Le livre de ma vie!

Comment trouver les livres de notre vie, ceux qui marquent vraiment? Imaginons un instant qu’en voyant pour la première fois un livre, toutes les lettres qu’il contient se métamorphosent en ces petites pâtes symbolisant l’alphabet. Qu’on les rassemble dans un bol avec un bon bouillon et qu’on puisse en apprécier la saveur. Clairement, on gagnerait du temps. Alors, dans la vraie vie? Les symptômes ne trompent pas: d’abord le titre nous intrigue. Le livre repose encore sur l’étalage.On déflore la quatrième de couverture et… on en redemande. On ose guigner une page au hasard, on en admire le verbe. Prêt, partez, feu: plongée dans les chapitres. On croche, on s’identifie, on s’attache, on s’émeut. L’envie de connaître la fin est à la hauteur de la clairvoyance de ne pas la connaître. Jamais le pouvoir de tout gâcher n’a été à ce point à portée de main.Le livre migre sur la table de chevet. Arrivé à un point, on devient carrément antisocial: on se surprend à vouloir abréger une conversation pour poursuivre sa lecture.Le livre s’invite à présent dans le sac à main. Puis, on lui consacre chaque minute de son temps libre.Le livre ne quitte désormais plus les mains de son maître. Jusqu’à ce que la dernière page se présente inéluctablement. Comment se sent-on alors? Comme une coquille d’œuf qu’on vient de frapper d’un coup sec pour en vider le contenu. Pire, une coquille vide et abandonnée. Au fond, c’est un deuil insensé de personnages n’ayant souvent pas même existé. Mais surtout, qui d’autre peut nous comprendre ? Personne, à dire vrai. Alors pour s’égayer, on prend un nouveau bouquin. C’est sans doute le plus beau cercle vertueux qui soit.

© Sandra Zanelli, journaliste et fondatrice d’Egid

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