Créé le: 28.12.2020
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Le bonheur est si peu de chose

Journal personnel

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© 2020-2026 a Chantal Girard

Le bonheur est si peu de chose

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Le bonheur est chose légère Que toujours, notre cœur poursuit Mais en vain, comme la chimère On croit le saisir, il s'enfuit... (Extrait de "Le Bonheur" paroles de Jean Villard Gilles)
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Il faisait beau ce jour-là, le printemps -particulièrement éblouissant cette année- était sur le point de se métamorphoser en été. Longtemps retenu par les froidures d’un hiver beaucoup plus rigoureux que ceux des années précédentes, on aurait pu croire que décembre avait joué les prolongations et résisté jusqu’aux portes du printemps. La nature, n’attendant qu’un rayon de soleil pour exploser, s’était transformée en un feu d’artifice flamboyant et coloré. Avril nous avait comblé: les bourgeons s’étaient donné le mot pour tous éclater en même temps et ce déchaînement de feuilles et de fleurs nous faisait revivre sous l’énergie vibrante de cette nature en pleine expansion.

 

La terre offrait tant de beauté… nous la regardions, la savourions avec bonheur, le cœur emplit d’une joie que rien ne semblait pouvoir assombrir.

 

Il faisait beau ce jour-là, oh oui, tellement beau !

 

Et puis il y a eu cette nouvelle et le ciel s’est assombri subitement; le soleil venait de s’éclipser derrière un mot, un seul, asséné comme un coup de poignard: cancer.

 

Ce mot, de plus en plus présent dans notre quotidien par les médias de tout bord, est devenu presque banal, mais lorsqu’il s’arrête dans notre existence les choses changent… Telle une lame, il pénètre en nous et se glisse, sournoisement, dans l’univers de nos pensées. La douleur de cette blessure ne se fait pas encore sentir, seul l’information s’infiltre. La tête raisonne, minimise, prend du recul… mais il est déjà trop tard. Comme les ondes s’étendent après un choc l’information s’immisce, se déploie, atteint la gorge et bloque la salive. A ce stade, incrédule, on pense qu’il est encore possible de recracher ce mot, de l’expulser de notre vie afin qu’il disparaisse à jamais, loin, très loin. Hélas le mot continue son chemin, atteint l’estomac s’y installe et là, commence son véritable travail de sape. Ce vocable prend alors de l’ampleur, distille son poison à chaque inspiration et serre dans un étau le cœur qui bat la chamade affolant l’organisme tout entier. Il s’étire, s’incruste, nous envahit de pied en cap et malgré l’énergie déployée pour le nier, le rejeter, lentement il se transforme en réalité, nous laissant abasourdi, hébété, effondré.

 

Depuis ce jour où nous avons appris ta maladie, tout a changé. Pour toi l’avenir est devenu plus court, pour moi l’amour que nous partagions s’est profondément intensifié. Plus rien ne comptait, tu devenais ma seule raison de vivre; tout ce qui existait en dehors de toi s’estompait dans une brume qui m’évitait de voir ce qui se passait au-delà. Seul le chemin que nous suivions m’importait.

 

Pour reprendre notre souffle et retrouver l’énergie de cette nature qui nous avait tant apporté, nous marchions dans ce bois que nous connaissions si bien. Nous marchions sans parler, je mettais mes pas dans les tiens peut-être pour fixer à jamais tes empreintes dans le sol… Nous faisions « comme si » mais le temps n’était plus le même qu’avant, qu’on le veuille ou non, il avait changé de dimension depuis que nous savions. Pourtant tu allais guérir je le sentais, je le savais. Je le croyais. Etais-je la seule ou partageais-tu ma confiance ?

 

Les mois ont passé, ensemble nous avons marché d’un seul cœur aussi longtemps que nous avons pu. Si le temps a continué sa route, la tienne, s’est arrêtée…

 

Nous tenions le bonheur, il a suffi d’un mot pour l’emporter, un mot pour t’emporter…

 

On ne remonte pas le temps...

2

La mort de celui qui était l’autre partie de nous, celui que l’on aimait plus que tout, entraîne une douleur si vive, si insupportable, si profonde qu’il n’existe aucun mot pour la décrire, aucun exemple pour l’expliquer.

 

Certains l’ont expérimentée: cette douleur est inconcevable, inexprimable. Elle ravage l’être tout entier, dévaste le cœur, ruine les espoirs qui avaient cours tant que la vie palpitait et, d’une certaine façon, efface l’avenir…

 

Quand le dernier soupir de l’être aimé s’éteint c’est d’abord l’hébétude… Mais, paradoxalement, c’est également l’impression fulgurante que notre puissance d’amour va pouvoir faire reculer cet inéluctable seconde, lui faire faire un pas en arrière, remonter le temps l’espace d’un seul -d’un unique- soupir, pour simplement retenir à l’infini cet instant juste avant.

Mais on ne remonte pas le temps…

 

Quand on aurait donné sa vie pour sauver celle de l’être que l’on chérit; quand on a mis toute son énergie, et bien plus encore, pour repousser à la force de l’amour et de la rage de vivre, cette horrible maladie qui ronge de l’intérieur celui que l’on tient contre son cœur; quand on a repoussé les limites de tout ce que l’on pouvait imaginer et que, malgré toute cette détermination et cette espérance chevillée au corps, ces mots, tel le couperet de la sentence, tombent: « C’est fini » alors le monde s’arrête.

 

Il faudra vivre longtemps encore pour retrouver un jour le goût de l’existence sans l’autre.

Il faudra vivre mille souffrances, mille regrets, mille remords peut-être pour voir s’estomper petit à petit son chagrin.

Il faudra… que sais-je encore ?

Et puis un matin la douleur ne sera plus aussi vive, aussi violente, la guérison sera en chemin. Plus tard, bien plus tard, on verra encore la cicatrice mais celle-ci ne fera plus souffrir autant, sauf au changement de temps, de saisons, d’humeur, de rencontres avec les souvenirs…

 

Profite bien de tous ceux que tu aimes et de ceux qui t’aiment car, lorsqu’ils s’en vont, les mots, les attentions, la présence des autres nous aident, c’est vrai, mais la lame de fond qui nous fauche à ce moment, lamine notre être tout entier et nous anéanti pour longtemps.

 

 

 

 

Commentaires (1)

Thierry Villon
04.04.2021

Merci, Chantal, de l'avoir si justement décrit, cet instant où soudain toute la force de la vie abandonne l'être aimé, ne reste au survivant que la grande question : et après ?

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