Créé le: 30.05.2026
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Nouvelle lecture en creux II (suite)
Chapitre 1
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Je poursuis cette relecture du Traité du désespoir qui m'entraine plus loin que je ne l'avais imaginé. Merci à Soeren Kierkegaard. Son dernier livre suscite un dialogue entre les siècles et les âges.
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Chapitre 6
« Car n’en déplaise aux philosophes, la réalité ne s’unit pas au possible dans la nécessité, mais c’est cette dernière qui s’unit au possible dans la réalité » (p.100)
A ce moment du chapitre premier (IIIème livre), on ne peut interrompre l’auteur ni la lecture. Chaque mot de Kierkegaard s’impose dans le texte. Ces articulations virtuoses, en même temps sereines et inquiètes entre le moi, le possible et la nécessité. C’est si bien observé, mais ce n’est pas clinique. Il y a des travellings comme au cinéma que Soeren ne connaissait pas. Il y a vu, pourtant, ces changements de séquences et les relations qui s’opèrent entre les diverses réalités d’une existence (ou de toutes les existences). Le possible implique un épuisement. Il ne comprend pas le passé. La nécessité est une valeur vraie qui ne transige avec aucune autre idée. Cette union du possible et de la nécessité ailleurs que dans l’idéalité, je m’en méfierai, sans l’avouer. Il faut être humble devant le dynamisme, pour un moi mutique, de la réalité, dont celle des jours renouvelés. Il ne laisse guère de place à cette même humilité qui ne serait que vanité. Lionel Jospin, un ancien premier ministre de la France, dont on repasse les interviews et les apparitions à l’occasion de son décès, affirmait en souriant sur les plateaux télé être « doué pour le bonheur ». Sa force dans la voix et les éclairs de son regard pour affirmer cela, d’expérience vécue par lui à en croire cet énoncé péremptoire qui me surprend longtemps après l’enregistrement de cette émission (vers 2010). Il faut lui faire confiance, il a dû le dire souvent. Je ne sais pas s’il a lu Le traité. Peut-être bien, c’était un lettré. Mais il s’en est éloigné. Non que cette lecture, qui permet de fréquenter les arcanes du désespoir, doive nous priver d’aptitude pour le bonheur. Le commun de la félicité. Mais cela ne peut être un don que l’on exhibe. L’ancien premier ministre était valeureux, sobre et discret. Il est question du désespoir de tous mais non de chacun. Considérés comme tels ou pris séparément.
« Un moi qui se regarde dans son propre possible n’est guère qu’à demi vrai » (p. 100 ). Je trouve ces pages plus précises encore que je n’en avais le souvenir. Rien à redire et m’en trouve estomaqué. Transporté de vocable en concept. Les égarements que contient le possible, le désir et la mélancolie imaginative qui pèsent tant sur toute existence. En 1985, année de ma première lecture, j’étais comme piégé, sans marge de manœuvre, alourdi et emprunté par ces sentiments. Aujourd’hui, je viens essayer de comprendre qu’un allégement de cet ordre des choses peut se concevoir et se vérifier. Mais le possible de ma lecture est en jeu et la nécessité du texte viendra le confirmer.
Le possible de la page blanche, celui des vastes contrés, d’une journée en montagne ou des contraintes d’une destinée. Nous pensons tous à mieu voire à l’éviter. Le possible ne se définit pas, il se recroqueville au sein de la confiance. Ensuite, nous pouvons être amenés à y repenser. Fallait-il le protéger, mieux le servir ou le bousculer ? « Un possible et notre désespéré reprend le souffle, il revit (…) » (p. 103). C’est dans ces pages que Kierkegaard rappelle qu’« à Dieu tout est possible » (p. 102) et qu’il abandonne son sort sans espoir le lecteur qui ne croit pas. Le livre reste ouvert et chacun choisira selon, justement, son possible, ce qui existe en lui ou ce à quoi il n’a pas accès. Une existence même dépourvue de possible peut être « désespérée ». Elle l’est « à tout instant » que manque le possible (p. 102). Ce n’est pas tant le sort qui nous désespère, nous sommes prêts à accepter cette survenance des effets de la nécessité. C’est ce que le possible a manqué de nous réserver qui nous attriste, son déploiement dans le passé. « Croire à sa perte est impossible » (p. 104). Kierkegaard en vient à souligner le mot croire. Je devrais ici parler de mon impossibilité dans le possible et l’imaginaire de la foi. Mais ce serait intempestif et dépourvu de confiance en la foi de l’autre. Je résiste à l’idée de comprendre sans avoir à m’expliquer. Existence désespérée ? Suite d’instants peut-être, mais toute une existence reconsidérée sans espoir ni possible peut générer un élan, un besoin de reconsidération.
L’être humain étant une désignation générale, le moi une définition très spécifique, dans le traité puis en psychologie, la personne présentant plutôt un emploi éthique ou juridique, comment nommer cet individu, usage policier, ou ce sujet, usage en sciences sociales ? L’homme, le moi, la personne, l’individu, le sujet. Le for intérieur, l’apparence, le soi. Je n’arriverai pas à un choix satisfaisant. L’être vivant dans le monde et par lui-même, seul. Il souffre c’est sûr ; et il lui revient de vivre. Entendu au restaurant, à la table d’à côté. La plaisanterie archi-connue que je n’ai pas reconnue. « Condamné à mort en deux lettres ». Je cherche dans mon coin, mais rien de me vient. « Né », bien sûr suis-je distrait. Et je la connaissais. Condamné mais entre-temps, tous ces individus n’on pas le choix, il faut trouver les ressources sinon pour le bonheur à la Lionel Jospin, du moins pour affronter et dépasser la souffrance. Ces ressources personnelles, à un point de l’existence, sont les seules qui nous permettent, et encore, de rester présent au sein de notre vie. Celles de tel proche diminuent, celle-ci s’est éloignée. On ne souhaite pas mettre à contribution celle ou celui en qui, par le silence, le mimétisme ou l’affection, inconsciemment, nous avons déjà beaucoup puisé. Ce qui reste en nous, de nous, à épuiser, dont une part vitalisée est le désespoir. De la banalité des philistins, « (…) L’esprit (…) est absent alors que dans le déterminisme et le fatalisme, il désespère ; mais le manque d’esprit est encore du désespoir » (p. 106). Là encore, aucun type, aucun genre auquel se rallier. Aucune assurance, pas de certitude. Je ne connais pas la catégorie dans laquelle je puis me reconnaitre. Kierkegaard est sévère avec la banalité et le manque de possible des philistins. Il sait quoi leur opposer. Ce n’est pas une proposition. Mais je n’entrerai pas. Je n’étais pas entré lors de ma première lecture. J’ai le souvenir d’une rare discussion intéressante avec un lecteur croyant. Je me demande bien ce que j’avais pu entendre et, pire, ce que j’ai pu dire.
Jeanne Hersch souligne dans sa présentation de Kierkegaard comment celui-ci, par la foi et par le paradoxe qu’il voit en la personne du Christ, résout (ce n’est pas un bon choix de mots s’agissant de Kierkegaard) la rencontre de l’instant et de l’éternité. Deux historiens de la philosophie rappellent cette approche dans leur ouvrage de 1967, « Mais ici encore le choix est requis ; et l’instant où il s’opère consacre pour l’homme « la plénitude du temps » ; tout en le laissant plongé dans les tribulations du monde fini, il intègre dans sa vraie patrie l’éternel » Weber Huysman, Histoire, p. 312 ». Kierkegaard a donné un sens chrétien au possible ce qui lui a permis d’enrichir plus encore son imagination et toutes les autres définitions, dont celle de l’individu, s’en sont trouvée magnifiées. Je ne parviens pas à le suivre aussi strictement que je le souhaiterais. Mais je poursuis ma relecture.
On croise aujourd’hui sur les réseaux des philosophes qui se disent ou se montrent plus positifs, dès le départ. Respect à eux et oublions de dire s’ils sont déterministes, fatalistes ou philistins. Aucun d’entre eux peut-être. Une jeune femme disant combien il est important de consacrer son temps de vie, avant la mort, à vivre pleinement pour être celle ou celui qui aura bien vécu. Sagesse populaire ou érudite. On trouve de cela dans les livres de tous temps. Réentendant cela je perçois que ma relecture – qui en devient une première véritable lecture – permet, par la subjectivité, de revenir à une spiritualité plus essentielle qui dépasse les temps de vie et de mort les inclus l’un à l’autre. Il s’agit de spiritualité, un état d’esprit dans et pour la vie avec les autres temps d’existence et de non-existence. Il faut donc une vie pour s’éprouver.
Chapitre 7
Celui donc qui vit un bonheur dont il se flatte se fâchera à l’égard de qui souhaite le tirer de « son erreur . « Pourquoi ? Mais c’est qu’il est la proie de la sensualité et d’une âme pleinement corporelle ; c’est que sa vie ne connait que les catégories des sens, l’agréable, le désagréable » (p. 111). Kierkegaard s’adresse aux autres. A ceux qui emboitent différemment le pas de la vie dans une immédiateté qui ne lui paraît guère envisageable et qui n’en n’est pas moins très répandue. L’individu n’est que lui-même. Il peut être compris comme étant soi ou comme étant l’autre, celui qui apparait. Nous rencontrons quelqu’un d’inconnu qui présente toutes les caractéristiques des autres individus que nous connaissons. Celui-ci partage ces caractéristiques, jusque dans ses manières, sa gestuelle, mais il n’est que lui-même. Il a son propre moi. Une profondeur qui lui est propre. Interne, exclusive.
A qui s’adressait Blaise Pascal ? A qui s’adresse Soeren Kierkegaard ? Difficile de les lire sans percevoir leur volonté commune. Caractéristique commune à travers les âges. Je fais le choix de les entendre comme si nous étions seuls alors que nous ne le sommes pas. L’individu dans sa souffrance, son désespoir, prend conscience des mots d’un grand auteur puis d’un autre. « Le désespoir même est une négativité et l’ignorance du désespoir en est une autre » (p. 112). Nous sommes tous confrontés à la tempête issue des chocs du réel et de l’irréalité et notre façon toute personnelle et universelle d’y répondre, de faire face à cette opposition qui nous constitue, est individualisée dans le moi. « C’est dans cette ignorance que l’homme est le moins conscient d’être esprit » (p. 113). Peu à peu Kierkegaard en dit plus sur son rapport à la vérité et sur qui serait « le vaniteux » ou « l’infatué » qui acceptent d’ignorer. Là je dois faire attention. Ces passages sont complexes. Ils semblent apporter la clef, une voie de résolution. Puis tout se perd à nouveau. Relire ou avancer. L’un et l’autre.
Une page du Traité du désespoir contient plus que du langage. C’est la réflexion que je me suis faite en relisant, par exemple, les pages 112 et 113. C’est vibrant, c’est multiple et, pour qui veut bien en faire l’effort, c’est cohérent. Il y a les pages antécédentes et celles à venir. Les définitions nous surprennent et nous échappent, la répétition et la nuance aussi. Jamais tout à fait la même chose alors que les notions examinées sont récurrentes. Ici la vérité et le salut sont au centre de la page et du débat. Or, dans le désespoir, point de vérité et de salut. Kierkegaard nous propose ainsi des notions vectrices, des transferts, des déplacements, comme auparavant, et nous y reviendrons probablement, ces entremêlements du rapport et du moi.
« (…) toute existence humaine qui ne se plonge pas ainsi limpidement en Dieu, mais se fonde nébuleusement sur quelque abstraction universelle et s’y ramène (..) » (p. 115), les fausses pistes selon Soeren, celles du paganisme et de l’esthétisme. Il demande de la clarté d’esprit, de la limpidité, mais il s’adresse à celui qui de cette clarté chrétienne se défie. Lors de ma première lecture, je ne pouvais dire, et c’est à nouveau le cas aujourd’hui, si lui-même s’en défiait aussi. Albert Camus s’est arrêté là dans son intérêt pour Kierkegaard. Pour ma part, je n’ai pas terminé ma relecture. Je n’écrirai toutefois pas, en tous les cas pas ici, sur l’absence de foi qui est la mienne, sinon pour souligner qu’elle est nourrie de mon désespoir autant qu’elle le nourrit. Je la vois comme une lucidité que rien ne vient assombrir ou à l’inverse éclairer plus amplement. Je suis embarrassé de définir cette absence avec des mots. Elle se conçoit en un total silence. Mais les fêtes de Pâques, chaque année revenues, vers lesquelles nous nous avançons, constituent un moment extrêmement fort de notre civilisation. Pour ma part, la recherche de la vérité continue par le fait même qu’il me semble y avoir renoncé. Mais l’esthétique en effet, c’est-à-dire notre terrain de je et de jeux, ne « (…) peut définir en quoi consiste au juste l’esprit (…) » (p. 114).
A ce stade de ma relecture, les mots me paraissent être des personnages : esthétique, esprit, suicide, néant. Seuls l’angoisse et le désespoir ne pourraient revêtir le masque personae. Une mise en mouvement de choses conceptualisées ou de concepts personnifiés venus parler à l’esprit qui jamais ne sait exactement où se placer. Le rapport, le moi, l’imaginaire, le fini et l’infini. Au cours de la vie, les mots de s’allègent pas. Il se passe quelque chose en eux qui vient de nous. Même vide et silence gagnent en substance. Je ne sais que dire de cet alourdissement. Poursuivre la lecture afin de donner peut-être un sens nouveau au fruit langagier de mes expériences.
Le désespéré doit avoir « (…) fait le plein jour sur lui-même si tant est que lucidité et désespoir ne s’excluent pas » (p. 117). Lucidité et conscience du désespoir. Soeren semble s’acharner sur le désespéré autant qu’il semble éprouver à son endroit une certaine compassion, mot qui n’avait pas cours à l’époque de l’écriture du traité. Comme les bateaux, les mots étaient chargés différemment qu’ils ne le sont aujourd’hui. Mais le sens des termes d’alors contient recèle des secrets alors que celui d’aujourd’hui me parait avoir libéré les siens.
Il m’arrive par instants d’avoir une perception très précise de la notion de désespoir, celle de Kiekegaard, puis au-delà de lui, dans les strates de la science et de la médecine, ou de la vie au quotidien avec les réapparitions du langage. Je peux revenir à « (…) l’inexistence de l’idéal auquel j’avais cru (…) (Marcel Proust, A la recherche …. VII p. 154). Cette inexistence, cette différence entre le vouloir de l’être individuel et le réel, constitue un premier stade, paraissant devoir être l’ultime, de désespoir. « Manquer de possible signifie que tout nous est devenu nécessité ou banalité » (p. 105). Plus d’idéal mais un possible, tant que prévaut l’existence ou dès qu’elle fut possible. Le possible substantif ou prédicat, en lui-même ou pour une autre entité dont il est aussi constitutif.
« Ainsi le philistin n’a plus ni moi ni Dieu » (p. 106). Tout ce que l’on ne prête pas aux philistins. Et Kierkegaard ne s’est pas gêné. L’histoire de ce peuple est méconnue. Aujourd’hui, si je consulte bien les données, leur territoire comprendrait la bande de Gaza. Ni moi, ni Dieu c’est plus qu’une commisération, et parfois il me semble être submergé par cela. Le moi est à ne pas perdre dans sa propre histoire et Dieu doit être rencontré. Je n’y parviendrai pas. Je n’y parviendrai jamais, sauf peut-être, me disais ces-jours derniers, par analogie. Mais encore faut-il définir l’autre pan de l’analogie et c’est autre consiste en l’existence d’un tout en évolution est en mouvement. Mes péripéties tout intérieures et fugaces, menées sur le temps même de toute une vie, me font arriver à quelque chose d’aussi incertain, vague et persistant que cela.
Il est question ensuite de « (…) celui qui se crispe et se luxe au réel (…) » (p. 108). C’est dire la difficulté de l’épreuve. L’inconfort est de mise partout dans le monde alors que nous recherchons son contraire, le soulagement voire la répétition des sensations de bien-être. Mais il s’agit bien de crispation et de luxation à la rencontre de ce qui se révèle au bout du compte être le réel : Il nous accueille, il nous tourmente et nous détruit, comme les gentilles vagues de la mer autour de Copenhague et partout sur met. Le réel enlace, heurte et broie. En lui, il faut animer ce moi, partie infime et totale du réel ramené à un seul soi.
18 avril 2026
« L’ignorance désespérée d’avoir un moi, un moi éternel ». C’est ce qui manque en effet à l’existence de tout individu. Ce savoir en confiance. Ce bien-être ou ce confort, enchâssé au corps et à l’esprit, jusqu’au ridicule. Une assurance d’existence éternelle. C’est un malheur qu’elle ne soit pas donnée. Le serait-elle que ce serait un malheur aussi. Il faut ainsi partir du manque pour arriver à lui. Nous ne naissons pas non plus ni ne grandissons avec la certitude absolue d’une absence de moi pour l’éternité. L’ambivalence règne. Elle serait le noyau du désespoir. Qu’est-ce qui échapperait à l’ambivalence ? Soeren a traité la question par son biais magnifique qu’il nous laisse en lecture.
Etre « (…) trop sensuel pour avoir la hardiesse, l’endurance d’être esprit » (p. 111). Kierkegaard traite et re-traite ces questions. Il passe nos éléments de vie, dont le corps et l’esprit au crible et reconsidère le sable fin des mots et des notions qu’il affine. Je reste avec lui. Je m’égare aussi. Justement être excessivement dans la catégorie de l’esprit, mais peut-être n’est que le mental. Ou ne l’être qu’insuffisamment et là c’est le corps qui génère le désespoir. Je n’y vois pas plus clair, mais ce travail par les mots qui est un mouvement impliquant fortement le cœur aide à s’y retrouver, d’heure en heure jusqu’à la nouvelle question qui nécessairement viendra.
Dans une cellule d’audition de police, nous parlions du fait de croire avec le jeune homme dont l’interrogatoire se terminait. Il égrainait un chapelet pendant que l’inspecteur s’était absenté et me demanda « êtes-vous croyant», très calmement à un moment où je ne m’attendais pas à cette question simple et précise. J’ai réfléchi, surpris et n’ai pas souhaité donner une réponse factice. J’ai répondu que non. Je me suis référé au mal et à l’immensité, les milliards de galaxies et le dark-net. Mais j’ai ajouté que la bible est un livre dont on ne saluera jamais assez la grandeur et la pertinence. Il a souri, s’est un peu décontracté et m’a remercié pour cet échange en lui disant que lui aussi parfois doutait pour les mêmes raisons. La cellule de vient d’être repeinte, comme les autres de cet Hôtel de police. Un gris étonnement clair. Le policer est revenu. Juste avant, j’ai dû me retenu de parler de Kierkegaard. Pas le moment, j’aurais été pédant. Le policier est ressorti quelques secondes. J’ai tout de même parlé de ma lecture. Le jeune homme m’a demandé de répéter le nom de cet auteur et le tire du livre. Je l’ai fait. Était-ce le lieu et le moment ? Etions-nous les bonnes personnes pour parler ainsi ? Trop tard, nous avons rendu nos badges, un vert, un rouge, et la porte vitrée s’est refermées. Nous étions dans la rue et nous sommes salués
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L’algorithme nous renvoie par vague les mots des influenceurs, les nouveaux causeurs des réseaux numériques. Je n’y échappe que partiellement. L’un d’eux, bien dans son rôle, dans une séquence psychologie, nous rappelle qu’en cas de sentiment d’échec et de vide en pensant à notre trajectoire de vie, il ne fallait pas regretter, le possible ne pouvait être que celui qui s’est produit. Alors que mon approche de ces questions est souvent marquée par l’ambivalence, qu’une réponse me paraît souvent valoir autant qu’une autre, là – et il y a d’autres lieux de pensée comme celui-ci – je n’ai aucune peine à marquer mon désaccord. Le possible est possible au regard du fait essentiel qu’il n’est que l’une des voies de concrétisation du réel. L’approche du vidéaste influenceur (alors que nous sommes avant tout faits de silence et de lecture) est déterministe et même déterministe a posteriori. Le possible est un champ de multiplicité, de vigourisme, d’alternatives réelles mais inconnaissables si elles ne se sont pas réalisées. A près coup, une fois la vie déroulée, il est vain de revenir à ce que pouvait être un autre possible qui est une notion de puissance et non de survenance passée. Il est toutefois vrai que le désespoir face au possible en devenir n’est pas le même que le désespoir face à ce qui s’est, ou ne s’est pas, passé. Nous pouvons tous en dire quelque chose.
Kierkegaard est très précis et tout à fait décidé. Il sait ce qu’il écrit quand il se réfère à la « bâtisse immense » (p. 111) que tout penseur édifie. Et ce « tout » c’est chacun de nous, avec ces mots relatifs à la vie privée et au ridicule énorme faces auquel nous restons « ébaubis » (p. 111). Il ne nous laisse pas ne pas prendre conscience de notre désespoir ni même de ses causes identifiables. Et c’est dans cette « ignorance que l’homme est le moins conscient d’être esprit » (p. 113).
On fait avec. Le texte de la vie et la vie dans le texte. J’ai un sentiment de profusion, d’excédent, d’exaspération du vivant. La bascule du désespoir. Tant et aussi longtemps que cela reste sain. Ça ne le sera jamais puisqu’il s’agit de « maladie à la mort ». Kierkegaard s’est intéressé à la souffrance et à son absence. Le « (…) spécifique du désespoir c’est l’ignorance même de sa propre présence » (p. 114). Force des vocables, du lexical. La souffrance ressort-elle de la biologie, de la médecine ou de l’ontologie ? D’autres candidats signifiants ou signifiés. Le langage pourrait devenir musical exclusivement et la réalité ne prendrait plus la peine de l’entendre autrement. Nous n’avons pas fini avec ce que cette existence fait d’elle et de nous-même. Sans toujours que l’on sache ce qu’il en est de la conscience. J’y vois une inversion permanente des rôles que personne n’arbitre et moins encore les impermanents que nous sommes. La souffrance est une oubliée du désespoir qui s’ignore soit parce qu’elle s’évite, soit parce qu’elle s’invite. D’elle-même en madone du triomphe.
Le moi « comme une énigme rebelle à toute introspection » (p. 115). Cela dit avec pertinence avant même nos naissances. C’est toujours plus vrai. Nous avançons en éludant la complexité. Rien n’y fait, bien lotis, mal lotis, nous travestissons jusqu’au désespoir qui nous rassemble. Kierkegaard a réussi la copie parfaite, pour son sujet et pour son temps. Le livre est sur la table, nous le lisons en nous trompant d’esthétique et de superficialité puis le relisons en nous évadant dans les réalités multi-langagières. Relire ce paragraphe pour la quatrième fois, pour en venir plus clairement à son propos, parvenir une compréhension lucide. Ou est-ce ma concentration qui cesse de laisser mon imagination faire œuvre d’édulcoration ?
Ensuite Soeren s’atèle à la question du suicide et à la distinction entre le paganisme d’autrefois et les païens de l’aujourd’hui d’alors (1849) qui prévaut à ce jour encore, la notion d’esthétisme étant encore comparable, sinon identique. J’y vois des espaces de culture, « cette vie de plaisir esthétique, que le païen et l’homme naturel » (p. 114) peuvent mener. Ce qui fait qu’un ensemble de personnes par l’exercice de leurs intelligences, de leur cognition, donc sous une certaine acception, de leur esprit, permettent l’existence élaborée d’une culture, musicale, poétique, artistique et l’architecture, la politique puis d’autres domaines d’étude et de pratique qui viennent s’ajouter à ce tout culturalisé du monde. On sait l’angoisse, on perçoit le désespoir, aucun vide n’est comblé et l’esprit demeure inhabité
Que lisais-je dans ce texte au milieu des années quatre-vingt ? Les mêmes mots qui me parlaient différemment. Je voyais la vie plus que l’existence, les accidents de l’agréabilité dans un domaine princier, celui d’une vie en train de se faire. Je confondais désespoir et nid-de-poule. Puis celui-ci s’est creusé, il a intégré la terre, les contrées caverneuses, s’en est pris au ciel dont il vient peut-être. DLont il semble être issu. A pris de l’ampleur en moi, dans ce moi mêlé aux méprises de l’identité existentielle. On se laisse envahir par une réalité qui demeure à nous-mêmes extérieure. Il faut une lente approche des périls extérieurs pour souffrir et jouir de cela. Les deux termes conviendront, mais il faudra aller à leur secours. Encore et toujours. Une sorte de perpétualité du commencement et de la fin. L’absolue perpétualité de l’un de l’autre.
« Si tant est que lucidité et désespoir ne s’excluent pas » (p. 117). Avais-je lu le livre ? Il me semble que oui. A chaque bouffée de désespoir tout change et tout revient. « (…) se représenter vraiment le désespoir » (Ibid). Un mal pour celui qui naît et qui espère. Mais encore fallait-il grandir pour prendre la mesure, en conscience, du moi et des circonstances de tout ce qui fait l’après-naissance quand cela perdure. Mettre fin au désespoir revient à faire une rencontre et celle-ci jamais ne se fera sinon en soi. Au sein, respectivement du moi et de l’infini. C’est aussi cela le rapport au rapport. Je m’alourdis à force de ne pas mentir à ce moi qui continue de se manifester et de le faire façon chaotique.
« Car toujours, dans l’ombre et l’ignorance, la connaissance et la volonté poursuivent leur concert dialectique (…) » (p. 118). Voilà des mots qui permettent de penser l’humaine réalité. Nous savons que Soeren était un philosophe du dialogue utile entre l’homme et Dieu ou de la demande de dialogue par le premier. Cet intérêt bien connu pour le Christ et pour Socrate. Bien avant que cela ne soit à la mode dans le domaine sportif, Kierkegaard a fait de l’étirement, par la pensée créative, entre cette solitude engouffrée en l’homme et les réponses, ou les échos voire le substrat nutritif de la conscience, qui peut être proposée, au premier toujours, pour raviver sa souffrance avant de l’apaiser. En vivant, en « se tuant » (p. 119) le désespéré hésite dans les aléas de sa persistance.
Chapitre 8
« (…) ici, désespérer c’est simplement souffrir, on subit passivement une oppression du dehors, le désespoir ne vient nullement du dedans, comme une action » (p. 122).
Comment le désespoir agit-il en nous ? Ne s’allie-t-il pas à l’angoisse qu’il intègre. C’est le tambour des machines à laver modernes qui tourne dans le haut du corps. Et le mental se joint à cet évènement continu. C’est le kaléidoscope qui tourne avec des images récurrentes. Parfois on change les motifs qui reviendront ensuite. Le corps décide de presque tout. Il lui arrive même d’agir de lui-même pour tenter d’apaiser ou le chamboulement interne ou les tournis du mental. Quand cette aide est efficace, l’individu, cet autre vulnérable et mouvant, pourra s’étonner de l’apaisement qui se réinstaure en lui. Et l’on se demande alors si cette aide qui parfois survient n’a pas pour source une force extérieure qui serait celle de l’existence désindividualisée.
Il faut écouter ses malaises, ses moments de mal-être. J’ai souvent dit cela. Comme si nous étions les experts-interprètes de nos sensations. C’est probablement un bon conseil. Mais le mal-être dure et se répète. Que faire dans ces circonstances existentielles qui échappent à toute maîtrise ? Revenant à la définition usuelle du désespoir – que je ne connais pas – puis à la proposition de Kierkegaard, j’aperçois dans l’ombre réelle de nos journées, l’homme irréfléchi qui n’évolue que dans l’immédiat en ignorant « (…) que le désespoir, c’est perdre l’éternité » (p. 123) Nous sommes projetés et recentrés en plein ciel, lieu visible, depuis la terre, d’une éternisation silencieuse et humanisée.
Cette femme condamnée à vie « without parole » dans l’Utah. L’immédiateté sociale et juridique s’avère potentiellement juste et concrètement implacable. Elle aurait (les jurés n’ont pas douté) empoisonné son mari, père de ses trois garçons. Son visage de personne jugée a tapissé nos micros-univers numériques. Certains envoient des phrases pour dire leur contentement et vilipender plus encore la traîtresse. Dont le « mugshot » carcérale de condamnée sera bientôt publiée. Elle ne s’en sortira pas, ne recouvrera jamais plus la liberté. Le vert fluorescent de sa tenue de détenue a répandu une désagréable lumière dans nos têtes et nos logis. Des heures et des heures sans expression faciale, durant les audiences. Puis un sourire et une mine de colère extériorisée sans plus de retenue par sa bouche laissée quelques seconde grande ouverte. Un ultime cri in-entendable. Elle n’a plus droit au chapitre. Femmes et hommes du monde libre ne voudront pas, la sombre et stridente voix du procureur l’a rappelé, qu’elle « fouine parmi nous ». Un enfermement définitif. La peine à purger et la dangerosité combattue. Dès maintenant et à jamais. Disqualification pleine et entière.
Tous les fonds du désespoir. Le fond du verre et son poison, le fond du trou de la tombe du mari, le fond du regard des membres de la famille, celui du juge – et du temps infini à l’aune de sa vie, de la sanction prononcée – et le fond inaccessible des pensées de cette femme si seule et si éloignée, me semble-t-elle, de son vrai désespoir. La profondeur de ce désespoir et de tant d’autres. L’immédiat prend du temps pour se faire explicite et souvent il recommence.
Mais il faut que je comprenne enfin que Kierkegaard ne parlait pas du désespoir objectivable de l’être humain placé dans de pénibles circonstances. Ni même de la psychologie dudit être, des tréfonds de son moi. Les névroses et leurs héritières cliniques ne sont pas de la partie dans le Traité. Pourtant, le malheur objectif et les cavernes post-freudiennes constituent déjà une somme de désespoir humain déjà fort considérable. Non, chez Kierkegaard, le sujet souffrant ne connaît pas d’ennuis objectifs, ni de troubles psychiatriques (ou ceux-ci ne sont pas décelés). Son désespoir est celui d’un rapport, à lui-même, à l’infini et à l’éternité. Ce n’est pas du pareil au même entre tous ces mal-être et nous poursuivons notre lecture pour reprendre mieux le fil des considérations de Soeren.
Aurais-je été réticent, en 1984, à l’idée de commenter la note de bas de page sur la forme féminine ou la forme mâle du désespoir ? (p. 120). Probablement pas. J’aurai pris des risques que je ne prendrai plus. Cette notion pour la femme d’un autre abandon du moi que chez l’homme qui ne « s’abandonne pas ainsi » (p. 121). Ce type de propos est devenu hasardeux voire dangereux. C’est ainsi que le perçois subjectivement. Autre tangente du désespoir ou de l’un d’entre eux. Où en sommes-nous aujourd’hui, chez l’homme chez la femmes, entre eux ? C’et une autre période de l’ère humaine, Un nouveau découpage culturel au sein des nations et des société. Je verrais bien une réécriture en creux dans cinquante ans. Mais cela ne se passera pas ainsi. La question de l’existence est celle qui se pose avec le plus de constance et c’est bien sous cet angle que mûrissent mon désespoir et la connaissance des écrits de Kierkegaard sur ce thème.
L’homme de l’immédiat ne « (…) se reconnaît un moi (…) qu’à sa vie extérieure » ) (p. 126). Ces pages sont très denses sur la question du moi et de l’immédiat. Le Traité, la maladie à la mort, atteint sans cesse le paroxysme de ce qui semblait devoir être exprimé, puis par une redite, une nuance, une adjonction, Kierkegaard s’approche de sommets différents qu’il n’a peut-être jamais atteints ou qui sont d’inaccessibles d’où ce mot désespoir qui englobe d’autres significations, changeantes et roulantes au gré des siècles, seul Dieu, puis le moi étant éternels (« (…) rien n’est après Dieu aussi éternel que le moi »). En 1984 j’apprenais en courant. Aujourd’hui, il me semble apprendre en tombant. Nous vivons en-deçà autant qu’au-delà du fait de croire.
« Car non plus qu’un corps humain aucun moi n’est parfait » (p. 128). Kierkegaard examine à merveille sans jamais se trahir – ni son lecteur – ou se fixer. Les mouvances dans une vie humaine, valent en faisant front « soumission passive à des causes extérieures (…) » (p. 127). Les difficultés d’être soi sans oublier le moi. Nous pouvons le relire à l’envi sur ces points. C’est ce que je fais. Retour imaginaire à la table de l’apéro d’hier soir à Hermance. « Par les ciels bleus d’été ». Un milieu du village de rencontres et de retours dans une lumière de mai qui semble avoir cessé de vibrer. Toute une géométrie de l’immédiat dans cette petite rue. Les toits, les angles créés par la perspective, les bonjours de hasard, des formes colorées, endiablées et mouvantes des gens qui vont s’invitant ou s’esquivant. Discours autour de la table, alors que l’on ressert les boissons, avec ou sans alcool. Le moi est bien en place il ne se sait pas désespéré. Aucune propension à être le sonneur de cloche. Je suis l’attablé de passage, ne détiens ni ne perçois aucune vérité. Ma seule force serait celle de mon désespoir voire du désespoir auquel je dis prendre part. Nous étions des milliers d’ombres passantes au bord de ce lac silencieux. Les reflets ne pouvaient être d’ordre spirituel. Il ne faut pas nous en demander trop. Sur l’instant, je suis sérieux un écrivant cela.
Ecrire sur ce qui se passe chez l’homme, en 1850, 1985 ou aujourd’hui, n’est pas tout à fait la même chose. Il suffit d’interroger les mots. Désespoir, moi, infini et même immédiat n’ont pas tout à fait la même signification. La cosmologie, la psychiatrie, le fait social connaissent une évolution voulue par l’avancement du monde et de la culture. La pratique sociale sourde et silencieuse déploie à notre insu ses ailes sur le mode « proie pour l’ombre ». Ce que j’ai retrouvé chez Kierkegaard en 1985 n’est pas pareil à ce que j’y trouve aujourd’hui. Nous avons changé tous les deux. Il fait partie de ces auteurs qui, bien qu’ils soient fameux et qu’une lecture permanente de leurs œuvres soit en cours, instaurent une relation avec le lecteur à chaque page. Un échange instantané et vivant. Bien sûr, c’est du Kierkegaard que tant de monde a lu et lira. Mais c’est aussi ce texte qui, par le miracle de l’instant, prend la peine de me parler et par-là capte mon attention renouvelée. C’est curieux, car lui-même n’a pas dû le concevoir ainsi, mais je retrouve une fraicheur d’âme dans La Maladie à la mort.
Plus que je ne l’ai fait en 1985, je cherche souvent le sujet dans la phrase de Kierkegaard. C’est le désespéré et c’est le moi. L’un et l’autre se fractionnent pourtant en sorte de renaître dans une prochaine considération de leur identité profonde. On regarde d’en haut en lisant le Traité, et l’on nage en profondeur. Avec la prudence qui sied. Le sujet justement, à la recherche de qui je suis constamment dans cette lecture et hors de celle-ci, pressent « (…) vaguement qu’il doit y avoir dans le moi une part d’éternité » (p. 128). Cette recherche constante de l’absence d’essentialité dans la réalité pour convenir ensuite du sens qui pourrait être donné, au-delà même de l’esprit – humain ou autre – à l’exactitude de la notion d’infini et de celle aussi d’éternité. Il faudrait y voir une claire raison de croire par l’essor de ce qui deviendrait en nous une âme et par les effets de la raison qui emplirait comme de lumière les lieux de son humain exercice.
« De même, notre homme qui désespère » (p. 129). En une phrase. D’un point à l’autre, humanité et désespoir réunis. Le voici ce sujet que je ne cesse de guetter dans ma lecture. De peur de le laisser filer. C’est le moi, le prédicat. « (…) comme une porte condamnée au fond de son âme » (p. 130). Puis « (…) quand il est en bonne société avec des gens de valeurs ayant le goût et l’entente de la réalité » (p. 130). Soeren, c’est exactement le cas. Vous nous parlez de la vie telle qu’elle se passe, de cette immédiateté vécue par la recherche de la brillance et de l’efficacité dans un vide spirituel et de lucidité qui est si grave que pas un seul instant je n’hésiterai à le pardonner. Votre « il », tous vos mois, le personnage du pasteur à qui l’on va se confier pour susciter un échange qui donnerait lieu à un aperçu de vérité. Mais les temps et les êtres sont troublés fût-ce au pinacle de leur sérénité. Je fais bien de vous relire. Puis-je à mon tour vous confier que je vous trouve à la fois étrange et clair ? Exhaustif aussi, dirais-je. Vous n’examinez pas la lumière dans sa matérialité, mais bien l’ombre qu’il y aurait dans nos âmes que nous avons laissé passer. Que nous laissons fuir avant d’avoir permis que leur réalité ne se fasse jour, dans nos infinis et nos destinées. Je me pose, peut-être à tort, en levant la tête des questions sur l’universalité du désespoir. Cette approche par le prisme du tout, de tous à savoir de la multiplicité, alors que votre sujet, cet « il » qui a son siège dans le moi – ou est-ce l’inverse ? – est bien seul. Cette solitude qui se comprend autant au sein la multitude que dans un seul corps qui ne s’en trouve pas apaisé.
Un rapport d’expertise psychiatrique sous les yeux. On y lit constamment, depuis la fin du siècle dernier ces mots-clés, approche cognitivo-comportementale. Pour les gens troublés qui sont une minorité dans nos sociétés cliniques. Comprendre, percevoir et apprendre à se comporter en conséquence. Ne serions-nous pas tous concernés. Aller chercher ensuite nos heurs et malheurs au fond de l’enfance avec les livres du Dr. Freud est tout autre chose, qui se fait puis ne se pratique plus. Je suis admiratif mais sans confiance. La maladie du désespoir chez Kierkegaard, c’est tout autre chose et c’est avant tout une densité de questions très pertinemment posées. Qu’est-ce que ce « défi absurde emplissant le temps d’un fol néant » (p. 132). C’est le fait d’avoir réfléchi un petit peu seulement, de ne pas avoir approfondi son désespoir. D’être resté à la surface des chose. Mais cher Soeren, pour quelle raison l’existant doit à l’égard de l’existence remplir un tel devoir ?
30 mai 2026
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