Créé le: 01.09.2022
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Merde, alors…

Auto(biographie), Humour

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© 2022 Bodan

Deux histoires de WC véridiques dont j'ai encore (un peu) honte aujourd'hui. Je vous les livre en vrac...
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Merde, alors…

 

 

Vous aurez certainement remarqué que pour un écrivain, tout comme un scénariste d’ailleurs, il est quasiment impossible d’intégrer dans son récit certaines situations ayant trait aux besoins physiologiques de l’être humain. Un mec au pissoir secouant énergiquement son engin pour faire tomber la dernière goutte ? Vous n’y pensez pas ! Une femme assise sur le trône en train de pousser avec l’énergie du désespoir ? Cachez ce pain que l’on ne saurait voir ! Et si par hasard vous découvrez une scène où James Bond s’approche d’une cabine de WC, c’est qu’il va sortir son flingue et tirer à travers la porte pour y descendre le vilain espion qui s’y trouve. Et si la situation est inversée et que c’est le vilain espion qui s’approche des toilettes pour tirer à travers la porte, vous verrez dans le plan suivant un 007 debout sur la cuvette  -tout habillé bien sûr !-  et qui a juste le temps d’écarter un tant soit peu les jambes pour éviter que les balles de l’adversaire n’atteignent les siennes. Et si vous deviez par hasard apercevoir ce cher James les pantalons sur les chevilles dans les cabinets, c’est qu’il y est en compagnie d’une jolie fille ! Et ce constat vaut bien sûr pour tous les films et romans du monde, ou presque. Je me souviens vaguement d’une scène de « La Carapate » où Pierre Richard joue un avocat qui tente de sauver son client condamné à la peine capitale. Cela se passe en mai 68 et l’on voit notre poissard en compagnie de Charles de Gaulle, l’un à côté de l’autre, au pissoir, en train de se soulager. C’est d’ailleurs là qu’il parvient à lui faire signer la grâce présidentielle. Mais toute la scène se passe de dos et pas moyen donc d’entrevoir celle à De Gaulle… Une autre image connue me vient à l’esprit. C’est dans « Coup de torchon » un film avec Philippe Noiret, se déroulant en Afrique. On aperçoit un mec en habits blancs immaculés grimper les marches d’une vieille cabane pourrie, en ouvrir la porte en bois pour soulager un besoin pressant, l’air sceptique en découvrant les WC installés juste au-dessus de la fosse du même nom. A peine à l’intérieur, le plancher en bois s’écroule et l’on voit le bonhomme surgir du tas de bois, complètement brun de la tête aux pieds. Mais là encore, on suggère sans rien montrer vraiment. Bien sûr, des histoires telles que « Da Vinci Code » ou des séries américaines, « 24 heures chrono », par exemple, perdraient beaucoup en rythme si l’on y plaçait une ou deux scènes d’un héros constipé en train de lire le journal sur son trône. Mais je reste persuadé que ces histoires qui cumulent en une journée ce qui ne nous arrive même pas en une seule vie gagneraient en crédibilité si les écrivains et scénaristes osaient passer outre leur pudibonderie et franchir ne serait-ce qu’une fois cette limite de bienséance chère aux Américains, rappelant ce que fut le maccarthysme face aux « rouges ».

 

Je m’en vais donc combler cette lacune littéraire en vous narrant une histoire  -deux en fait-  qui, pour la plus marquante, m’est arrivée au début du millénaire. Deux récits garantis véridiques. Accrochez-vous, serrez vos fesses, c’est du lourd ! Et je prie bien sûr pour que leurs protagonistes ne m’y reconnaissent point…

 

Or donc, en ce temps-là, j’accompagnais une équipe d’enseignants provenant d’une même école et qui consacraient leur première semaine de vacances d’été à la construction de leur projet d’établissement. Cela se passait à Grangeneuve, une institution fribourgeoise réputée comme haut-lieu de la culture cantonale. Mon rôle était de les guider durant cette importante recherche de consensus qui devait les amener à définir les objectifs et priorités pédagogiques communs de leur projet pour les prochaines années, de même que les activités à concevoir pour atteindre le but fixé.

Durant la matinée du 2e jour de travail, je me sentais quelque peu « chamboulé » en raison du repas de fin d’année trop arrosé que j’avais eu la veille avec mes collègues. Aussi, je décidai de m’éclipser quelques instants en direction des WC, ayant donné à mes enseignants un travail de groupe durant lequel ma présence n’était pas indispensable.

Après avoir jeté un coup d’œil à la dizaine de cabines, je constatai que seules les trois premières étaient occupées. Je jetai donc mon dévolu sur celle du fond pour m’assurer d’une totale liberté d’exécution. J’eus ( ?) tout juste le temps de baisser mon froc avant de lâcher d’un seul coup tout mon jus, tapissant du même coup la cuvette, serrant mes jambes pour couvrir hermétiquement un maximum de lunette afin d’éviter que mon travail de crépissage ne s’étende aux parois de la cabine.

Tandis que les derniers litres sortaient de mes intestins irrités, je regrettais, comme à chacun de ces lendemains d’hier, la dernière bouteille de Montepulciano sifflée peu après minuit. Tandis que je me soulageais, je ne pus ( ?) m’empêcher de repenser à cet autre événement arrivé une trentaine d’années auparavant, alors que j’étais encore aux études et que j’avais trouvé un petit job d’été auprès d’une entreprise d’installation sanitaire.

 

Ce jour-là on devait intervenir dans la villa d’un de mes profs de l’époque qui avait entrepris de transformer sa salle de bain et qui avait eu la mauvaise idée de faire appel à l’entreprise dans laquelle je travaillais. J’étais quelque peu stressé par cette situation plutôt inconfortable qui me faisait croiser régulièrement mon professeur en didactique générale de l’année précédente et qui le serait encore l’année suivante. Ce fut d’autant plus pénible que c’était aussi un lendemain d’hier et que je me sentais barbouillé… Le monteur que j’accompagnais, de même que le couple de propriétaires s’étant absentés durant la matinée, j’abandonnai le trou que je devais effectuer à la perceuse entre le rez et le sous-sol pour me précipiter sur les toilettes. Las, le travail de vidange effectué, voulant débarrasser la cuvette des restes de ma virée nocturne, je pesai sur la manette idoine sans que rien ne se passe : j’avais complètement oublié que, vu les travaux en cours, l’eau du bâtiment avait été coupée… Je commençais à paniquer : impossible d’aller tourner la vanne principale, vu le nombre de tuyaux déconnectés dans l’ensemble du bâtiment ! Je regardai autour de moi et, apercevant la baignoire et le pommeau de douche qui la surmontait, je me souvins que l’eau chaude, elle, n’avait pas été coupée. J’entrepris donc ce que je n’aurais jamais dû faire : tirer au maximum sur le tuyau de douche pour tenter de l’amener vers la cuvette ! Je constatai que c’était plutôt limite, mais pensai que ça devait le faire. Tenant le pommeau de la main gauche, j’ouvris tout grand le robinet d’eau chaude de la droite. C’est alors que débuta un nouvel acte, en deux étapes, pas prévu initialement dans mon scénario : l’eau chaude avait tendance à se disperser en partie hors de ma cible, commençant à inonder le sol de la salle de bain. C’est là que tout a dérapé : tirant un peu plus fort sur l’engin pour le rapprocher encore, cela provoqua une rupture du tuyau, souple certes, mais pas au-delà d’une certaine limite que je découvrais en même temps que ce phénomène chimique qui m’était inconnu, à savoir que la merde bouillante, ça pue bien plus que la froide !

L’eau refermée, je contemplai les dégâts. Une salle de bain inondée, un tuyau explosé et les parois détrempées ! Sans compter l’odeur qui devenait intenable.

Un bon quart d’heure plus tard, j’avais plus ou moins réussi à réparer tout cela, parvenant même à rafistoler le tuyau en reformant la spirale métallique. J’avais, par bonheur, tout l’outillage nécessaire ainsi qu’un bon rouleau de toile isolante. Le linge de bain emprunté aux propriétaires me permit d’écoper les quelques litres qui avaient inondé le sol. Restait l’odeur… Je fermai donc le couvercle et ouvris tout grand la fenêtre avant de m’en retourner à mon travail au sous-sol, en sifflotant, comme si de rien n’était. C’est de là que j’entendis revenir la propriétaire qui se mit à appeler son chat dans toute la maison : « Tu es où, Minette ? Ça pue ici ! Tu as encore fait ailleurs que dans ta litière, vilaine ! ».

 

Laissant ce souvenir qui aujourd’hui encore me fait rougir de honte rien que d’y penser, je me dis que dans cette cabine, au moins, il y avait tout ce qu’il fallait pour quitter dignement l’endroit et rejoindre mes enseignants qui devaient avoir terminé la tâche que je leur avais assignée. Après avoir actionné la manette, je compris immédiatement que la puissance de la trombe d’eau n’était pas à la hauteur de mes attentes… Insuffisante en tout cas pour débarrasser et les vestiges de la veille et la quantité importante de papier que j’avais dû utiliser. J’attendis quelques secondes pour effectuer un second rinçage mais, constatant la lenteur du remplissage du réservoir, et surtout voulant mettre tous les atouts de mon côté avec un brossage-blanchissage redonnant à la cuvette plus ou moins sa couleur initiale, je me dis que je gagnerais un peu de temps en sortant de la cabine pour aller me laver les mains avant d’y retourner pour clore définitivement ce chapitre en tirant l’eau. Je laissai donc ma cuvette à moitié pleine et le réservoir à moitié vide mais se remplissant régulièrement, et ouvris la porte de la cabine.

C’est là que tout a dérapé. Pour la seconde fois de ma vie. Ce qui me fit penser que je devais être un maudit des séances de WC des lendemains d’hier ! Devant moi, attendant patiemment que je sorte pour prendre ma place, se trouvait un homme que je reconnus aussitôt et qui semblait être aussi pressé que je l’étais en arrivant. Je restai hébété, presque tétanisé, ne sachant que faire, me demandant bien pourquoi ce personnage public avait précisément choisi cette cabine. Profitant de mon hésitation, ce dernier me salua courtoisement en forçant presque le passage lorsque je me fus écarté quelque peu.

« Bonjour, monsieur le Conseiller d’Etat… » réussis-je à articuler timidement. Mais sans oser ajouter : « Je vous déconseille cette cabine : elle est infecte… ».

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