Une quête temporelle : 11 minutes à trouver un 29 février pour que la Terre continue à tourner rond...
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La journée touche à sa fin. Quatre ans à attendre pour vivre le prochain 29 février. Ai-je suffisamment profité de cette journée qui n’est offerte que tous les quatre ans ? L’ai-je utilisée à bon escient ? N’aurais-je pas pu faire d’autres choses, plus essentielles ? Éternelles questions sur l’occupation de mon temps qui semblent encore plus aiguës quand il s’agit d’un jour aussi rare. 29 février, jour intercalaire. Mais de quoi sera fait l’intervalle entre ce jour intercalaire et le prochain ? Que va-t-il s’intercaler entre les jours intercalaires ? Que vais-je intercaler dans ma vie ?

 

Assise à la table de ma cuisine, je fixe le calendrier, support de mes rêveries temporelles. Au moment de saisir la page pour l’arracher et passer ainsi sans équivoque au mois suivant, mon geste s’arrête. Quelque chose attire mon regard. Une infime vibration. Une palpitation. Je fixe la case 29. La vibration s’amplifie et je remarque qu’elle vient de la bordure droite de la case en question. J’approche encore mon visage. Encore, encore, encore plus, jusqu’à coller mon œil au calendrier. Les points noirs serrés entre eux constituant la bordure de la case 29 se mettent alors à danser, et leur mouvement laisse apparaître de l’espace. Il y a quelque chose entre les points. Il y a quelque chose au-delà du papier. Je serre mon œil tout contre… Soudain, swouchhhhhhh… Je suis engloutie par le calendrier.

 

Je flotte dans une étrange substance, lumineuse, entre le gel et le rien, qui supporte mon poids et quelques parcelles noires, scories de la bordure de la case je suppose. Je me retourne et j’aperçois, au loin maintenant, une ligne noire. À sa droite, comme en transparence, le chiffre 29 à l’envers. Je suis visiblement passée de l’autre côté de quelque chose. Un sentiment étrange d’illégitimité m’envahit.

 

–        Où elles sont ?

–        Quoi ?

–        Où elles sont ?

–        De quoi vous me parlez ?

–        Nom d’un petit chronomètre, vous allez me répondre ?

–        Vous répondre quoi ?

–        Où vous les avez mises ?

–        Quoi ?

–        Les minutes, pardi !

–        Quelles minutes ?

–        Les onze minutes que vous m’avez volées ! Qu’est-ce que vous en avez fait ?

–        J’ai volé des minutes, moi ? Mais qui vous êtes, d’abord ? Et je suis où ?

–        Vous êtes chez moi. Je suis le gardien du calendrier, pardi. Et vous, vous  me volez onze minutes chaque année et maintenant ça suffit.

–        Qu’est-ce que c’est que cette histoire de onze minutes ?

–        Écoutez. Vous le savez que votre système est foireux. Depuis le début vous le savez.  365 jours, c’est pas suffisant pour que la terre tourne rond. Pour qu’elle tourne rond, il faut plus. Il faut 365 jours et 348,7 minutes. Alors vous, qu’est-ce que vous faites avec votre système foireux ? Hop, ni vu ni connu, vous glissez un jour de plus tous les quatre ans. Et qui c’est qui se tape un jour de gardiennage en plus tous les quatre ans ? Qui c’est qui surveille la case 29 ? C’est moi, pardi ! Sauf que vous ne vous arrêtez pas là à me truander sur la case 29 ! Vous débordez ! Vous abusez carrément ! Parce que votre journée de plus tous les quatre ans, elle a 24 heures comme les autres, on est d’accord, non ? Mais le rab de la terre qui tourne, c’est 348,7 minutes, pas 360! Alors vous les trouvez où les 11 minutes et des bricoles que vous n’avez pas, chaque année, et que vous utilisez pour votre 29 février ?

–        Ok Monsieur le gardien de la case 29. D’accord. Vous avez raison. Mais pourquoi vous me dites ça maintenant ? C’est pas la première fois qu’on a un 29 février, non ?

–        Oui, c’est vrai, et ça fait des centaines d’années qu’elles me restent en travers du sablier, ces 11 minutes. Mais là, j’ai pu vous choper à contempler votre calendrier, à vous poser tranquillement des questions existentielles sur l’utilisation de cette journée et du temps qui ne vous appartient pas. Alors je me suis dit : « Cette fois c’est la bonne. Tu la tiens. Mets-lui ses onze minutes volées dans sa face. »  Alors, vous allez me les rendre ?

–        Comment puis-je vous rendre du temps passé ? Le temps passé n’existe plus vous le savez bien.

–        Alors donnez-moi des minutes à venir. Elles sont plus jolies, en plus. Toute fraîches, pas vécues, encore pleines de promesses…

–        Mais comment vous donner quelque chose qui n’existe pas encore ?

–        Vous avez raison, nom d’une clepsydre. Vous avez foutrement raison. Alors il ne reste plus que les minutes présentes. Mais il va falloir faire fissa. Elles deviennent vite des minutes passées. Et je ne veux que des minutes de valeur, des belles, des qui comptent, des qu’on aurait envie de prolonger indéfiniment.

–        Et comment je fais ça ?

–        Pas mon problème. Vous savez bien perdre votre temps, alors débrouillez-vous maintenant pour le prendre. Et me le rapporter. Et sans tarder. Vous n’avez pas une minute à perdre, vous en avez onze à trouver.

 

Et là commence ma quête.

 

Pour trouver onze précieuses minutes, il ne faut pas perdre de temps à accepter d’en perdre. Ne rien faire. Et persister. L’exercice est pour moi plus que délicat. Je suis si rapide à combler un vide fortuit par une action concrète. Ranger un objet, consulter mes e-mails, manger. La peur du vide s’invite et gâche la rencontre avec moi-même. Quel défi de chercher à saisir cette chose qui file comme la gélatine dont est fait l’étrange espace entre le gardien furieux et ma cuisine…

 

Justement, m‘y revoilà. Par où commencer ? Ou plutôt par quand ? Ne pas tout de suite se lever de sa chaise pour faire. Être. Sentir. Regarder. Vivre.

 

Une minute à regarder un chat dormir.

D’abord il tourne. C’est important de trouver le sens du prochain sommeil. C’est délicat. Parfois il commence à se poser, mais se relève et tourne encore. Tout d’un coup c’est la bonne. La bonne position, le creux juste, l’orientation parfaite. Pendant quelques instants, il veille encore, les yeux mi-clos, semblant hésiter à s’abandonner plus avant. Enfin, le sommeil. Un sommeil double, fait de détente absolue et d’attention latente. Une patte qui s’abandonne dans le vide et une oreille frémissant au moindre bruit, preuve que le repos est aussi fait de l’attente de la prochaine chasse. Le temps n’est rien pour un chat. Mais alors, qui fait le compte des minutes qui comptent ?

 

Une minute à sentir l’eau de la douche couler sur sa tête.

Il faut du courage au départ. Se déshabiller, frissonner un peu peut-être. Et attendre qu’elle soit à bonne température, que la pression soit juste. Ensuite, choisir par quelle partie commencer. Au cas où le réglage n’est pas idéal, ce sera désagréable, il faut l’accepter. Alors on teste, un jet par-ci, un jet par-là. Le pommeau papillonne. Lentement, rejoindre le crâne. D’abord par l’arrière, car les gouttes directement sur le visage, ça aussi c’est désagréable. Ça y est, les premières langues d’eau glissent depuis le front et emportent la sueur, la torpeur, les soucis, la fatigue, peu importe. Là, savourer, immobile, ou animé d’un léger mouvement circulaire qui laisse les gouttes déborder sur les épaules, la nuque, le torse. Il a fallu du courage pour déclencher cette minute-là, il en faudra pour la stopper. Une leçon-minute pour nous montrer qu’on ne sait pas toujours ce qu’on se veut.

 

Une minute de baiser.

Retarder le moment décisif. Ralentir jusqu’au sentiment du temps suspendu, immobile. Entre les bouches, le vide devient vivant, palpable. Et soudain, déclencher goulûment. Parfois même les dents s’entrechoquent de précipitation. Le contact des muqueuses provoque une vague qui s’étend loin, par-delà les cheveux et les orteils. Ça chauffe, ça rayonne. Se détacher, revenir et recommencer pour une deuxième vague identique à la première. Et encore, et encore. Oser le baiser cannibale, celui qui mord, qui aspire l’autre de l’intérieur, qui va chercher sa substance profondément en lui-même. Cette minute-là n’est que l’amorce d’un temps infini et suspendu… Nous avons tous le souvenir de lèvres endolories au petit matin d’avoir tant embrassé.

 

Une minute à écouter le chant du merle au petit matin.

En premier, le rejet. Rejet de cette nouvelle insomnie. Encore des minutes de sommeil perdues. Vite les rattraper, vite replonger, surtout ne pas gamberger… Et tout à coup le voilà. Comme pour encourager la lumière encore timide, il lance une première salve. Toute à ma tentative de rejoindre la nuit, je n’y prête d’abord pas garde. Un silence, puis une deuxième salve, suffisamment longue pour me retenir de replonger. C’est lui, je le reconnais. La contrariété se transforme en bonheur. Sensation d’être l’unique public d’un récital qui rend le cœur joyeux. Les oreilles tendues vers le jardin pour n’en perdre aucune miette, je m’efforce alors de ne pas me rendormir. La punition est devenue privilège.

 

Une minute à manger des framboises.

Les découvrir au détour d’un chemin forestier. Un rayon de soleil pointé sur un fruit attire l’œil en le rendant presque lumineux. Plaisir de trouver la première, et première giclée d’acidité parfumée dans la bouche. Et la langue qui l’écrase doucement contre le palais, pour éviter le désagrément des grains coincés dans les dents. Choisir la dernière est chose risquée : pour prolonger la durée du régal, on en  cherche encore une. Mais sera-t-elle à la hauteur des précédentes ? La sagesse serait de s’arrêter à un dernier délice, mais le délice pousse au désir du délice suivant. Quand la décision est bien prise, le chemin après n’a plus le même goût.

 

Une minute de réveil ou d’assoupissement à deux.

Ça arrive d’être asynchrones. Un du matin, l’autre du soir. Un qui se couche lorsque l’autre est déjà endormi, un qui se lève quand l’autre rêve encore. Quand les tempi s’accordent par le hasard des rythmes biologiques, la rencontre est douce. Comme deux animaux marins dont le sommeil est le territoire partagé, on joue à plonger et à sauter au-dessus de sa surface, parallèlement ou en alternance. On se frotte, on s’écoute soupirer, on se respire, le nez enfoui dans le cou de l’autre. On sent le corps s’alourdir, on goûte l’abandon juste avant de sentir la même vague de torpeur nous envahir. La minute partagée n’est alors plus un découpage abstrait du temps, c’est une danse moelleuse dans un espace qui nous échappe au moment où on le rejoint.

 

Une minute en tenant la main d’un ami qui souffre.

Il y a parfois les mots. Parfois les gestes. Et parfois aussi le contact. Quand un ami cher à son cœur souffre, nos mots qui ne vibrent pas avec les siens sont vains. Il ne peut dire sa souffrance, ou trop partiellement. Les mots sont si pauvres de ressentis. Et chercher les mots justes serait souffrance par-dessus la souffrance. Alors se mettre au diapason du corps sans comprendre, sans demander d’explication. Faire durer le contact, le temps nécessaire pour ne plus faire de différence entre sa peau et la nôtre, en laissant nos pensées de côté, en renonçant à trouver les mots qui consolent et qui seront toujours plus limités que la peau contre la peau. Jusqu’à finalement, dans cette osmose vibratoire, ne plus savoir qui donne et qui reçoit.

 

Une minute de marche silencieuse en montagne avec une personne aimée.

Où est-elle, cette minute, dans le temps béni d’une randonnée à deux ? Au début, lorsque le corps encore froid cherche sa cadence sur les cailloux du chemin ?  Certes non, car la tête est trop pleine de la frénésie du monde. Ce que j’ai fait, pas fait, ce que je vais faire, pas faire, dire, pas dire, et les dialogues qui vont avec, comme un scénario mille fois réécrit. A la fin non plus. Souvent une descente, les genoux qui grincent et les muscles qui tremblent collent l’âme au sentier. On ne peut y trouver la grâce d’une minute précieuse. Mais entre deux, oui. Là où le rythme est trouvé. Le brouhaha intérieur s’est calmé et on s’est parlé juste ce qu’il fallait pour montrer notre conscience de la présence de l’autre. La communion se fait alors par le pied qui se pose sur le même rocher instable, l’œil qui s’ouvre de concert sur la silhouette d’un chamois planqué dans la paroi, le nez plein de la même odeur de beuse à la traversée de l’alpage, l’oreille qui saisit le sifflement d’une marmotte alertant ses congénères de notre arrivée. La minute des sens partagés.

 

La dernière minute d’une buleria flamenca.

La buleria c’est la fête. Et la fin de la buleria ? La fin de la fête ? Assurément non. A la fin de la buleria, chacun y va de son pas : les musiciens, qui savent à ce moment précis pourquoi ils ont plutôt choisi la musique que la danse, les larges grands-mères en tablier qu’on n’aurait jamais imaginées l’œil coquin, la jupe relevée entre les jambes, la petite fille sage, nœud à paillettes, collants roses et ballerines à pompons qui toise les hommes le menton levé comme si elle allait leur apprendre tout de la vie, le vieil oncle en costume croisé, souliers vernis et pochette rose, qui esquisse ses pas plus qu’il ne les danse, aussi précautionneusement qu’une nouvelle accouchée. Tous font leur tour de piste en douze temps. Un deux trois un deux trois un deux un deux un deux. Le temps à douze temps, paroxysme de la joie faite rythme.

 

Une minute de pleine conscience.

Le coussin n’est pas toujours tendre pour le méditant. Et le coussin est parfois longtemps seul. Mais il n’attend pas, il n’attend rien, lui. Tout juste est-il témoin du combat. Combat pour accepter d’être là, présent à tout ce qui advient quelle que soit l’expérience. Lutte pour dire simplement oui à ce qui est. Or, dès qu’il y a combat, dès qu’il y a lutte, c’est perdu et il faut recommencer, revenir au coussin qui sans états d’âme nous accueille à nouveau et nous offre l’opportunité toujours nouvelle de son contact. Alors évidemment, quand cette minute-là survient, la tentation est grande de vouloir l’attraper pour qu’elle dure encore un peu. Oui mais voilà, celle-ci c’est la plus fragile des minutes précieuses. Elle disparaît dès qu’on cherche à la prolonger. C’est la minute qui se présente au moment même où on arrête de la chercher.

 

Comment retourner chez le gardien ? Notre rencontre était tellement fortuite que je n’ai même pas réfléchi au moyen de le retrouver. Et le temps presse. Ces précieuses minutes doivent absolument être adoubées par mon gnome furibard avant la fin de ce 29 février-ci, il en va de la pérennité de nos jours intercalaires. Car s’ils disparaissent, Noël va un jour se retrouver au printemps. La survie du 29 février est en jeu.

 

Logiquement, le chemin pris la première fois devrait toujours être possible. En espérant qu’il y ait une logique à l’histoire. Assise à la table de ma cuisine, j’empoigne donc mon calendrier et fixe intensément la case 29. Rien ne survient. Mes yeux cherchent un interstice dans la ligne noire de droite, mais ce noir-là est maintenant dense et compact, sans espoir de passage. Pas de vibration, aucune palpitation. J’essaie par la bordure gauche du premier mars, sans grand espoir, car comme on dit : « Après l’heure, c’est plus l’heure. ». Que vais-je bien pouvoir faire de toutes ces belles minutes si elles n’atteignent pas leur destinataire ?

 

Soudain, un bruit me sort de mon intense réflexion.

Il pleure.

 

Et m…., c’est vraiment pas le moment…

Mon fils m’appelle.

Non, pas maintenant ! Allez, rendors-toi !

Rien à faire, il insiste et pleure de plus belle. Je suis tiraillée entre ma volonté de sauver le 29 février et mon devoir de mère. Je me lève lentement et rejoins sa chambre plongée dans le noir.

 

–        Qu’est-ce qui se passe mon grand ? Il faut dormir, c’est la nuit maintenant.

–        J’ai fait un cauchemar, Maman. J’ai peur, tu peux rester avec moi ?

–        Raconte-moi ton cauchemar.

J’écoute mon fils tout en surveillant ma montre. Bientôt minuit, la catastrophe est proche, il faut absolument qu’il se rendorme le plus vite possible pour que je puisse retourner à mon calendrier, à ma mission universelle. Pourquoi est-ce toujours quand on est pressé que les enfants lambinent ? Comme s’ils prenaient un malin plaisir à faire durer le suspens, à nous mettre face à notre impatience.

 

–        Allez, maintenant que tu m’as raconté ton cauchemar, tu vas faire un gros dodo.

–        J’ai soif.

J’apporte le verre demandé. Un petit, ça ira plus vite.

–        J’ai encore soif.

2e service.

–        Bon, allez, dodo maintenant !

–        J’ai besoin de faire pipi.

–        …

Et moi je dois courir à la rescousse du temps du monde ! Pourquoi les enfants ne comprennent-ils jamais les priorités des adultes ?

–        Ok, pipi et ensuite dodo.

–        Un petit câlin Maman s’il-te-plaît.

–        …

Le monde courra donc à sa perte. Après tout, Noël en fleurs, ce sera joli aussi. Je prends mon fils dans mes bras. Je fais les cent pas dans l’obscurité. La chambre de mon petit n’a jamais été aussi grande.

 

Je tourne en rond. Encore et encore. Tout à coup, quelque chose change dans le poids de mon fils. Il est à la fois plus lourd et plus léger. Plus lourd de l’abandon de son corps dans mes bras et plus léger de par son sommeil retrouvé. Sa respiration paisible chatouille mon oreille. Ouf, je vais pouvoir retourner à ma mission. Vite, le poser délicatement pour qu’il ne se réveille pas.

 

Mais que se passe-t-il ? Au moment précis où je peux enfin me libérer de cette dictature enfantine, je n’en ai plus envie. Et là je savoure, je déguste. La onzième minute. La plus belle, la plus douce, la plus précieuse, celle qui ne reviendra jamais comme telle, mais qui rend heureux instantanément et pour la vie entière car son empreinte est à jamais marquée en nous, sur notre corps. C’est la minute d’abandon d’un enfant qui s’endort la tête sur votre épaule.

 

Et soudain je vois, assis dans un coin obscur de la chambre, le gardien du 29 février qui sourit.

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