Créé le: 05.09.2026
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L’idée de ne pas redevenir

Poème en prose

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© 2026 André Birse

... m'est venue en me débarrassant de mes piles de vieux journaux. Je raconte comment dans ce petit texte.
Reprendre la lecture

Sous la dernière étagère de l’armoire, la pile de vieux journaux et celle des magazines. Il y en a partout. Bien rangés, mais partout. Un jour il faut s’en défaire et c’est ce à quoi je m’applique, tranquillement, le cœur blessé tout de même par le passage du temps. Les titres, les portraits, les sujets. Le Président d’avant celui d’avant. Candidatures, investitures, remaniements. Les mêmes bien des années après. Premiers et derniers éloges. Toutes les facilités de la critique abordable. Simone de Beauvoir présentée en sulfureuse. Les peurs d’hier pour demain, les stars du Rock&Folk dans le magazine du même titre. J’effeuille mes anciennes actualités. Les nouveaux intellos qui veulent changer la droite et ceux qui changeraient la gauche. La « guerre des fous » au Liban, la bible contre Darwin. Ai-je tout lu et tout compris ? J’en sais quelque chose. Il me semble devoir recommencer mes lectures l’esprit empli de vestiges. L’actualité me passe à nouveau sous le nez. Le présent s’empile, se remet à l’ouvrage, n’oublie pas de m’oublier. L’importance du sujet et celle de l’objet. Des deux je ne sais pas qui je suis.

 

Rester jeune, bien vieillir, avec les unes affichant des acteurs ou des actrices disparus depuis lors, dont certains tout récemment. J’avais fait déjà cet exercice, adolescent, avec les vieux Paris-Match des années soixante. Le moment des tirs à Dallas, la robe rose et le serment dans l’avion. Tout se transpose, rien ne s’égare. Enfin, c’est une façon de voir les choses. Echapper à l’accumulation en évitant que tout s’envole en même temps. Ce qui compte est-ce le débarras ou la disparition ? Mon regard s’immobilise, les articles et les illustrations datent d’hier et agissent maintenant. Celui-là, je ne peux pas le jeter. Un article de Michel Foucault sur les prisons en 1972, « l’Obs a quarante ans ». L’âge que l’on aura et celui que l’on avait. Tous les sujets défilent en tournant devant mes yeux comme de la fortune une roue. Mais elle tourne en silence interrompu par ma seule respiration qui ralentit au point de s’interrompre. La banalité du mal, avec un portrait d’Hanna ou l’écriture de soi à l’effigie de Marcel. Qu’ai-je fait ce tout cela ? Sujets de fond ou anecdotes, les uns avalant les autres. C’était un passage, c’en est toujours un. L’importance de tous ces personnages. Celle que je me donne.

 

J’ai dû manquer un passage. En les laissant ces documents aux vieux papiers du mardi soir, dans la rue après 19 heures. Le lendemain, ils ne seront plus là. Je ne manquerai pas l’occasion de manquer d’autres passages encore. Accumulation dans la vie et dans notre cerveau, c’est différent. Une sagesse qui serait celle des occasions manquées d’en savoir davantage et de connaître mieux. Le cerveau n’a pas de fonction copie, et c’est tant mieux. Enfin pas tous. Certains d’entre nous photographient ces pages et les archivent biologiquement. Cet entassement de journaux ne leur est ainsi d’aucune utilité. La chute de l’empire, le culte de la personnalité, la contre-enquête, les hors-série. Tous se mêle pour se détruire. Un mal pour un bien ? Je vois un apaisement dans l’idée de ne pas redevenir. Mais c’est bien une autre histoire que celle du débarras de soi.

 

Je sature, bien sûr que je sature. Les mots, les expressions, photos dont le choc jamais n’est amorti. Lecteur transversal et transgressif et ce besoin d’être intelligent. Sans regrets, à défaut de vouloir ne pas l’être absolument. Ce n’était que le dessous de la dernière étagère. Au-dessus, les livres que l’on gardera encore un moment.

 

5 septembre 2026

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