Prologue

1

Sur les routes et les plages de l’Atlantique, Martin apprend à écouter l’océan. Vagues, amitiés, nuits sous les pins : un été qui le sculpte, l’ouvre à lui même et lui révèle une liberté qu’il n’osait qu’imaginer.
Reprendre la lecture

  Yvoire, 13 juin

 

Une légère bise rafraîchissait cette matinée ensoleillée de ce début d’été. Le lac Léman brillait. Ses eaux turquoise se paraient de voiles rouges, noires, blanches ou vertes. Le long du littoral, les régatiers attendaient des brises plus fortes et profitaient du calme imposé pour admirer la cité médiévale d’Yvoire, perle du lac, classée parmi les plus beaux villages de France. Ses remparts, ses portes fortifiées et l’imposant château du XIVᵉ siècle offraient aux touristes non seulement le témoignage de sept siècles d’histoire, mais aussi un écrin de ruelles fleuries, de boutiques et de restaurants.

La Suisse, un bateau Belle Époque à roues à aubes, fleuron de la flotte de la Compagnie générale de navigation, arrivait au port du bourg fortifié savoyard.

Martin observa comment son oncle, à la barre de son nouveau voilier, avait dû virer de bord afin de laisser la priorité au bateau à vapeur. Il cherchait maintenant le meilleur cap par rapport au vent. À tribord, sa tante souquait la drisse à l’aide du winch. Il reconnut, à la tension de la corde et au pli de son front, qu’elle n’était pas satisfaite : la voile respirait mal. La latte supérieure de la grand-voile suivait la bôme comme une ligne de vie, preuve que le réglage approchait de l’équilibre. Le voilier, malgré la bise légère, avançait donc.

Martin soupira : il aurait souhaité que le vent forcisse et que le voilier dépassât les 4,5 nœuds qu’il affichait maintenant. Il aimait la force des éléments, rêvait de grandes étendues d’eau, sentait l’appel du littoral, mais il devrait se contenter d’un lac calme aujourd’hui. Le Léman avait des humeurs sages ; l’océan, lui, promettait des colères franches. Ici, l’eau se laissait apprivoiser. Là‑bas, elle commanderait.

Plus tard, ils auraient en revanche la possibilité de se baigner tranquillement au large et de sortir le paddle. Il pourrait même exercer son équilibre sur la planche de wing surf de son oncle, plus petite et bien moins stable qu’une planche de surf, supposa‑t‑il. Un peu d’adrénaline certes, mais sur un lac calme, tiré par un bateau, cela ne valait sûrement pas les impressions que devaient vivre les surfeurs d’une vague à l’autre, sur l’océan. Il se promit qu’un jour, il goûterait à cette sensation.

Martin admira les remparts d’Yvoire, puis porta son regard au loin, en direction de Genève, la ville qu’il habitait depuis sa naissance. Il se fit la réflexion que plusieurs Genevois, marins d’eau douce, ne s’étaient plus contentés du lac Léman pour leurs exploits et qu’ils avaient bravé les océans : Bernard Stamm, Dominique Wavre et maintenant Justine Mettraux, navigatrice de talent au beau palmarès. La voile suisse brillait en remportant des régates de haut niveau. Pourtant, la Suisse était bien plus réputée pour ses montagnes que pour ses lacs.

D’ailleurs, il en était lui‑même un bon exemple : il randonnait en montagne depuis l’enfance, avait appris l’escalade et était bon skieur. Ainsi, à 19 ans, sa maturité en poche dans une semaine, il pourrait dès la fin de l’été commencer son école de recrue comme spécialiste de montagne à Andermatt, dans le canton d’Uri.

De l’eau, il ne connaissait que les piscines et les lacs, puisqu’il avait pendant de nombreuses années nagé en compétition. Mais depuis quelque temps, un autre appel se faisait entendre. Désormais, il voulait sentir l’air salé de l’Atlantique, vivre les grandes marées, fouler les plages du littoral français – de la Normandie à la Nouvelle‑Aquitaine – et découvrir enfin ce que cela faisait de passer d’une vague à l’autre.

Lire le chapitre suivant

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire