Créé le: 03.02.2026
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Tangage

Philosophie, Poème en prose

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© 2026 a André Birse

Quelques considérations sur le pénal et ce qu'en fait le monde
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Le discours pénal que l’on entend généralement me heurte et c’est pour moi un désaccord définitif avec la majorité de mes semblables. Il existe une inimitié des uns à l’égard des autres que l’on retrouve en permanence dans tous les dires relatifs à la culpabilité et à la peine. La référence à l’histoire des souffrances créées par le pénal suffit à prendre la mesure du mal qui émane de ce que l’homme fait légalement à l’homme. Elle peut être complétée par la lecture des réactions lues sur les réseaux après, par exemple, la confirmation de l’exécution d’un condamné aux Etats-Unis. Un anonyme regrette que l’exécuté n’ait pas souffert davantage. L’absence d’évolution dans les sociétés humaines à ce propos est une source de déception qui conditionne toute ma pensée face au monde. Il pourrait y en avoir d’autres, mais ce point est central dans mon approche et l’a toujours été. J’en deviendrais excessif dans mon raisonnement. Tant que le pénal n’aura pas été absorbé par la sagesse humaine, générale et individuelle, de façon accessible et compréhensible, il n’y aura pas d’exercice du pouvoir et partant pas de politique satisfaisante au sein des Etats. Vrai pour les plus grands d’entre eux, Chine, Etats-Unis, Iran, vrai pour les autres. Je prends acte de mon désaccord. Parfois notre vie culturelle intériorisée s’impose à notre personne imparfaitement socialisée. Là, je vois un empêchement entre moi et le monde. Tant que le condamné – laissons le soupçonné à son sort tout aussi peu enviable – ne sera pas traité avec un minimum de dignité, par l’administration, la presse et les dires du peuple, il n’y a pas à mes yeux de projet politique sérieux, acceptable ou suffisant. Ce que j’observe est bien entendu insignifiant et sans effet. Je ne fais que la constatation d’une vie intellectuelle sans accomplissement possible sinon celui de la constatation de l’absence, justement de tout aboutissement, en accord avec le cœur des sociétés.

 

Cette mention dans le préambule de notre Constitution fédérale selon laquelle « (…) la force de la communauté se mesure au bien être du plus faible de ses membres » illustre ce que j’en suis venu à considérer fil du temps. Je ne dirais pas que ma vie spirituelle est reflétée dans les écrits juridiques. Certainement pas. Mais ces mots-là ont une force à laquelle j’adhère. Ils datent de 1998 et n’existaient pas dans l’ancienne constitution. Celle que j’avais étudiée. Ils sont une source d’inspiration, pour l’individu que je suis. Si on applique ce principe au condamné, cela pourrait signifier qu’il sera traité avec une dignité nouvelle. Ne parlons pas ici du bien être du condamné. On pourrait nous entendre. Mais rappelons, l’exigence – reprise dans la loi et les conventions – d’absence de souffrance autre que la peine à subir dignement. Ces mots ont une résonnance dans la loi, puisqu’on les y retrouve. Mais ils n’en n’ont pas dans l’esprit des peuples. C’est devenu ma conviction. J’en deviens plus triste et plus seul, certainement pas unique, sinon toujours pas mon individualité qui pourrait ne pas se limiter à elle-même, ni sur un plan social ni même sur un plan existentiel ou ontologique. Là je franchis un pas. Entre des considérations sociales et juridiques et d’autres plus poétiques ou spirituelles. Nous naviguons entre ces diverses notions. Il m’arrive d’avoir le mal de mer, autant que de terre, et d’aspirer à trouver un coin au fond du bateau. Tant d’autres l’ont fait, dans de plus douloureuses circonstances. La souffrance en appelle à la pensée qui génère d’autres souffrances. L’individu qui se met à penser est un condamné et je n’atteints pas en observant cela une universalité, qui n’est pas à brader, ni l’expression d’un souci de réciprocité. Ce à quoi j’en viens c’est bien à l’insinuation d’une réalité émotionnelle dont ressort, finalement, ce tangage des sorts individuels si distincts et plus encore liés et entre eux dépendants. Nos vies intérieures, à chaque fois un nouvel océan, se conditionnent les unes et les autres. Il faut ainsi reprendre à zéro, le cours des choses en tant de matières au nombre desquelles, la question des extrêmes punitions.

 

Me voilà peu en phase avec deux préoccupations qui se complètent et peuvent m’amener à me contredire. D’abord, dire ce qu’il en est de mon rapport au monde. Je suis le zèbre, je suis l’agneau et je regarde dans mon pré la lumière se lever. J’en sais chaque jour un peu plus, et là, ma condition d’homme me distingue plus nettement de ma nature animale. Ensuite, je ferme les yeux, je vais penser dans le noir, et c’est avec les réalités sidérales que mon esprit « comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde » va se conjuguer. Mais je ne suis pas bon nageur. Charles Baudelaire et quelques autres athlètes ont pu l’être. Ces deux regards, cette double opportunité de considérer les réalités de l’existence, font que je me retrouve en situation d’exercer mon esprit dans l’infinité de son étroitesse.

 

Outre la difficulté qui est la mienne de considérer ensemble ces deux mondes, les sociétés humaines et les infinités sidérales qui recèlent notre sort existentiel, j’en éprouve une autre qui est celle du choix de mon langage. C’est le corps qui écrit. Je l’ai mentionné il y a quelques jours dans un texte que je crois avoir perdu et le rappelle ici peut-être un peu rapidement. Le choix de l’écriture, serrée, précise, comme devrait l’être celles du juriste ou du philosophe analytique ou plus spontanée et plus vaste dont moins précise comme l’est celle de celui qui se veut poète en prose. Là aussi, je tangue.

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