Ce que l'affaire Derek Chauvin, son procès et sa couverture médiatique m'ont inspiré (Suite épouvantablement logique de Noires nouvelles du réel)
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D’un visage l’autre. Derek Chauvin a porté fébrilement son regard, à chaque énoncé de leur numéro, sur les jurés qui, un par un, le condamnaient.

 

Il avait peur, cela se voyait. Il était dans le trou et ses sept muscles de mouvance oculaire lui ordonnaient de suivre les informations causant et justifiant son effroi. Coupable, ta vie dans une prison américaine. Et la caméra de justice a planté son regard de fer dans les yeux de Chauvin. Tous (…) les peuples d’Amérique et ceux du monde entier se gavaient de cette souffrance légitime du seul fait qu’elle émane d’une décision de justice. Comme il a peur. Comme il sait maintenant qu’il est condamné et n’a plus de chance de vivre paisiblement sur terre. La justice a fait son œuvre, publiquement, implacablement, fière d’elle et sûre tout autant, pour avoir revêtu son costume mythique et garanti un « procès équitable » qui ne l’est jamais. Enfin.

 

Le regard de Derek était plus livide encore, le 25 mai 2020, quand il appuyait son genou sur la nuque de George Floyd qu’il laissera mourir. Le genou fait mal derrière la tête pressée contre le caniveau. L’indifférence de Chauvin sera léthale et ça ne lui faisait rien. CNN cite Elie Wiesel que l’on rejoint : l’indifférence est plus terrible que la haine. Plus répandue aussi, presque généralisée dans les pays où brûlent des contre-feux de prétendue bienveillance. Ah! le suprême et reptilien triomphe de l’indifférence. On le tient. Je ne crois à presque plus rien et Derek s’en fout. Il n’est qu’un indifférent flashé et jugé multi-regardé. Les sociétés semblent un peu mieux se porter maintenant qu’elles savent qu’il est jugé et qu’il subira sa peine jusqu’à succomber. L’acte est insoutenable et la mort fut si cruellement donnée. La foule l’aura excité, il l’aura défiée et pensait avoir gagné, une fois encore reparti avec son cadavre. Mais un œil numérique l’a toisé et la scène est classée aux archives de l’éternité informatique. Les foules ont eu raison de se révolter. Ça ne pouvait pas continuer comme ça.

 

Le n** mot la mort n**

 

Trois regards chauffés à blanc. Celui de Chauvin tuant dans l’indifférence. Celui de la justice fixant l’accusé, en laissant entrer des milliards de spectateurs, et celui enfin de Derek apprenant qu’il est condamné. Il revêtira un costume d’infamie à la couleur étudiée de près par les meilleurs psys. Le juge lui a pourtant expliqué avec précaution que s’il entendait se prévaloir du 5ème amendement de la constitution, qui le dispense de s’exprimer s’il le souhaite. La décision n’appartient – n’appartenait – qu’à lui. Son avocat a souligné qu’ils en avaient parlé et le juge a insisté à l’attention du seul accusé, « la décision n’appartient qu’à vous ». On apprend toujours quelque chose, en procédure tout au moins.

 

Il n’a pas souhaité être entendu et c’est prévalu du droit de se taire. C’est habile, « good call » a dit le procureur sur CNN. N’avoir pas à s’expliquer, ne pas le faire. Personne n’est excellent dans ces moments. Parler de soi et de son acte d’indifférence mortelle. Pourtant la vérité, qui toujours sera étrangère à la justice, par ses différences et ses nuances inemployées, se nourrit des propos de l’accusé, jamais de son silence.

 

Une justice sans psychiatres n’est pas meilleure qu’une justice psychiatrique qui elle-même n’apporte rien. Idem pour les inénarrables médias.

 

Il n’y a que de la blancheur des regards et la noirceur des esprits, aucune autre vérité sinon que Gorges Floyd est mort sous le genou de Derek Chauvin et que celui-ci attend sa peine. Il a tendu les poignets au policier qu’il était. Derrière le dos. A écarté les doigts de ses deux mains, comme s’il avait été palmé. A regardé devant lui. L’œil de justice numérisé a diffusé cette scène. Regards diversifiés. Seule la force a la puissance que l’on aurait voulu attribuer à la vérité. L’attente fut telle et les silences publics in casu si peu respectés que je doute à nouveau du caractère équitable du procès.

 

Il est  vrai, plus encore, qu’équitable le crime ne le sera jamais.

 

L’horreur est aléatoire et seule la raison dévoyée, parfois non, organise l’extension du mal.

 

Je ne suis pas un malade de la justice, personne ne devrait le devenir et là encore, constante trahison du savoir possible et de la nuance rejetée.

 

On éprouvait, à regarder son visage tueur une rage réclamant une revanche aujourd’hui survenue.

 

Or, la survenance de la revanche jamais ne sera source de sérénité. Il ne faut pas, c’est bien connu, regarder fixement contre le soleil, et moins encore, c’est peu connu, fixer la haine ou la justice dans les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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