2021 Portrait de Naëlle Markham

23 juin 2021 – Vision-interview

Naëlle Markham, tricoteuse d’histoires

Et si tout le monde avait les mêmes chances au départ ? Le monde serait-il plus juste, plus heureux ? En s’inspirant du scrabble duplicate, Naëlle Markham met au défi et questionne sans cesse cette piste comme si elle lançait les dés à chaque fois.

Admettons que nous ayons tous les mêmes lettres dans le jeu de scrabble. Il va falloir être inventif, rapide mais en tout cas jouer, faire le bon choix, prendre des décisions. Ne pas en prendre c’est perdre à coup sûr. Les joueurs se révèlent. A lettres égales, optez-vous pour copule ou couple, reinette ou éternité ? Oui, le temps file… votre échéance vous rattrape. Trop tard pour les « si » et les « j’aurais dû ».

Le destin avance dans Au delà du miroir comme les aiguilles d’une horloge dont l’une fait battre le cœur et l’autre fait parler la tête. Ensemble, elles brouillent la frontière entre le réel et l’intemporel. Naëlle illustre la vie en passant d’une métaphore à l’autre.  Vous naviguerez entre poésies brèves et romans fleuves, balloté entre comédies et tragédies. Sagesse, empathie, perfidie, tendresse…  sont les bouées qui vous guideront dans le tumulte des relations humaines. Cap sur le couple.

La vérité d’Anna est un drame qui se joue sans cesse dans les familles avec au centre: le couple. A la recherche du point de bascule où tout part en vrille dans une relation, traquez celui qui fait virer le bleu vers le noir le plus sombre. Comment se protéger?

L’héroïne, Anna, trouve dans le jour du 29 février la bouée qui lui permet de garder la tête hors de l’eau. Avec cynisme et humour, elle prépare son évasion d’un enfer carcéral où règne une belle-famille peu recommandable. Cette intrigue tout en finesse ne fera qu’une victime, le bourreau, un fait d’arme rare !

Dans le même registre, La smalah et tutti quanti distille le poison toxique du pervers narcissique parmi les membres de sa famille. Maria Giuseppina, aveuglée d’amour, ne remarquera pas les nombreux indices déclinés en couleurs qui devraient l’alerter. Elle ne verra pas l’incohérence entre le discours et la réalité. Pourtant la belle couleur bleue  qui symbolise le bonheur pour Naëlle Markham, se couvre des couleurs sales de la dégradation. L’Opel Kadett rouillée, le canapé plein de poussière, les vitres marquées de taches de pluie, la salle de bain couleur vert caca d’oie, la moquette vert olive… Le lecteur assiste, impuissant, à la chute de Giuseppina. La lumière est la meilleure arme contre les vampires et Giuseppina se sauvera in extremis des griffes du Diable. Morale de l’histoire : FUYEZ !

A la manière d’un conte Tu m’as volé mon fils met en scène une idylle naissante torpillée par la belle-famille. D’origine italienne, Naëlle nous emmène dans le Sud où la famille peut devenir envahissante, alors qu’à l’origine son amour sert à nous protéger. Tous les acteurs du vaudeville tragique sont réunis pour vous en faire voir de toutes les couleurs. Yann et Maya échapperont finalement au sort malsain des sorcières incarnées par les femmes de la famille. Pourtant quand les proches s’unissent Comme les doigts de la main ils prouvent qu’ensemble, on est plus fort, ne serait-ce que pour tenir le crayon qui écrit l’histoire et libère les mots.

Résolument terrienne, Naëlle Markham, à l’image du caméléon, elle se fond dans les histoires de vie que nous avons en commun. Son écriture suit la trame d’un tissage où la couleur bleue sert de refuge.

Le bleu. Définitivement la couleur de la douceur. Elle rapproche les êtres et ouvre la porte à l’espoir au-delà des drames. Dans Les jours bleus, Pia crochète une couverture de la couleur du ciel, tellement dense qu’elle protègera l’enfant à naître. Son ouvrage imparfait lui apporte la fierté qui lui manque, celle d’avoir accompli un autre ouvrage parfait, son enfant. Bleu ciel, turquoise, bleu intense jusqu’au bleu délavé, Pia traverse les étapes de sa vie sous l’emprise des crochets du temps. Pour retenir les mots bleus, elle écrira cette fois encore sur un écran… bleu. Puisse-t-elle ne pas se retrouver seule comme Lella.

Prenez la place de l’enseignante exaspérée face à un adolescent malin. Mettez-le au féminin illustre une phrase de l’introduction : « Le monde subit le genre qui le détermine ».  En cinq chapitres, cette nouvelle résume les sujets qui passionnent Naëlle Markham : les relations humaines. Souvent des sujets graves qu’elle décrit avec humour. Pendant que l’enseignante se lance le défi colossal de trouver le point de bascule, repérer l’instant qui a vu naître le déséquilibre entre humains de sexe opposé… un autre défi imprévu vient déranger sa mission : un adolescent malicieux la provoque justement dans le sujet féministe qui la préoccupe. Une tendre fable pleine d’humour et de complicité.

La question reste entière : où se trouve ce fameux point de bascule qui fracasse nos barques contre les rochers alors que le ciel semblait clément ? Comment se protéger des relations malveillantes, des coups du sort, de soi-même ?

Dans Inondés immergez-vous dans la couleur rouge sang du danger omniprésent des ondes. Il ne nous est plus possible de fuir le pire de nous-mêmes, celui qui nous détruit de l’extérieur dans un bombardement d’ondes électromagnétiques et de l’intérieur comme dans Solitude, où un individu s’isole du monde grâce à ses écouteurs, sorte de mutant fantomatique qui se protège de la communication.

Naëlle Markham est une tricoteuse d’histoires, qui grâce au choix des mots, contribue inlassablement à réaliser une couverture qui nous protège de tous les drames avec lucidité, humour et poésie.

Comme le dit Jean Simard, « curieuse langue française, et prophétique, qui fait commencer l’amour comme la guerre par une déclaration ! » Alors, si nous recevons tous les mêmes cartes au départ, choisissez-vous plutôt « éternité» ou « étreinte» ?

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