Créé le: 18.02.2026
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Hotel California
Hotel California des Eagles, nous connaissons tous. J'en ai fait un texte.
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Le fait de vivre un certain temps présente aussi des avantages tout au moins par la connaissance sensible des années qui ont défilé. C’est un maigre acquis qui se dissipera vite. Mais on peut profiter de cette sensation. Je l’ai vivement ressenti (mot très à la mode, il faudra comprendre pourquoi) en entendant la chanson « Hotel California » pour la plus que mille et unième fois. Commençons par la fin si le temps passé le veut bien et il le voudra bien parce que, justement, il est ou il a (et il faudra ici aussi comprendre pourquoi) passé. Les derniers mots de la chanson disent ceci « You can check out any time you like,but you can never leave”. Tu peux procéder au contrôle de sortie à tous moments mais tu ne peux jamais partir. Cette belle musique de notre adolescence, sortie des charts il y a cinquante ans, pleine de promesses musicales, par les sons des instruments et des voix et par la musique des mots aussi se termine par une impasse. On ne peut plus sortir. Et cela je ne l’avais ni perçu ni ressenti. Le chanteur a bien énoncé, haut et fort, à la toute fin du morceau qu’il existe une impossibilité. Il ne la commente pas, ne cherche pas même à l’expliquer, ni à la décrypter ou à nous en donner la clef. Il assène, parce que la réalité de son rêve, si vastement partagé, l’y engage, une vérité claire qui est celle de l’enfermement en ces lieux hospitaliers.
Je me souviens avoir éprouvé de la fatigue quand cette chanson repassait. « Oh non pas celle-ci encore ». C’était vers la fin des années quatre-vingt. J’avais déjà espéré et déchanté plusieurs fois sur cette mélodie et ne souhaitais plus la voir venir me tracasser. Elle a toujours été incontournable. On en connaissait les coins et les recoins, non de l’hôtel mais bien des paroles et de la musique que l’on s’était illusoirement appropriées. Je me souviens des premières écoutes. Je vois un Juke box dans un café, les visages des amis de mon âge que ne n’ai plus revus. Nos attentes à tous. Il y a ces quelques coups de batterie au début qui relance une séquence de vie. Je ne demandais pas davantage. Etre relancé dans les immédiatetés hésitantes de ma fuyante jeunesse. Le chanteur, par moments ils sont plusieurs, observe avec pertinence que ce qui devait suivre pouvait être le paradis ou « this could be hell », pouvait être l’enfer. J’avais fait de cette musicalité verbale une traduction toute psychédélique et personnelle. Le début des années septante était déjà derrière nous quand Hotel California est sorti. Le psychédélisme était passé de mode, mais nous l’aurons toujours pratiqué plus ou moins consciemment. Ce « this could be hell », je l’avais, par mégarde et ignorance, entendu comme une promesse. Une porte devait s’ouvrir. C’est peut-être encore le cas. Mais l’espoir a trop duré et il se nourrissait surtout de lui-même. Les Eagles tenaient leur tube pour la vie et ce tube est de grande qualité. Ils ont partagé nos fêlures en faisant appel à la force à laquelle ils adressent un chant des sirènes que les foules ont, avec ce groupe, accueillis sans méfiance. C’est une aventure commune. Certains lèveront la main en entendant le mot mésaventure qu’ils appliquent leurs destinées qu’Hotel California a bercé ou bousculé.
Je n’ai pas encore parlé des mots qui m’ont, dès l’origine, invité à l’écoute et à la réception en s’adressant aux capacités émotionnelles que je devais encore libérer. A les prendre au sérieux, les laisser m’impacter. Il n’y avait là aucun malentendu « She showed me the way ». Elle m’a montré le chemin, dans un jardin, un hôtel, un soir californien, entre deux apparitions sonores de guitares électriques. La luxuriance n’était-elle pas toute proche. Peut-être à l’étage supérieur. Les rougeurs du ciel sur la pochette du disque se matérialisaient ainsi que cette rencontre qu’annonçait une musique toute en dégradés jouissifs. J’ai repensé à cette invitation beaucoup plus tard, sans aigreur mais avec un peu de tristesse, dans les années nonante quand ces airs repassaient et qu’ils semblaient révolus.
A chaque nouvelle écoute – qui m’a toujours été imposée, je n’ais jamais mis ni acheté le disque, sinon les vidéos d’aujourd’hui pour écrire ce texte – les premières notes de guitares annoncent une douce insistance, comme un petit animal qui vient se blottir et fait naitre des émotions venues de loin, un loin qui serait devant nous. La musique et la voix désormais légendaire en nous génère des sensations qui relèvent autant du souvenir que des joies que nous croyons parfois voir en l’avenir.
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