Créé le: 17.07.2026
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Marguerite
Cette histoire a été écrite sur un coin de table le 12 juillet 2026 durant l'Atelier d'Eloïz
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Jean s’ennuyait ce matin-là. La nuit avait été courte et agitée par des souvenirs de mort lente à l’hôpital. La météo, maussade, n’incitait guère à sortir rapidement du lit. Jean songea un instant à se rendormir, puis se ravisa, craignant que les mauvais rêves de la nuit réapparaissent.
Pourquoi pas, se dit-il, me rendre dans la forêt où je cheminais régulièrement main dans la main avec l’être aimé, trop tôt disparu. L’idée lui plut. Elle devint même obsédante.
Sans même prendre son petit déjeuner, il sauta dans sa voiture qu’il parqua devant le refuge en rondins, dissimulé dans la forêt.
Le chemin était détrempé. Jean devait marcher en évitant les flaques d’eau brunâtre. Soudain, à sa droite, il découvrit une délicate touffe de muguet. Son premier réflexe fut de laisser le bouquet, saupoudré de rosée, dans son environnement naturel. Puis, il se ravisa, et détacha les clochettes en pensant à l’être cher.
Enhardi par le sentiment d’accomplir un geste symbolique indispensable, il poursuivit sa cueillette en prélevant une marguerite, une brindille de sapin, une petite pive, et quelques narcisses découvertes en lisière de forêt.
De retour au village, Jean déposa délicatement le bouquet sur la tombe défraîchie de sa bien-aimée. Accroupi, il caressa délicatement la pierre. Soudain, une secousse ébranla la dalle. La bougie rouge enfermée dans la lanterne s’éteignit brusquement. L’angelet bleu et blanc, peint sur un caillou solidement fixé au sommet de la pierre tombale, glissa lentement jusqu’au pied du monument.
« Quelle malédiction ai-je donc déclenché », se demanda Jean, effrayé ? Son instinct lui imposait de fuir ce cimetière maudit. Pourtant, il se ravisa, tenaillé par la curiosité. Jean devait découvrir ce qui allait encore se passer. Soudain, une petite fissure lézarda la pierre dans toute sa longueur, puis s’élargit au point de pouvoir laisser passer un doigt.
Jean, mort de peur, ressentit à nouveau l’impérieux besoin de prendre ses jambes à son cou. Pétrifié, il ne put le faire. Le bouquet, composé de muguet, d’une marguerite, d’une brindille de sapin, d’une petite pive, et de quelques narcisses disparut alors dans la fissure.
A ce moment-là les cloches de l’église commencèrent à sonner à toute volée. Couvert par le bruit, Jean entendit distinctement soupirer un « merci ». Agenouillé au pied de la tombe, il ne sut que faire. Devait-il répondre au « merci » sorti d’outre-tombe, glisser un oeil à travers la fente pour savoir où le bouquet avait atterri, ou plutôt rester simplement passif et attendre sagement la suite des événements ? Il décida d’attendre.
La marguerite fut la première à parler. « Tu m’as dit merci », demanda-t-elle au fantôme. « Mais non, ce n’est pas à toi que j’ai dit merci, mais à la personne qui t’a cueillie et transformée en cadeau », soupira la voix d’outre-tombe.
« C’est injuste, protesta la marguerite. Je suis aussi un être vivant, à qui tu dois dire merci ».
« Quel toupet, rétorqua le fantôme, de sa voix d’outre-tombe. Je reçois un cadeau de l’être aimé, avec qui j’ai partagé 40 ans de ma vie, et je devrais dire merci au cadeau ? C’est parfaitement absurde. D’ailleurs, fais attention, petite marguerite, si tu continues à vouloir prendre toute la place, je vais t’effeuiller ».
« Non, ne fait pas ça », supplia la fleur.
Le fantôme ignora l’injonction, prit la fleur dans sa main cadavérique et l’effeuilla: « je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… » Lorsque le dernier pétale fut arraché, Jean était aux anges. Il se sentit toujours aimé à la folie. Puis il s’effondra, en larmes, réalisant qu’il ne pourra plus jamais rendre la pareille.
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