Chapitre 1

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Petites chroniques râleuses et décroissantes sur la vie d'aujourd'hui.
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Je suis râleuse mais aussi française, un truisme (en tout cas pour les suisses pas pour les français !) contre lequel il est impossible de lutter. Et afin de te prouver à quel point je suis hexagonale, laisse-moi te révéler l’objet de mon courroux : le souffleur à feuilles électrique qui selon cette publicité mensongère (là encore un truisme) est un appareil ludique grâce auquel nettoyer son jardin n’est plus une corvée ! (petite parenthèse, si le jardin est une corvée et non un plaisir, le mieux quand même est de ne pas avoir de jardin, fermez la parenthèse).

Tu l’auras compris -ou pas-,  je fais partie de ces nostalgiques de la pelle à feuilles aujourd’hui remisée au fond d’un abri de jardin et dont le doux bruissement propice au rêve tranquille ne ressemble plus qu’à un lointain souvenir puisqu’on lui préfère désormais ce pollueur sonore génial, conçu pour notre confort, paraît-il.

Mais revenons à la colère saisonnière qui m’anime. Celle-ci a pris naissance sous la fenêtre de ma chambre dès potron-minet un jour de septembre. Je ne sais plus s’il faisait chaud, froid, sec, humide, il faisait du  bruit en tout cas, tout ce dont je me souviens.

La première fois que tu entends cette espèce d’aspirateur inversé, tu fais évidemment preuve de compréhension, penses ça ne va pas durer. Le jour suivant, tu commences à ressentir les premiers symptômes d’agacement tout en rongeant ton frein J’y vais ? Je n’y vais pas ? Lui dire deux mots à ce type qui m’agresse ce matin ? Puis tu te ravises, un peu lâche il faut bien le reconnaître.

Une semaine plus tard, après trois ou quatre exercices de respiration anti-stress non concluants, te sentant prête à la confrontation, sors de ton appartement douillet et tentes une approche douce et tout sourire (en bouillant de l’intérieur) auprès du souffleur matinal (à ne pas confondre avec un siffleur). Premier constat, l’homme ne te voit pas, ne t’entend pas et tu dois t’égosiller pour qu’il émette un Quoi ?  sec et agressif. De toute évidence tu le déranges autant qu’il te dérange. Et quand enfin il daigne lever la tête, tu comprends rapidement que tu n’es pas arrivée au bon timing  et que tu ferais mieux de rentrer chez toi. Fissa. Pour autant tu n’écoutes pas ta petite voix intérieure, sage et prudente, pire, tu toises l’homme mais lui aussi te toise. Bizarrement d’ailleurs. Avant qu’il ne te lance comme ça, sans ménagement Laisse-moi faire mon travail et occupe-toi de tes affaires, compris ?  Le tutoiement, alors que tu ne le connais ni d’Eve, ni d’Adam n’est pas de bon augure tu en conviendras, de même que le ton employé ; malgré tout tu restes-là, plantée au pied de ton immeuble avec ta colère et tes envies de meurtres  (c’est une façon de parler…) tandis que l’homme te tourne le dos et reprend son travail.

Parce que c’est dans ta nature, que ce genre de chose ne se discute pas, tu reviens quand même à la charge. Tu lui dis (ou plutôt non, tu lui hurles) que les décibels qu’il avale vont le rendre sourd, que le poids de son souffleur (4 kilos au moins !) est propice aux tendinites, qu’il faut qu’il arrête avec ça, merde ! C’est pour votre bien que je vous dis ça ! (toi tu le vouvoies, il vaut mieux garder ses distances) Et là comme seule réponse ce grand silence ; tu as gagné la partie ! Ce que tu imagines en tout cas en bonne optimiste que tu es. Tu te dis qu’il a compris, qu’il va suivre tes conseils, il sait que tu agis pour son bien (un peu pour le tien aussi, sois honnête), tu te sens heureuse, tu oses même un rapprochement, un pas, deux pas, le sourire aux lèvres mais là… là, juste devant toi, qu’est-ce… qu’est-ce qu’il fait ? Qu’est-ce qui lui prend ? Tu ne comprends plus ! L’homme ne semble pas ; mais alors pas du tout être dans le même état d’esprit que le tien,  ce n’est pas possible ! Il vient de saisir son souffleur comme on pourrait le faire avec un bazooka, le rallume, rageur, vengeur, te vise la tête et te fait dégager manu militari dans un courant d’air violent et assourdissant, comme il le ferait pour une pauvre feuille tombée de son arbre.

Sans demander ton reste tu capitules, toute lutte a ses limites. Puis tu rentres chez toi déjà fatiguée de ta journée qui vient à peine de commencer et tu relis Scènes de la vie future de Georges Duhamel en mettant des boules Quiès.

Que faire d’autre ?

 

Commentaires (3)

Jo

Jordann
18.10.2020

Tellement vrai .. et quel joli style, bravo!

Caroline Bench
05.10.2020

Merci infiniment Anklade, cela m'encourage à publier d'autres petites chroniques.

Anklade
03.10.2020

J'aime bien votre ton, j'aime bien votre style, j'aime bien l'histoire...en fait, j'aime tout.:-)

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