Créé le: 21.06.2026
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D’une vague à l’autre
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Lacanau Océan, 12 juillet
– Pépé, tu montres à Martin comment servir. Il pourra aider au service de midi !
– Ok, Georges !
Martin fut surpris que le grand gaillard en face de lui – la quarantaine sportive – portât déjà ce surnom. Il supposa que ses cheveux blancs et son expérience avaient inspiré le directeur. Marcel était le serveur le plus âgé du restaurant. Martin, lui, était soulagé d’obtenir quelques conseils avant de se lancer.
Jamais il n’aurait imaginé décrocher un job d’été aussi vite. Mais le deuxième patron à qui il s’était présenté, samedi soir, l’avait embauché sur-le-champ, débordé par l’afflux soudain de vacanciers. Le moral en berne depuis le départ de ses amis belges, Martin avait failli quitter Lacanau pour Genève. Puis il s’était lancé un défi : trouver un travail pour prolonger sa découverte du littoral. Il était prêt à écouter les conseils qui lui permettraient de tenir cette longue journée d’essai : deux services à assurer, avec efficacité et sans casse, pour espérer être embauché trois semaines.
– Regarde, Martin : pour porter quatre assiettes, tu en prends trois dans la main gauche – pas quatre, trop difficile pour l’instant – et une dans la main droite.
Devant sa jeune recrue, Pépé fit la démonstration. Il prit la première assiette, la tenant sur l’aile supérieure avec son pouce et sur le rebord inférieur avec son index et son majeur.
– Pour la deuxième, tu descends ton majeur et tu insères l’assiette juste au‑dessus de la première. Tu la tiens avec ton majeur et ton annulaire. Veille à la stabilité !
Il positionna la troisième assiette au‑dessus des deux autres, entre son avant‑bras et sa paume, et la bloqua avec son auriculaire.
– Tu vois ? Le tout doit rester le plus droit possible. Pour la main droite, la quatrième assiette, la plus lourde. Ici, ce sera souvent une grande casserole de moules. Fais gaffe à ne pas la laisser tomber !
Martin imita son modèle. Même si ses mains étaient solides – sans doute grâce à l’escalade – il eut de la peine à tenir les quatre assiettes longtemps. Et elles étaient vides…
– Ça viendra, t’en fais pas, le rassura Pépé. Aujourd’hui, porte deux assiettes ! Et si tu te sens, tente les quatre !
– D’accord. Georges m’a dit que je devrais aussi dresser les tables.
– Oui. Alors je te montre comment porter plusieurs verres de vin. Tu gagneras du temps. Ici, nos clients sont plus « bons Bordeaux » que « bières allemandes ». Il faudra donc aussi que tu débouches les bouteilles et que tu les serves correctement.
Martin admira la dextérité du serveur, qui plaça entre les doigts écartés de sa main gauche, paume en avant, les pieds de douze verres à vin, les uns après les autres. Au‑dessus, il en ajouta encore cinq : un debout et quatre couchés en croix. Puis il saisit les pieds des six derniers verres avec sa main droite.
– Voilà, vingt‑trois en tout ! Le record, c’est cinquante‑et‑un dans une seule main. Moi, je me contente de quinze en général, c’est déjà pas mal… Tu verras, tu y arriveras bientôt.
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