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Plage du Lion, entre le Porge Océan et Lacanau, 14 juillet

 

À la lumière de leur frontale, ils rassemblèrent des brindilles en un grand tas. Elles étaient nombreuses, puisque Martin avait aménagé son camp dans une forêt de pins. Jérôme tenta de les enflammer avec son briquet, mais sans succès.

–        J’ai la solution miracle ! annonça Martin.

Il versa un peu de liquide désinfectant sur les brindilles. L’alcool s’enflamma dès que la flamme du briquet les toucha, et les brindilles rougeoyèrent avant de produire une énorme flamme. Martin et Jérôme se dépêchèrent d’ajouter de petites bûches de bois sec. Tandis que le plus jeune surveillait le feu, l’aîné choisit une branche bien verte qu’il tailla légèrement avec le couteau Laguiole de son hôte. Il la plia sans la casser et embrocha les deux demi‑poulets qu’il avait achetés pour l’occasion.

Quelques heures plus tôt, Jérôme avait téléphoné au jeune Suisse pour lui proposer un repas au clair de lune, après sa soirée reggae qui se déroulait non loin de Lacanau. Il était venu en stop, puis Martin l’avait récupéré à une intersection de parking : son camp était difficile à trouver, au bout d’une piste cyclable, au cœur de la forêt.

–        Martin, mets un peu d’eau sur les flammes. On va cuire le poulet ici, au‑dessus des braises, pas dans le feu.

Tandis que la fumée montait haut dans le ciel étoilé de ce début de soirée, Jérôme tendit à Martin un des bouts de la branche de bois vert. À son signal, ils enfoncèrent profondément les deux extrémités dans le sable. Jérôme plaça ensuite les deux demi‑poulets juste au‑dessus des braises, en veillant à ce que la flamme ne lèche pas la peau tendre de la volaille.

–        On va donner à la chair un bon petit goût de pignes de pin, d’acc’ ?

–        Ouais, nickel !

Les deux compères ramassèrent une dizaine de pignes qu’ils installèrent à la limite du feu, afin que leur essence s’échappât. Pendant la cuisson, le Savoyard saupoudra les demi‑poulets de sel et d’herbes, et le Genevois versa quelques gouttes de citron.

Martin passait vraiment une belle soirée, et voir son aîné s’affairer au bord du feu lui réchauffait le cœur. Partir seul à l’aventure offrait davantage d’opportunités de rencontre. Quelques jours plus tôt, il avait discuté avec Jérôme à la laverie. Il trouvait ce grand gaillard intéressant : barbu, cheveux bouclés, aussi blonds que les blés, allure dégingandée et langue bien pendue. Jérôme lui avait raconté son périple en stop à travers la France, s’arrêtant quelques jours dans les villages et villes qui lui plaisaient, tout en continuant à travailler à distance.

De son côté, Jérôme trouvait que le jeune homme, qui avait tout de même douze ans de moins que lui, n’avait pas froid aux yeux. À peine dix‑neuf ans, et Martin se débrouillait comme un chef !

Après trois quarts d’heure de cuisson, les poulets étaient prêts, et leur odeur délicieuse aiguisait l’appétit des deux campeurs. Ils saisirent chacun une extrémité de la broche improvisée et, tout en criant sous l’effet des flammes qui leur mordaient les doigts, la tirèrent hors du sable. Ils glissèrent les deux demi‑poulets dans une grande assiette en aluminium. Tandis qu’ils refroidissaient, Martin prépara du quinoa en accompagnement et Jérôme un mojito.

Ils mangèrent de bon appétit, tout en discutant. Ils échangèrent leurs impressions sur le Grand‑Bornand, village d’origine de Jérôme et station savoyarde que Martin appréciait particulièrement, tout au long de l’année. Ils découvrirent une passion commune pour la montagne et le ski.

La nuit était bien avancée lorsqu’ils décidèrent de se glisser dans leur tente, sur la promesse de se revoir pour profiter d’un coucher de soleil et d’une bière bien fraîche.

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