autre l’océan immense, ouvert, vibrant, qui l’avait accompagné pendant deux mois comme un compagnon silencieux. Il resta là, immobile, à regarder les parapentistes s’élancer dans le vide, leurs voiles colorées dessinant des courbes lentes au‑dessus du sable, comme si l’air lui‑même voulait retenir encore un instant ceux qui s’apprêtaient à partir.
Il aurait voulu rester, lui aussi, suspendu entre ciel et océan, mais il devait se hâter : un train l’attendait à Arcachon, puis un bus, puis la Bretagne. Pourtant, lorsqu’il descendit la dune, le sable glissant sous ses pas, il avançait sans précipitation, comme si le temps, pour une fois, avait décidé de marcher à son rythme.
Il pensa à Amaia, à son étreinte du 22 août, à ce moment où elle avait posé sa tête contre son épaule un peu plus longtemps que nécessaire, comme si elle voulait retenir quelque chose, ou simplement lui dire sans mots qu’il avait compté pour elle. Il ne regrettait rien : certaines histoires ne commencent pas tout de suite. Elles attendent leur heure, comme une vague encore loin au large. Il pensa à Pierre, à leurs rires, à la chaleur de cette dernière soirée. Il pensa à lui‑même, à celui qu’il avait été en arrivant à Lacanau, et à celui qu’il était devenu.
Il avait assez travaillé à Lacanau et à Biarritz pour s’offrir un stage de voile en Bretagne, à Lorient, dans cette Cité de la Voile dont il rêvait depuis longtemps. Il voulait comprendre comment on apprenait à lire le vent, à sentir l’océan sous la coque, à tenir un cap quand tout vacille. Il espérait même croiser Justine Mettraux, la navigatrice suisse qui s’entraînait souvent là‑bas, et dont les exploits l’avaient fasciné depuis des années. N’était-elle pas maintenant la femme la plus rapide de l’histoire de la célèbre épreuve Le Vendée Globe ? Elle lui rappelait que l’on pouvait venir d’un pays de montagnes et choisir malgré tout l’océan, que l’on pouvait apprendre à naviguer loin de tout port d’attache, que l’on pouvait tracer sa route même quand rien ne semblait l’y destiner.
Il sourit en pensant à cette expression qu’il avait entendue mille fois : « l’Everest des océans ». Il aimait ce lien étrange entre la mer et la montagne, entre le vide et l’infini, entre la peur et le désir. Il se dit que peut‑être, un jour, il irait voir de ses propres yeux le départ d’une grande course, quelque part en Vendée, sur un quai battu par le vent, au milieu de milliers de gens qui rêvent à travers ceux qui partent.
Mais pour l’instant, il n’avait qu’une seule certitude : il n’était plus le même. Et l’océan, désormais, faisait partie de lui.
Il remonta sur son vélo, inspira profondément, et se remit en route. La lumière était douce, le vent portait encore l’odeur du large, et la route s’ouvrait devant lui comme une promesse.
Il pédala sans se presser. Il avait tout son temps.
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