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Biarritz, Plage du Port Vieux, 7 août

 

La plage se vidait peu à peu. Les familles repliaient leurs serviettes, les enfants grelottaient, la lumière devenait plus douce. Martin observait tout cela en silence, debout près de la tour de contrôle. Il avait rendez‑vous pour son test. Son cœur battait vite.

Il avait dit au revoir à ses parents un peu plus tôt dans l’après‑midi. Ils repartaient le lendemain. Lui, peut‑être pas.

Il avait encore du mal à croire qu’Armaurri, le formateur de la SNSM, avait accepté de le prendre à l’essai, au dernier moment, pour remplacer un sauveteur parti en urgence pour deux semaines.

Les autres aspirants sauveteurs se rassemblaient déjà : combinaisons courtes, tee‑shirts rouge et jaune, muscles secs, regards déterminés. Quand il rejoignit le groupe, Martin se sentit minuscule parmi eux, malgré son mètre nonante. Mais il ne recula pas.

Armaurri leur parla de l’océan, des noyades récentes, de l’humilité nécessaire. Martin écoutait, tendu. Il connaissait déjà la force de la mer, ses pièges, ses courants. Il avait été retourné, secoué, lessivé. Il savait ce que c’était que d’avoir peur.

Quand Armaurri annonça le début de l’échauffement, Martin prit sa planche. Elle était plus lourde que celles qu’il avait utilisées pour surfer. Plus stable aussi. Il la porta jusqu’à l’eau, les pieds dans le sable froid.

Les premiers mètres furent faciles. Puis la houle se leva. Martin sentit son corps se tendre, puis se relâcher. Il connaissait ce mouvement. Il l’avait appris seul, à Lacanau.

Il passa la première vague, puis la deuxième. Il se mit à genoux, puis couché, puis à genoux à nouveau. Il suivait le groupe, mais il sentait qu’il pouvait aller plus vite.

Quand ils contournèrent les rochers, il accéléra. Le vent fouettait son visage. L’eau salée lui brûlait les yeux. Il se sentait vivant.

À la nage, il donna tout. Ses bras retrouvaient la mémoire de ses années de compétition. Il dépassa deux nageurs. Puis trois. Puis Claris, la meilleure du groupe.

Il entendit un cri derrière lui – un encouragement, peut‑être. Il ne se retourna pas.

Quand il atteignit la plage, il était parmi les premiers. Essoufflé. Mais debout.

Armaurri le regarda longuement.

–        Pas mal, le Suisse.

Martin sentit une chaleur monter dans sa poitrine. Il n’osa pas sourire. Mais il sut, à cet instant précis, qu’il avait une chance.

Le test n’était pas fini. Mais il avait franchi la première barrière.

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