12.04.2021 14 0 2050

Fiction, Histoire, Science fiction

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© 2021 Hervé Mosquit

Petit saut dans le futur , imaginé et concocté un jour de semi confinement, voici déjà plus d'un an....
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2050…

 

Je m’appelle Théodore Louya. Avec de tels prénom et patronyme, j’aurais dû me retrouver père supérieur à l’abbaye de Saint- Frusquin. Mais non, je suis tout bêtement journaliste ou, selon votre rapport à cette profession, gratte-papier, fouille-merde, journaleux. Enfin bref, j’écris pour informer mes semblables. Confiné, pour cause de pandémie, dans le raccard restauré que j’habite au-dessus d’un charmant village accroché au flanc d’une vallée latérale de la plaine du Rhône, je désespère de trouver une actualité à me mettre sous la dent. En effet, ce maudit virus occupe dans les médias une place démesurée et inversement proportionnelle à sa taille.

 

Ayant ouï par les vieux du village qu’au sommet de la montagne voisine, se trouvait une grotte mystérieuse qui aurait le don de faire voyager dans le temps les téméraires qui oseraient s’y aventurer, je me suis dit : Allez Louya, vas-y ! J’ai donc gravi la montagne, pénétré dans la grotte. A peine entré, un écran s’est incrusté dans le rocher et je me suis retrouvé à répondre à un questionnaire semblable à ceux que l’on nous présente pour commander un voyage. J’ai tapé 2050 pour l’époque, mon village pour le lieu,  interview du président pour le motif et départ dès la fin de l’activité pour la date de retour.

 

C’est ainsi que je peux vous livrer cet interview de la jeune  présidente de notre commune, Mme Tülay Oçalan Michelod, ( TO),25 ans, et du vice-président, M. Carlos Terretaz  Lumumba, (CT),72 ans.

 

Pouvez-vous, Madame, Monsieur, brièvement me décrire votre commune :

 

T.O :

Notre commune compte 4000 habitants qui, pour le 40% environ, travaillent dans les PME locales et les services de la commune. Les autres sont employés principalement à Orsières et Martigny mais également au-delà. Il y a 4 centres scolaires comprenant 3 garderies et un home pour faciliter le contact entre les générations. Comme partout en Suisse, l’égalité salariale entre hommes et femmes est obligatoire et le congé parental est garanti pour 10 mois avec 3 mois obligatoires pour chaque partenaire afin de promouvoir l’égalité des tâches au sein du ménage. Nous comptons dans la commune120 associations sportives et  culturelles.

 

Et que dire de l’habitat ?

 

TO : En ce beau jour de mai 2050, nous pouvons observer que tous les toits de la commune sont recouverts de panneaux solaires et que sur les crêtes  environnantes tournent des éoliennes tandis que la majorité des exploitations agricoles sont équipés d’installations permettant de produire du bio gaz. Le chauffage domestique ne se fait plus que par des pompes à chaleur, de rares fois au bois dans certaines maisons isolées, quand il n’est pas devenu carrément caduc  grâce à l’isolation très performante des bâtiments et l’optimisation du rayonnement solaire. En passant, signalons que la sortie du nucléaire est terminée depuis une vingtaine d’années.

 

Et comment se déplacent les gens ?

 

CR. : Essentiellement en transports publics mais également en co-voiturage depuis la création de vastes parkings aux sorties des principaux villages. Les véhicules qui traversent nos villages vont beaucoup moins vite qu’autrefois et fonctionnent à l’électricité ou à l’hydrogène. L’électricité est essentiellement hydraulique avec un apport non négligeable de solaire, d’éolien et du gaz de fermentation des déchets végétaux ou des déjections animales.

 

Il n’ y a donc plus de voitures à essence  ou diesel ?

 

CR. : Il y a plus de dix ans qu’au niveau national et même mondial, l’usage du pétrole et du gaz naturel sont sévèrement réglementés. L’énergie fossile n’est disponible que pour un usage d’utilité publique. Elle n’est donc utilisée que par les services d’urgences (transports aériens indispensables, police, pompiers, ambulances, hélicoptères de sauvetage, groupes électrogènes de secours etc.

 

Pouvez-vous me dire un mot du reste de notre pays, voire du monde ?

 

TO :Le monde a beaucoup changé à cause d’un zest d’utopie qui fit office de levure dans une pâte de bon sens pétrie par des hommes de bonne volonté un peu partout sur la planète. Ces acteurs du changement étaient les partisans, sinon d’une décroissance, du moins d’une croissance économique soumise aux exigences d’un développement durable, d’une plus juste répartition des richesses et des ressources. Avec cette prospérité mondiale et mieux répartie, les fanatismes religieux, le nationalisme, le racisme, la xénophobie, sont devenus des aberrations en voie de disparition, ne trouvant plus de terrain favorable où répandre leurs poisons.

 

Les paradigmes du monde de la finance ont changé drastiquement : la bourse a pratiquement perdu son rôle de moteur de l’économie et l’argent alimente en priorité l’économie réelle, la production. Les marchés boursiers sont soumis à des règles strictes qui empêchent la spéculation par une fiscalité exorbitante sur tous les gains qui ne sont pas liés directement à la production de biens et de services. Il y avait bien assez de ressources pour espérer voir la majorité des habitants de notre planète vivre grosso modo avec le niveau de vie des classes moyennes de nos pays occidentaux. Mais pour cela, il était devenu évident qu’il fallait prendre aux plus riches et ne leur laisser aucun endroit dans le monde où ils puissent soustraire leurs fortunes et leurs revenus indécents au fisc et au bien commun. Si les ressources fiscales sont utilisées au niveau local, les normes, elles, sont mondiales. Il n’y a plus de paradis fiscaux, il n’y a plus aucune concurrence ni échappatoire à ce niveau-là.

 

Il faut dire qu’une pandémie mondiale, en 2020 a considérablement changé la donne.

 

Ah oui, et comment ?

 

T.O : D’abord, le mode de vie imposé par cette épidémie a permis que les objectifs climatiques prévus pour 30 ans se réalisent en quelques mois. Ensuite cette situation qui aurait pu engendrer l’égoïsme forcené et le repli sur soi a fait redécouvrir aux gens la valeur de la solidarité sans laquelle tout aurait pu se déliter. On aurait pu se retrouver dans une situation de fin du monde avec des privilégiés vivant dans les quelques villes encore habitables, barricadés à l’intérieur de quartiers fermés, gardés comme des forteresses et le reste de la population entassée dans des cités-dortoirs ou des villages éloignés de tout, situés dans les régions les plus inhospitalières des pays.

 

Nous aurions pu connaître un chômage endémique et la migration incontrôlée de populations en quête de survie, dont la violence aurait été à la mesure de leur désespoir avec des bandes armées crapuleuses ou communautaristes qui auraient terrorisé tout le monde et se seraient battues pour des territoires d’influence. L’agriculture aurait été réduite à peau de chagrin en raison de la mort des abeilles, de la pollution, de l’indisponibilité des énergies nécessaires.

 

S’ajoutant à cela, les dictatures, les guerres, la violence crapuleuse, le terrorisme auraient obscurci la vie sur terre à n’en plus finir .

 

Mais non, la solidarité a gagné.

 

Et la migration, qui était un souci important au début XXI e siècle, Qu’en est-il ?

 

C.T : Les guerres ayant pratiquement disparu ainsi que l’extrême pauvreté, les grands mouvements migratoires n’existent plus depuis que les habitants des pays autrefois les plus pauvres retrouvent une vie meilleure chez eux en raison de tous les efforts internationaux faits pour en accélérer le développement. De régions aidées et soutenues, elles sont devenues des partenaires économiques fiables, participant au bien-être de tous. Les ressortissants de ces pays désormais en paix trouvent maintenant sur place de quoi faire vivre leurs familles et ceux qui étaient déjà chez nous se sont bien intégrés.

 

Et comment le monde est-il organisé actuellement ?

 

CR. : Sous l’égide de l’ONU  presque tous les pays ont adopté des lois fiscales et pénales similaires, ou du moins comparables partout, ce qui ne laisse que très peu de place pour l’injustice et l’arbitraire. Les armées nationales existent encore mais à une échelle réduite, assurant surtout un travail de protection de la population en cas de catastrophe naturelle et parfois des mandats pour l’ONU dans les rares endroits de la planète où le respect des droits humains est encore aléatoire. La  justice et la  police restent aussi des garants de l’ordre démocratique et du droit de chaque individu à vivre libre, en sécurité, en paix et décemment.

 

Les dictateurs, les fanatiques ou simplement les  criminels ont perdu ce qui constitue leur logistique : l’argent. Au fur et à mesure que s’éradiquait la misère et augmentait l’éducation, la possibilité de recruter des hommes de main ignorants et serviles a pratiquement disparu.

 

Partout dans le monde, le pouvoir politique a été fortement décentralisé, un peu à l’image de ce qui a toujours existé en Suisse. Les régions peuvent ainsi mieux gérer, et plus souplement, les ressources, les échanges et l’aménagement du territoire. Les habitants se sentent ainsi plus concernés, participent mieux aux prises de décision et s’engagent plus dans les collectivités publiques.

 

Mme la Présidente, Monsieur, je vous remercie. Une dernière conclusion ?

 

CR. :  Au début, bien sûr, quand nous participions aux grèves pour le climat et aux manifestations pour les respect des droits humains partout sur la terre, on nous traitait d’utopistes. Mais nous avons permis que le monde, au lieu de se calfeutrer derrière des murs et de consommer à en crever, accepte de vivre autrement, plus lentement. Presque tous les moyens mis autrefois dans la guerre ont été utilisés pour développer l’économie solidaire et les technologies qui nous permettent de vivre bien, et partout, comme aujourd’hui. Etait-ce vraiment incongru que de prôner la bienveillance ? La violence n’est que la réponse des peureux et le refuge de la bêtise !  Ce sont les utopies qui ont toujours fait avancer le monde. Un ami me disait : Si jamais on te traite de bisounours, dis-toi qu’il vaut mieux être un bisounours constructif qu’un connard malfaisant.

 

Bref, c’est grâce à ces idées qu’aujourd’hui, on vit si bien chez nous

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