Créé le: 27.10.2026
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Au Remor
Chapitre 1
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A la fin de l'été, je procédais par petits textes. En voici un écrit en un lieu d'habitudes ...
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Au Remor
Ambiance profonde jusqu’à la couleur inaltérée de mon jus de pamplemousse. Musique américaine des années cinquante, piano délicat et voix d’une star montante en duo avec une autre, fatiguée. Jour férié à l’extérieur. Pas de théâtre, malgré le gros catalogue pris en passant sur le meuble à journaux. Une actrice que l’on voit ici l’aura posé sur la pile. J’ai quelques voix plantées dans le cœur. Des classiques et le « to be … », qu’il faut relire souvent avec d’autres extraits. C’est très fort le théâtre, à Genève ou ailleurs, bien que j’y sois peu allé. Pas de cinéma, quand on y pense. J’ai tout vu mais je n’y suis presque jamais entré bien que j’en sois ressorti parfois, plus interloqué que pacifié. Présence de lui en moi, comme cette dernière scène au couchant ensanglanté. Pas de musique alors qu’ils en donnent et de belles de l’autre côté du Boulevard. Les quintettes au plus profond des cieux, ceux-là même qui sont en soi. Les entr’actes comme autant de souvenirs abîmés. Le sentiment d’avoir, par elle la musique, perçu la sublimité. Aucun art de la peinture, malgré ces tableaux aux murs accrochés. Ce travail amateur qu’une note de jazz vient blanchir et renforcer. Le travelling voiture à l’extérieur dans l’écoulement, le fluide et la constance qui refigurent le temps. Le même depuis un siècle, trams, voitures différentes au fil des heures. Je vois passer l’ancienne Aston Martin de mes parents fiers à l’idée qu’elle était d’occasion. L’histoire de la peinture m’attendra au grenier ou à la cave descendra. Je garde en un lieu inconnu de ma personne, fût-ce en moi, le marc de café que tout ce réel vient déposer. Voudrais je laisser libre cours à ma négativité que je n’y parviendrais pas. L’expérience que la vie fait entrer en nous est indéniable, comme l’est le poids des envies dépassées. Ces fulgurances qui me saisissaient et m’emportaient tel un aigle pourfendeur, je ne les éprouve plus. À pleine vitesse j’ai traversé les aubaines et tenté de contourner les contraintes. L’existence allait nous épouser. Rien n’y fait. Je n’ai toujours pas reconnu la voix de la chanteuse. Peut être bien Billie Holliday. J’apprécierais que ce soit elle qui ne me doit rien. Elle a tenu toutes ses promesses malgré les épouvantables difficultés rencontrées. Le macabre et les épousailles. Cette atmosphère de tout temps la même en ce lieu est aussi une circulation. Le potentiel qui nous invitait à tout tenter. Etonné, tout de même, de n’avoir à ce point aucune idée de la vérité des choses. Je vais faire comme les autres. Payer et m’en aller. M’attendent une rue, un escalier, d’autres jours fériés et cette sensation de n’avoir ni tout reçu ni tout donné.
10 septembre 2026
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