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© 2026 a Thierry Villon

Des fleurs du plus bel effet

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"C'est le bouquet" qu'est-ce qui m'a pris de me lancer dans cette aventure, un jour de canicule en plus, alors qu'il est fortement conseillé aux aînés de rester cloîtrés, à l'ombre, une bouteille d'eau fraîche à portée de la main ?
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« Tu sais quoi ? je suis venu avec ces quelques fleurs et j’espère qu’elles te plairont. D’ordinaire, je l’avoue, j’achète les fleurs chez la fleuriste du coin qui semble connaître tes goûts personnels. C’est la première fois que je compose un bouquet moi-même, une attention spéciale pour toi.

J’y ai mis des marguerites, oui, on l’effeuille, en disant des bêtises ou des choses intelligentes et, me connaissant, tu te doutes bien que je suis plutôt enclin à déconner, n’est-ce pas ?

Je n’attends pas de réponse…

Aux marguerites, j’ai joint des coquelicots, puisque à propos de ce beau rouge sang que j’admire tant, tu as toujours dit que c’était le signe d’un mauvais terrain mal nourri. Ne ris pas, c’est vrai !

Pour terminer, j’ai ajouté un lit de bruyère, pour qu’il y ait du vert car, quand même, plus écolo que toi, c’est difficile à trouver.

Non, non, ce n’est pas une critique. C’est juste que je n’avais jamais osé te le dire. Voilà c’est fait.

Et pour le bouquet, je le dépose entre tous les autres, il aura fière allure, au milieu de cette grosse dalle toute lisse.

A bientôt, maman, je n’aime pas trop les cimetières, mais pour toi, je ferai n’importe quoi !

 

Quel accueil !

2

Oui, oui, le langage des fleurs, un beau poème, celui-là ! Tu sais quoi ? nous les oiseaux, on a aussi un langage, à peu près un par race.

Alors, dans mon langage, je voudrais te dire quelque chose du haut de mon grand chêne qui dominent ces dalles immobiles !

Certes, elles sont immobiles, mais sais-tu qu’elle ne sont pas muettes ? Elles en racontent des choses quand vous les humains les quittez, après avoir déposé vos bouquets, raconté quelques nouvelles, parfois même versé quelques larmes.

Ces dalles immobiles parlent dans une langue qui nous est connue, à nous qui n’avons que quelques cui-cui pour nous exprimer.

Ces dalles de marbre poli et de granit brut se disent entre elles ce qu’elles auraient aimé entendre, quand il y avait encore de l’espoir.

Tiens, ta maman à toi, dit toujours : « Mais qu’attendez-vous pour vous aimer, pour faire de votre vie un jardin magnifique, pendant qu’il est encore temps, avant qu’il ne soit trop tard. »

Hé, le fils à sa maman, tu t’en vas déjà ? Tu as fait ton devoir, c’est bien, ton bouquet est merveilleux, plein d’amour. Oui, tu peux bien regretter de ne pas le lui avoir dit avant, que tu l’aimais très fort !

Tu pleures ? Cui-cui.

Paroles de bouquet.

3

« C’est vrai ce qu’on raconte à ton sujet ?

– Quoi donc ?

– Il paraît que tu finis souvent, heu comment dire, complètement nue ! ça doit faire un drôle d’effet de te faire arracher les pétales, un à un, non ?

– Oui, c’est douloureux, mais pas plus que sécher au soleil avec cette canicule.

– Quand même, le prétexte est léger… je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, gnagnagna !

– Tu n’imagines pas les merveilleuses émotions qui traversent les cœurs, en même temps qu’on me sacrifie la corolle.

– Et toi, la bruyère, tu n’es même pas une fleur, juste une décoration.

– Moi, j’aime bien être une décoration, parce que toi le coquelicot, il paraît que tu es bien fragile et même que certains te confondent avec le pavot.

– Ah! on dit ça ? rien à voir, des cancans.

– Bon, trêve de discussion, est-ce que l’un d’entre vous pourrait desserrer cette ficelle ?

– Quelle ficelle ?

– Celle que le grand dadais qui nous a cueillis dans le pré a tellement serrée que j’étouffe.

– Quant à y passer, autant que ce soit dans un cimetière.

– Allez, ciao, content de vous avoir connus.

FIN

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