Créé le: 30.05.2012
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Instants de vie

Amour, Poème en prose, Poésie

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© 2012-2021 Chantal Girard

Instants de vie

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Ils sont furtifs ces instants, à portée de nos mains, de nos cœurs, de nos regards; ils sont et ne sont plus. Savons-nous les voir, les entendre, les goûter? Savons-nous prendre le temps, simplement, de les vivre? Saisir l'instant, pour le planter dans un jardin, parfois secret, celui de la mémoire…
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“La vie”

 

Avoir vingt ans dans l’esprit d’un enfant, et bien plus encore dans celui d’un adolescent, c’est devenir libre de ses mouvements, croquer la vie à pleines dents et n’être plus tenu de rendre des comptes à tout venant. C’est pouvoir faire enfin ce que l’on a envie en pénétrant dans le monde des grands, être considéré comme un adulte et mener sa barque comme on l’entend.

Vingt ans c’est le plus bel âge, celui qui mêle à la fois la conscience et l’inconscience, un soupçon de sagesse à mille grains de folie.

Vingt ans c’est le moment de la vie où tout est encore à venir et où l’on se défait de cette enfance que l’on croit être un fardeau…

 

Et puis, sans que l’on s’en aperçoive, les années filent, mais on ne les remarque pas. Pas encore.

On aborde la trentaine en tenant par la main d’adorables enfants, les siens, qui nous donnent du bonheur à foison et l’impression d’être les rois du monde. On réussit ce que l’on entreprend et l’on n’est pas encore conscient de tout ce que ces années, en passant, ont emporté avec elles…

Les anniversaires s’enchaînent, les enfants grandissent, bien des être que nous aimions s’en sont allés et, un matin, on s’aperçoit que beaucoup de choses ont changé, que nous ne sommes plus tout à fait les mêmes et que désormais rien ne sera plus jamais comme avant.

C’est tout cela la vie. Toutes ces petites et grandes choses qui arrivent et disparaissent.

 

Tel un personnage invisible, qui pourtant fait partie intégrante de nous, la vie nous promet, nous donne et nous reprend. Elle nous sourit, nous éclaire, nous comble, nous enrichit en même temps qu’elle nous égratigne, nous écorne, nous burine, nous accable.

Au fur et à mesure des années elle nous enlève cette part d’ingénuité qui nous allait si bien, éteint ce charme qui nous rendait tellement séduisant, efface cette naïveté du fond de nos yeux qui nous donnait cet air attendrissant et troque nos espérances contre un cortège de désenchantements, d’amertumes et de regrets parfois.

Et oui, c’est simplement ça la vie : un moment béni, l’enfance, que l’on ne voit comme tel que lorsque l’on s’en éloigne. Un chemin sur lequel on avance tant bien que mal, un chemin semé de roses qui toutes ont des épines, plus ou moins acérées, auxquelles on déchire petit à petit l’étoffe de notre destin…

 

Mais la vie c’est aussi un enchaînement d’expériences, de petits et de grands bonheurs qui enrichissent nos cœurs et nous enseignent l’essentiel. Et quelques soient les déboires et les épreuves que l’on traverse en suivant le parcours de notre existence, il faut avouer que la vie est un bel apprentissage qui vaut la peine d’être vécu.

 

Et si, un jour, il faut quitter le monde de l’enfance pour voler de ses propres ailes, il arrive un moment où la candeur de cette enfance perdue nous rattrape. Comme ces fleurs, rares et si belles, qui fleurissent au plein cœur de l’hiver, cette candeur nous met dans le cœur cette compréhension que, seuls les petits enfants et ceux qui ont vécus longtemps dans la simplicité d’une vie bien remplie, ont au fond des yeux : ce merveilleux reflet d’amour qui remplit tous ceux qui s’approche et se donne sans rien attendre en retour…

 

* * *

 

“Instants de vie”

 

Lors de son passage

Retenir le temps

Garder en otage

L’éclair ou le vent

Le torrent qui chante

Un fragment d’été

Une étoile filante

La couleur des blés

Un oiseau qui passe

L’odeur des marrons

Tes bras qui m’enlacent

Le chant des grillons

L’éclat d’un pavot

Le feu qui crépite

La douceur d’un mot

Mais tout va si vite…

Impressions saisies

Retenues par cœur

Des instants de vie

Témoins du bonheur

 

* * *

 

“Entre chien et loup”

 

Il est un paysage splendide au bord d’un lac où, l’espace d’un instant, j’ai cru que le temps s’arrêtait.

 

C’était dans une petite crique entourée d’arbres et de verdure. L’eau transparente clapotait sur les cailloux ronds de la berge où quelques roseaux élégants s’avançaient en oscillant.

A cette heure tranquille, hormis le clapotis des vagues, seul le bavardage des canards rompait le silence. Dans l’eau frémissante du lac, le ciel jouait de ses reflets, posant par touches – tel un impressionniste – des bleus, des mauves, des roses, des gris. C’était entre chien et loup, à l’heure où meurt doucement le jour juste avant que la nuit ne reprenne son règne. C’était l’instant très court – mais peut-être éternel – qui nous laisse croire que la réalité se fond dans le rêve. Savourant l’instant, je laissais dériver mes pensées…

 

S’il était en mon pouvoir de suspendre le cours de ma vie, c’est à cet instant du jour que je l’arrêterais. A cet instant précis où tous les actes d’une journée bien remplie se transforment imperceptiblement en souvenirs que la nuit, imminente, rangera dans nos mémoires. Et si la possibilité m’était donnée de partager cet instant, ce serait avec toi. Dans le silence presque parfait de ce soir qui lentement tombe, tu serais là, juste assez proche pour que ton souffle caresse ma nuque et que ta main, posée sur mon épaule, me rassure.

 

J’aspire à ce silence… rompu seulement par le crissement de nos pas sur la plage, le bruissement des roseaux, le clapotis de l’eau.

J’aspire à ta présence… mais dans cette lumière que l’ombre déjà maîtrise, tu ne viendras pas. La vie t’a emporté loin de là, vers l’au-delà, et plus jamais je n’entendrai tes pas crisser sur les galets.

 

Il est un paysage splendide au bord d’un lac où, l’espace d’un instant, j’ai cru que je pouvais remonter le temps…

 

* * *

 

“Hors du temps”

 

On parle, on rit, on improvise

Et puis un mot s’immobilise

En équilibre sur un silence

De toi à moi il se balance

Au fil d’un regard suspendu

Que le hasard lui a tendu…

 

Et le temps oublie de passer

 

Le monde autour de nous s’efface

Il disparaît, un ange passe

Et son aile amplifie l’écho

De ce silence porteur de mots

Murmurés par cœur tant de fois

Mais que tairont toujours nos voix…

 

Et le temps semble être figé

 

Dans un instant l’un de nous deux

Toi ou moi va baisser les yeux

Rejoindre la réalité…

Et ce fragment d’éternité

Porteur d’un message essentiel

Brille puis s’éteint comme l’étincelle…

 

Et le temps reprend son tracé

 

                                                            A suivre…

 

Bientôt un nouveau chapitre

Commentaires (1)

We

Webstory
10.02.2015

“Dans son hymne à l’instant présent, Chantal Girard souligne l’aspect subtil du temps insaisissable où le passé distille son empreinte effacée et où l’avenir, n’existe qu’au travers d’espoirs parfois regrettés. Il ne reste alors à la description de ses mots que la marque furtive du moment présent, captés avec élégance par le moyen des adjectifs, adverbes et autres verbes de sensation ou de sentiment. C’est à un voyage au pays de la vue, de l’ouïe, du toucher que l’auteure des Instants de vie nous convie en toute intimité.Que l’on ne s’y égare pas! Ce chant nous emmène plus loin en prenant soin de nous interroger sur la vie terrestre et céleste. Se passant de théorie philosophique, le récit se fait spirituel, presque mystique.” Lou J. Halle

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