Le bonheur est chose légère Que toujours, notre cœur poursuit Mais en vain, comme la chimère On croit le saisir, il s'enfuit... (Extrait de "Le Bonheur" paroles de Jean Villard Gilles)
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Il faisait beau ce jour-là, le printemps – particulièrement éblouissant cette année – était sur le point de se métamorphoser en été. Longtemps retenu par les froidures d’un hiver beaucoup plus rigoureux que ceux des années précédentes, on aurait pu croire que décembre avait joué les prolongations et résisté jusqu’aux portes du printemps. La nature, n’attendant qu’un rayon de soleil pour exploser, s’était transformée en un feu d’artifice flamboyant et coloré. Avril nous avait comblé: les bourgeons s’étaient donné le mot pour tous éclater en même temps et ce déchaînement de feuilles et de fleurs nous faisait revivre sous l’énergie vibrante de cette nature en pleine expansion.

 

La terre offrait tant de beauté… nous la regardions, la savourions avec bonheur, le cœur emplit d’une joie que rien ne semblait pouvoir assombrir.

 

Il faisait beau ce jour-là, oh oui, tellement beau !

 

Et puis il y a eu cette nouvelle et le ciel s’est assombri subitement ; le soleil venait de s’éclipser derrière un mot, un seul, asséné comme un coup de poignard: cancer.

 

Ce mot, de plus en plus présent dans notre quotidien par les médias de tout bord, est devenu presque banal, mais lorsqu’il s’arrête dans notre existence les choses changent… Telle une lame, il pénètre en nous et se glisse, sournoisement, dans l’univers de nos pensées. La douleur de cette blessure ne se fait pas encore sentir, seul l’information s’infiltre. La tête raisonne, minimise, prend du recul… mais il est déjà trop tard. Comme les ondes s’étendent après un choc l’information s’immisce, se déploie, atteint la gorge et bloque la salive. A ce stade, incrédule, on pense qu’il est encore possible de recracher ce mot, de l’expulser de notre vie afin qu’il disparaisse à jamais, loin, très loin. Hélas le mot continue son chemin, atteint l’estomac s’y installe et là, commence son véritable travail de sape. Ce vocable prend alors de l’ampleur, distille son poison à chaque inspiration et serre dans un étau le cœur qui bat la chamade affolant l’organisme tout entier. Il s’étire, s’incruste, nous envahit de pied en cap et malgré l’énergie déployée pour le nier, le rejeter, lentement il se transforme en réalité, nous laissant abasourdi, hébété, effondré.

 

Depuis ce jour où nous avons appris ta maladie, tout a changé. Pour toi l’avenir est devenu plus court, pour moi l’amour que nous partagions s’est profondément intensifié. Plus rien ne comptait, tu devenais ma seule raison de vivre; tout ce qui existait en dehors de toi s’estompait dans une brume qui m’évitait de voir ce qui se passait au-delà. Seul le chemin que nous suivions m’importait.

 

Pour reprendre notre souffle et retrouver l’énergie de cette nature qui nous avait tant apporté, nous marchions dans ce bois que nous connaissions si bien. Nous marchions sans parler, je mettais mes pas dans les tiens peut-être pour fixer à jamais tes empreintes dans le sol… Nous faisions « comme si » mais le temps n’était plus le même qu’avant, qu’on le veuille ou non, il avait changé de dimension depuis que nous savions. Pourtant tu allais guérir je le sentais, je le savais. Je le croyais. Etais-je la seule ou partageais-tu ma confiance ?

 

Les mois ont passé, ensemble nous avons marché d’un seul cœur aussi longtemps que nous avons pu. Si le temps a continué sa route, la tienne s’est arrêtée…

 

Nous tenions le bonheur, il a suffi d’un mot pour l’emporter, un mot pour t’emporter…

 

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