Des fleurs du plus bel effet

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"C'est le bouquet" qu'est-ce qui m'a pris de me lancer dans cette aventure, un jour de canicule en plus, alors qu'il est fortement conseillé aux aînés de rester cloîtrés, à l'ombre, une bouteille d'eau fraîche à portée de la main ?
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« Tu sais quoi ? je suis venu avec ces quelques fleurs et j’espère qu’elles te plairont. D’ordinaire, je l’avoue, j’achète les fleurs chez la fleuriste du coin qui semble connaître tes goûts personnels. C’est la première fois que je compose un bouquet moi-même, une attention spéciale pour toi.

J’y ai mis des marguerites, oui, on l’effeuille en disant des bêtises ou des choses intelligentes et, me connaissant, tu te doutes bien que je suis plutôt enclin à déconner, n’est-ce pas ?

Je n’attends pas de réponse…

Aux marguerites, j’ai joint des coquelicots, puisque à propos de ce beau rouge sang que j’admire tant, tu as toujours dit que c’était le signe d’un mauvais terrain mal nourri. Ne ris pas, c’est vrai !

Pour terminer, j’ai ajouté un lit de bruyère, pour qu’il y ait du vert car, quand même, plus écolo que toi, c’est difficile à trouver.

Non, non, ce n’est pas une critique. C’est juste que je n’avais jamais osé te le dire. Voilà c’est fait.

Et pour le bouquet, je le dépose entre tous les autres, il aura fière allure, au milieu de cette grosse dalle toute lisse.

A bientôt, maman, je n’aime pas trop les cimetières, mais pour toi, je ferai n’importe quoi !

 

Quel accueil !

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Oui, oui, le langage des fleurs, un beau poème, celui-là ! Tu sais quoi ? nous les oiseaux, on a aussi un langage, à peu près un par race.

Alors, dans mon langage, je voudrais te dire quelque chose du haut de mon grand chêne qui domine ces dalles immobiles !

Certes, elles sont immobiles, mais sais-tu qu’elles ne sont pas muettes ? Elles en racontent des choses quand vous les humains les quittez, après avoir déposé vos bouquets, raconté quelques nouvelles, parfois même versé quelques larmes.

Ces dalles immobiles parlent dans une langue qui nous est connue, à nous qui n’avons que quelques cui-cui pour nous exprimer.

Ces dalles de marbre poli et de granit brut se disent entre elles ce qu’elles auraient aimé entendre, quand il y avait encore de l’espoir.

Tiens, ta maman à toi, dit toujours : « Mais qu’attendez-vous pour vous aimer, pour faire de votre vie un jardin magnifique, pendant qu’il est encore temps, avant qu’il ne soit trop tard. »

Hé, le fils à sa maman, tu t’en vas déjà ? Tu as fait ton devoir, c’est bien, ton bouquet est merveilleux, plein d’amour. Oui, tu peux bien regretter de ne pas le lui avoir dit avant, que tu l’aimais très fort !

Tu pleures ? Cui-cui.

Paroles de bouquet.

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« C’est vrai ce qu’on raconte à ton sujet ?

– Quoi donc ?

– Il paraît que tu finis souvent, heu comment dire, complètement nue ! ça doit faire un drôle d’effet de te faire arracher les pétales, un à un, non ?

– Oui, c’est douloureux, mais pas plus que sécher au soleil avec cette canicule.

– Quand même, le prétexte est léger… je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, gnagnagna !

– Tu n’imagines pas les merveilleuses émotions qui traversent les cœurs, en même temps qu’on me sacrifie la corolle.

– Et toi, la bruyère, tu n’es même pas une fleur, juste une décoration.

– Moi, j’aime bien être une décoration, parce que toi le coquelicot, il paraît que tu es bien fragile et même que certains te confondent avec le pavot.

– Ah! on dit ça ? rien à voir, des cancans.

– Bon, trêve de discussion, est-ce que l’un d’entre vous pourrait desserrer cette ficelle ?

– Quelle ficelle ?

– Celle que le grand dadais qui nous a cueillis dans le pré a tellement serrée que j’étouffe.

– Quant à y passer, autant que ce soit dans un cimetière.

– Allez, ciao, content de vous avoir connus.

FIN

Commentaires (6)

Starben Case
16.07.2026

Salut Thierry, ce ne sont pas des pétales que tu sèmes, mais de la poésie, comme toujours. Je retiens ces dalles immobiles qui absorbent non seulement les larmes versées mais aussi les mots non-dits, dans une langue que les oiseaux comprennent. Le granit se charge de nos mémoires. Ces paroles qu'il aurait fallu exprimer quand la vie était encore là. Belle image!

Thierry Villon
18.07.2026

Merci Starben, tant que la vie palpite encore, faire de nos non-dits des mots porteurs d'espoir.

Eloïz
15.07.2026

Merci d'avoir défié les recommendations sociales et la canicule pour venir composer ce magnifique texte à l'atelier! Grâce à toi je ne verrai plus jamais les marguerites du même oeil!

Thierry Villon
18.07.2026

Merci Eloïz, l'atelier commun que tu nous a proposés m'a fait sortir de mes habitudes d'écriture solitaire et j'en suis sorti ragaillardi. Amitiés

Chantal Girard
14.07.2026

Il s'en passe des choses près des tombes, vous venez de nous donner la preuve que tout une vie existe... dès qu'on tourne le dos. J'ai eu beaucoup de plaisir à entendre ce que disent les oiseaux et encore plus à apprendre que les fleurs, hormis leur langage symbolique, sont bavardes et espiègles!

Thierry Villon
14.07.2026

Merci Chantal, quand un endroit nous rappelle trop l'inéluctable, la vie se doit de nous insuffler du courage avec la plus grande vigueur.

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