Créé le: 17.01.2018
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Tiens à l’amour

Musique, Nouvelle

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© 2018-2021 André Birse

Les années nonante c’est loin déjà? La chanteuse des Cranberries.
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Tenir à l’amour

 

Pas encore visité Orion. Le ferai peut-être un jour. Passent les images, le son aussi, une voix, celle des années quatre-vingt-dix, en bifurquant, avant Orion, nous l’entendions souvent, un vrai fond sonore, attirant, exacerbant, la chanteuse des Cranberries. Bien construit, bien trouvé, ça ne venait pas tout à fait d’Angleterre. A côté, le Danemark, les Pays-Bas, ah non ! L’Irlande, je le comprends maintenant. Ils auront du succès à tous les temps. Entendant « When youre gone », quand tu es parti, la particularité de la voix, ses ondulations, j’éprouvais une sorte de plaisir sur certaines variations vers les aigus et bien sûr les attendais. Elle m’en procurait le désir, l’aura provoqué, de sa voix et des toutes ses représentations.

 

Je me souviens avoir sans autre considération fixé dans le vide mon regard jusqu’à le perdre, un mur, une fenêtre opaque, un angle, un portrait de star dans le bar ou le pub,  la galerie avec fond musical, en choisissant, le son « c’est ça », et ça revient.

 

Et je n’y suis plus revenu. Quelques coups d’ailes et les années ont traversé le mur. Quand je retourne en ces lieux, d’autres bruits et d’autres musiques, plus carrées, ne m’y retiennent pas. Pas très longtemps. Dans la rue les mouvements sont les mêmes, et la nuit, et le jour. « Hold on to love », tiens ou tenir, à l’amour (s’en tenir à, s’y tenir). Elle l’a longtemps fait de sa guitare, sans bouger, puis au fil de quoi vous savez a chanté le corps libre.

 

Lundi, soir, une autre nouvelle, venue d’Orion, ils l’ont retrouvée morte dans un hôtel. Suspecte ou non cette évidence partageable sur les réseaux. Suspicieuse à l’égard de la vie était-elle devenue ? La police communique lapidairement. Les images filmées deviennent de nouvelles poussières, futures anciennes constellations. Son visage à Paris en 1999, fine et sûre d’elle, rouge vêtue, par cœur les refrains. Ses compagnons de musique, tranquilles et confiants. Quand tu es partie, la mélodie est voyageuse avec le temps et caressante. Sur scène, répétitivement, jouant avec elle-même, le micro, le public et la couleur de ses cheveux, sa voie s’est faite surprenante et le temps de la dément pas. Elle n’allait pas toujours bien.

 

Recroquevillée aussi souvent que souriante. Ses vibrations vocales étaient rassurantes ou entendues comme telles, dans les fraicheurs de nos trente ans et les promesses en contre-bas de tous les âges de la vie. Leurs succès avec cette chanson sur l’assassinat de deux enfants en 1993, à Warrington. Les émissions de télévisions puis les propos quelque peu ridicules qu’elle a tenu, leur insignifiance qui jamais ne sera celle du regard ou de la voix de Dolores O’ Riordan.

 

C’était donc cela, un nouveau malheur individuel qui prend fin un matin de recommencement dans un hôtel de Londres. On la retrouve ainsi, puis la célèbre, la réécoutera, bercer les actualités dépassées de quelques  nôtres vies derrière la nébuleuse, puis au-devant de tous les chants sidéraux dont ceux de la terre.

 

L’éternité de l’instant et ce qui rattrape, dépasse, submerge, la mentalité des évènements voyageurs. Les grands espaces réduits à ce qu’en disent les lèvres, à ce qu’en révélerait le regard. Puis il a fallu qu’elle fût malheureuse et sa musique avec. Et durant la nuit, et durant le jour, avec une façon de prononcer le mot complexe en anglais. Le mystère perd de son épaisseur mais prend de la distance. Figurant dans la séquence, je n’ai fait que prendre quelques notes et prêter attention.

 

Genève, ce 17 janvier 2018

 

Les limites de l’avenir, à une semaine, à ce jour. Les datas numériques font pâlir toute étoile, froide ou brûlante, ce qui revient au même, quand plus personne ne répond fût-ce à soi-même qui vient de disparaître. L’instant souriant a plus de force que le futur définitif. Partir à la recherche des images et des enregistrements des chants de Dolores. Lire les commentaires, s’en extraire comme d’une coulée de toutes les matières générées par les pensées mauvaises que produisent les foules.

 

Avoir choisi d’aimer, de s’intéresser. Imposer à soi et à l’autre des choix contraires. Son corps a fait l’objet des examens d’usage pour déterminer les causes de la mort en l’état inexpliquée. Toute suite réservée. Autopsie de la vie.

 

C’est ce à quoi l’on se livre quand la disparue a fait vibrer les scènes continentales. Les mains dansantes, les bras levés et offerts à la nuit, à la supposée infinité sidérale, aux réalités immédiates de la pluie. Elle s’est épuisée à chanter, de toutes les façons, au-devant des vagues océaniques, des visages et des mains, puis seule dans le studio d’une radio ou dans la boutique d’un  disquaire, en acoustique, avec les Cranberries. Couleur palissandre de ses ultimes demi-rêves, pâlissantes réalités des faits de la vie enregistrée.

 

La postérité est une vitalité de toute autre sorte que rien ne préserve. Et les vents d’Irlande chassent le temps, balaient l’azur de tous les mondes dont le sien intérieur. Elle avait communiqué sérieusement l’an dernier sur un diagnostic : bi-polaire. Nouvelle et provisoire dénomination de l’instabilité des humeurs. Tristesse, sourire et joie, profondeur de l’âme en peine, déséquilibre de ce que produit notre mental. Oui, le nôtre, qui se nourrit de l’amour auquel il faut tenir.

 

Genève, 19 et 20 janvier 2017

 

Leurs mélodies s’étaient adressées à mes mémoires accoutumées, émotionnelle, intellectuelle. Des images du groupe sur les devantures de tout genre. Quatre regards fixes, dont celui de la femme, autant de silences mobiles, dont celui de la disparue. Une aventure FM qui m’a rattrapé et un éclatement du tout auquel il faut participer. Saisir sans les comprendre les faits qui s’imposent à nos sens, dessus, dessous. Commencer à construire la suite et la fin de ce qui s’échappe.

 

Genève, le 21 janvier 2017

Commentaires (1)

We

Webstory
31.01.2018

'Une constante d'André Birse: saisir et prolonger l'actualité pour que l'oubli ne s'installe pas trop vite. Nous avons redécouvert les chansons de Dolorès O'Riordan. Lisez aussi Suzanne
Merci à André Birse de nous rappeler que la poussière d'étoiles est éternelle.
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