a a a

© 2020-2021 Willy Boder

Jamais l'actualité n'a défilé aussi rapidement. Texte déjà anachronique, écrit le 3 mars, deux jours avant le premier décès Covid-19 en Suisse, et 10 jours avant l'interdiction de rassemblement de plus de 100 (!) personnes.
Reprendre la lecture

Je vais changer le monde

 

Vous me connaissez, j’en suis sûr. Pas depuis très longtemps, certes, mais votre niveau de savoir à mon sujet croît de jour en jour. Je peux même affirmer que nos relations sont appelées à s’approfondir car nous partageons les mêmes inspirations.

 

Vous aviez déjà fait la lointaine connaissance, il y a une quinzaine d’années, d’un membre de ma famille, mais moi, contrairement à mes frères et sœurs, je suis devenu, en quelques semaines, une vedette planétaire. Sachez encore, qu’en dépit de ma très petite taille, j’adore les humains. Leur fréquentation est beaucoup plus intéressante, et surtout nettement plus efficace, que celle des animaux que j’ai connus, au début d’une existence trop sédentaire à mon goût.

 

Qui suis-je ? J’en suis certain, vous l’avez déjà deviné. Non ? Dans ce cas, je vais vous donner deux puissants indices, pour faire tomber le masque : je suis né en Chine, et j’ai récemment adoré séjourner en Italie, étape importante dans l’accomplissement de mon tour du monde.

 

Coronavirus, Covid-19 pour les intimes, tel est mon nom, bien sûr. Bonjour les amis ! Désolé, je ne vous serre pas la main. Je suis beaucoup trop minuscule pour cela : plusieurs centaines de milliers de fois plus petit qu’un seul de vos cheveux. Et puis, mes piquants, appelés protéines S par vos scientifiques, vous importuneraient. De plus, vos ministres de la santé conseillent de ne plus serrer la main en guise de salutations.

 

Alors, tant pis pour les présentations en bonne et due forme. J’ai d’ailleurs pris l’habitude d’entrer dans votre intimité sans prévenir. Par effraction dites-vous ? Pas du tout. Ce n’est tout de même pas ma faute si vous avez le nez ouvert en permanence, et que vous ne pouvez pas garder vos mains dans les poches, ni vous empêcher de postillonner.

 

Je vois toujours de la haine dans vos yeux. Vous m’avez fait si peur que j’ai dû trouver refuge dans des alvéoles pulmonaires.

 

En quelques semaines, je suis devenu l’ennemi public numéro un. Vous me détestez. Pourtant, je ne veux que votre bien. Je suis votre ami. Et si j’ai décidé de quitter mes hôtesses les chauves-souris, c’est dans la seule intention de sauver l’humanité. Vous ne me croyez-pas ? Vous toussez d’indignation ? Un peu d’attention, s’il vous plaît ! Je ne vous dérangerai pas plus de deux minutes.

 

Que s’est-il passé depuis mon arrivée dans vos vies ? Les familles, auparavant séparées parce que Monsieur allait au stade pendant que Madame faisait du shopping, sont à nouveau réunies. Les enfants, libérés de leurs obligations scolaires, sont heureux. Les politiciens pérorent dans des salles vides, alors qu’avant mon parcours révolutionnaire, leurs discours étaient vides dans des salles pleines.

 

Les commerçants du quartier revivent, les petits magasins de proximité font la nique aux grands centres. Longtemps déshumanisés, ceux-ci sont aujourd’hui désertés.

 

Mais le plus important est ailleurs. J’ai mis fin à la globalisation de l’économie, ferment de la course au profit et de l’exploitation de l’homme par l’homme, ou de la femme par l’homme diront certaines d’entre vous. Depuis mon arrivée, les aires d’arrivée des aéroports se sont transformées en zones mortes. La courbe du trafic aérien s’est écrasée. Les colonnes de poids lourds se sont désagrégées. Je vais ainsi mettre un terme au réchauffement climatique, sans COP 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27… et suivantes jusqu’à 100. Je suis beaucoup plus efficace que Greta. Qui l’aurait cru ?

 

Ouvrez donc les yeux, mes amis ! Je suis devenu le sauveur de l’humanité. Grâce à moi, vous serez plus heureux, vous retrouverez des plaisirs simples près de chez vous, comme les promenades, les balades à bicyclette de l’ancien temps cher à Montand, la pétanque, ou la pêche. Grâce à moi, vous échapperez aux effets dévastateurs du réchauffement climatique.

 

Je sauve le monde. Et moi aussi par la même occasion, car, vous ne le savez peut-être pas, je ne survis pas au-delà de 59 degrés. Nous sommes donc faits pour nous entendre. Quand je vous disais que nous avons, au fond, les mêmes profondes inspirations.

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

J’ai comprisEn savoir plus