Je publie ici ce qui sera le dernier chapitre de "Mon ami le roi" que j'ai écrit au fil des mois depuis 2015 sur Webstory.
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Dans un marais barométrique qui recouvre l’Europe et l’Angleterre, Roger a quitté le central de Wimbledon en ce mercredi soir de quart de finale. Les secondes pesaient sans que la furtivité des choses n’ait empêché l’instant d’être saisissable par ceux qui le vivaient dont Roger. Il est parti calmement triste certainement et désillusionné non pas de tout mais de ce qui venait d’arriver. Il a perdu, 6-0 au dernier set contre un nouvel adversaire prénommé Arthur qui joua solidement et tranquillement. Lui manquait de force et de sureté. Il n’était pas là et ne le sera plus, « chassé du temple » ai-je lu. C’est difficile à croire, mais c’est bien ce qui s’est passé. Chacun l’est un jour, même ceux qui n’y sont jamais entré. Roger me comprendra, m’aurait compris. Pas sûr. Quant il s’est retourné, pur nous saluer, triste, j’ai pensé à cette phrase qui me reste en tête et que j’ai servie à des juges et à des amis ce printemps : « nous éprouvons tous un sentiment d’échec alors qu’on pensait arriver au faîte de notre parcours ». De faîte, il n’y a pas sinon dans les histoires d’avenir que l’on conjugue au passé, un marais sociobiologique dans lequel se perd toute vie. Roger aura le temps d’y penser lui qui se laisse absorber par son propre langage et que l’on entendra avec moins de passion. Il n’y a plus d’incertitude suprême, juste des questions de gestion et de temps en laissant de côté les faux problèmes d’argent. L’émerveillement auquel il faudra bien revenir à laissé sa place aux souvenirs chiffrés et aux noms de ceux qui l’ont remplacé. Un jour, ce n’est qu’une chronique dépersonnalisée et un droit acquis à l’anonymat autant qu’à l’universalité. On ne l’a pas vu revenir. 2020 c’est, à sa façon distinguée, les débats et les combats se sont entremêlés mais les stades étaient fermés. Approchant de la quarantaine qu’il atteindra dans moins d’un mois, il s’est obstiné, a discuté avec son équipe, fait jouer le silence, instillé des images, insufflé des doutes, tapé dans la balle, moins aisément que jadis. La clameur est plus proche de l’existence réelle que ne le sont les mots et les chiffres là pour ne plus jamais disparaître, ce qui les rend moins absolus pour nos rares instants de vérités, nos tie-breaks individuels qui nous rapprochent de l’épreuve suivante qu’on devrait nommer, mais il reste peu de mots. Une idée d’efficience, de spiritualité, d’abandon et de reconnaissance réelle, de l’individu exceptionnel et du tout applaudissant puis faisant silence. D’un ordinaire renaissant. J’ai oublié les noms et les scores, l’ivresse même et le désir de ses triomphes qui faisaient si opportunément place aux nôtres. J’ai déjà oublié Roger qui rejoint par les allées de Wimbledon mes autres amis oubliés. Nous nous étions connus et reconnus. Les heures vécues, que sont-elles devenues ? Ces deux balles de match en 2019 feront toujours très mal, on regarde Djoko dans ses séries, appréciable sportif, au plus haut point. Nadal nous tranquillise avec sa puissance et son invention d’un nouveau type de mentalité. Les autres souvenirs bougent encore, oseront dépérir. Roger fera une déclaration, mais elle ne sera annonciatrice que d’une absence de défi qu’impose le corps qui pourtant avait tout permis. Le squelette, les muscles, les cartilages et les tendons qu’un jeune cerveau dirigeait.

 

Ce devrait n’être pas tout et ça l’est pourtant.

 

 

 

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