Créé le: 12.10.2026
11
0
5
Mémé dixit
A la fin d'un 21 eme siècle très différente de ce que nous connaissons aujourd'hui, Une jeune homme va trouver sa grand-mère qui lui raconte " comment s'était avant".
Reprendre la lecture
Mémé dixit
Val de Bagnes, 20 octobre 2070. Il est 10 h. Il fait bon, peut-être une vingtaine de degrés. Le bleu du ciel est à peine strié de quelques filaments de brume. L’automne est bien là, qui distribue des couleurs aux forêts, de la nostalgie aux rêveurs et du spleen aux rombières. Jordi Michellod hâte le pas.
Parti aux aurores de Martigny, Il a pris le premier train. Avec son travail au Centre Mémoriel de Savoirs-Faire, il préfère voyager comme autrefois, d’autant plus que tous les transports publics, trains, bus autonomes à hydrogène et remontées mécaniques sont gratuits. Certes le taxi-drone ou les voitures autonomes sont bien plus rapides mais aussi bien plus dispendieux.
Après une visite d’environ une heure prévue chez sa grand-mère à Châbles, il empruntera une télécabine pour rejoindre Verbier qui était, il y a plusieurs décennies, une station de ski. A cause du réchauffement climatique, à son paroxysme dans la première moitié du siècle, la neige en hiver se fait rare. La station de ski avait donc cessé ses activités sauf sur les quelques pistes situées au-dessus de 2500 m. Privés de ski, les richissimes étrangers propriétaires de résidences secondaires ont peu à peu abandonné la station, souvent aussi en raison des accords mondiaux sur une fiscalité mondialement équivalente. Les remontées mécaniques avaient continué à fonctionner comme transports publics pour les habitants de la vallée et pour les touristes d’été, amateurs de randonnées montagnardes.
Agé de trente ans, Jordi, fils d’un bagnard et d’une catalane, avait grandi à Lourtier puis à Sion et suivi des études en biologie et en agronomie à Fribourg et à Berne. Il habitait Martigny avec sa compagne qui travaillait comme opératrice radar à « Sky Guide Basse Altitude » qui gérait le trafic des drones.
Jordi n’avait pas hésité une seconde lorsqu’on lui avait proposé, au sortir des études, de compléter son cursus en intégrant le module « élevage bovin, caprin et apiculture» du CMSF afin de pouvoir, à terme, enseigner lui aussi ces savoirs-faire du passé. Il en était d’autant plus heureux que sa grand-mère paternelle vivait encore à Bruson et qu’il pourrait aller la voir plus souvent.
Après la grande panne européenne de 2051, qui avait duré près d’un mois, on s’était rendu compte qu’il fallait absolument conserver les connaissances et savoirs-faire pratiques qui s’étaient peu à peu perdus avec l’intervention omniprésente de l’Intelligence artificielle. En effet, partout en Europe, et dans tous les domaines affectant la vie quotidienne, seuls quelques retraités avaient pu permettre à la société de tourner tant bien que mal en attendant le redémarrage du réseau électrique. Forts de leur expérience passée, ces maçons, charpentiers,électriciens, mécaniciens, installateurs sanitaires, médecins, agriculteurs, informaticiens et bien d’autres professionnels, avaient permis que la population puisse survivre presque normalement pendant cette panne. Par la suite, en suivant les recommandations des retraités intervenus pendant la panne, le réseau électrique avait été repensé en régions de production et de consommation d’énergie. Ces régions étaient certes toutes reliées entre elles, mais pouvaient au besoin se déconnecter rapidement du grand réseau européen. Ceci, afin d’éviter des pannes en cascades comme en 2051.
La plupart des pays, dont la Suisse, avaient alors aussi décidé de créer des « Centres Mémoriels des Savoirs-Faire »(CMSF) où l’on enseignerait des techniques et des habiletés du passé, qui pourraient s’avérer indispensables en cas d’avaries graves sur l’incontournable réseau internet, dirigé par une intelligence artificielle, qui gérait quasiment toutes les activités humaines. Verbier avait été choisi pour y implanter quelques modules du CMSF. Différentes raisons avaient présidé à ce choix : les infrastructures existantes dont plusieurs bâtiments vides à disposition et transformables aux moindres frais, des terrains aux alentours, un ensoleillement généreux pour les panneaux solaires, la présence de torrents pour l’installation de petites centrales électriques.
Bref, tout va bien pour Jordi : un couple solide et heureux, un joli appartement entièrement automatisé pour les tâches ménagères, un emploi intéressant. Son travail lui permet de vivre une autre réalité où il doit prendre des décisions, utiliser ses mains, vivre des échecs, se poser des questions. Des questions, il s’en pose d’ailleurs sur le passé. Dès la fin des années 40, l’enseignement de l’histoire du XXeme et XXIeme siècle avaient été banni des programmes d’études, sur ordre de l’AMS ( Autorité Mondiale Suprême) pour ne pas démoraliser les populations . Trop de guerres, d’injustices, de racisme, de fanatismes, de dictatures, de violence risquaient d’angoisser les habitants de notre planète, voire, pire, de leur donner de mauvais exemples à suivre. Malgré ça, Jordi restait curieux et se demandait comment vivaient les gens avant cette ère de bonheur et de prospérité, garantie, calibrée et obligatoire.
Dans la vie actuelle tout est prévu, jusqu’aux nombres de calories absorbées en passant par le rappel de la gymnastique quotidienne, du rendez-vous obligatoire annuel chez le médecin ou du contrôle des naissances (pas plus de 2 enfants par femme désireuse d’enfanter). Même les deuils n’échappaient pas à ce contrôle. Il avait perdu ses parents il y a deux ans, fauchés par un camion autonome en traversant une route en dehors du passage électronique piétons. La prise en charge psychologique automatiquement déclenchée pour les proches lui avait été prodiguée par un IRU ( Interlocuteur Robotisé d’Urgence)qui lui avait conseillé de se changer les idées en faisant plus souvent l’amour, de ne retenir que des bons souvenirs de ses parents et de savoir qu’ils avaient pris un risque potentiellement mortel dont Jordi n’était en rien responsable.
Les fins de vie naturelles sont également gérées par l’intelligence artificiel qui détermine à quel moment doit intervenir une euthanasie en cas de maladie incurable, à la fois pour préserver le moral et les capacités productives des proches et diminuer les coûts de la santé.
Une fois arrivé chez sa grand-mère, comme d’habitude, Jordi s’assied avec elle à la table de la cuisine autour d’un café qu’elle prépare elle-même. A part un ordinateur qui lui permet de prendre connaissance des nouvelles du monde, de correspondre avec ses amies et de regarder des films, Grand-maman Cécile n’a jamais voulu installer un CMIT ( contrôle ménager individuel total) malgré les pressions des autorités.
– Dis, grand-maman, il y a un truc que je voulais te demander…
– Dis-toujours.
– Au travail, avec l’aide d’un ami africain, je cherchais à reconnaitre le bruit que les abeilles font quand le miel est prêt. Il me disait que son grand-père pouvait le reconnaitre et ne se trompait jamais. Nous avions presque réussi avec le miel de printemps et cette fois, en retentant le coup avec la miellée d’été, j’avais un sentiment très fort mais je n’ai pas de nom pour définir ça. Tu en penses quoi ?
– On appelle ça l’espoir mon grand
– L’espoir ?
– Oui, c’est quand on veut très fort que les choses changent, en mieux. Mais c’est vrai que dans cette société soi-disant parfaite dans laquelle on vit maintenant, vous les jeunes, avez oublié ce mot. Vous n’êtes plus confrontés à l’espoir d’un monde meilleur puisque tout va bien…
– Tu vois, il y a des mots que nous n’avons jamais appris. Il y a aussi des périodes de l’histoire du 20eme et du 21eme siècle qui sont comme des trous noirs pour nous. Tu savais qu’il avait été décidé de nous enseigner que l’histoire récente ou très ancienne en s’arrêtant au 19eme siècle ?
– Oui j’ai appris ça…
– Ils justifiaient cela en disant que ce n’était pas bon pour notre moral. Alors ils ont édulcoré à fond. Ils n’ont gardé que les progrès scientifiques et zappé tout le reste. Tu veux bien me raconter comment c’était autrefois ?
– Tu as du temps ? Parce que ça risque de prendre un bon moment.
– Pas de souci, je ne commence qu’à midi aujourd’hui. Je fais l’horaire 12-20 h.
– Qu’est-ce que tu connais déjà ?
– Je sais juste que mon grand-père, ton mari, est décédé quand tu attendais papa. Maman m’avait dit qu’il était médecin et qu’il avait perdu la vie lors d’une mission médicale lors de la guerre civile aux Etats-Unis ou en Russie, je ne me rappelle plus exactement.
– C’est exact et à cette période, j’étais enceinte de ton papa. Et c’était en Russie. Aux Etats-unis, leur guerre civile était déjà terminée.
– Et après, qu’est-ce que tu as fait ?
– Eh bien, après avoir donné vie à ton papa, j’ai repris mon métier d’institutrice et je l’ai élevé le mieux que je pouvais.
– Tu ne t’es jamais remariée ?
– Non, je n’avais pas le temps. Entre ton père, mon travail et mes engagements, il n’y avait pas de place pour un autre homme et je ne pouvais d’ailleurs pas imaginer le remplacer. Je l’avais tellement aimé !
– Tu parlais de tes engagements, en quoi ça consistait exactement ?
– D’un groupe de femmes de la vallée, comme tant d’autres de par le monde, qui en avait marre du machisme, des guerres, de la loi du plus fort et de toutes les injustices que ça amenait.
– Tu peux m’en dire plus ?
– C’est là que ça va prendre du temps mon chéri. Tu es prêt ?
– Oui, sans hésitation. Je t’écoute
– Dès la fin des années 30, le monde avait beaucoup changé à cause d’un zeste d’utopie qui fit office de levure dans une pâte de bon sens pétrie par des femmes et des hommes de bonne volonté un peu partout sur la planète. Une majorité des activistes étaient des femmes issues de ce que l’on appelait alors la « gen Z », la génération née au mitan des années 2000. Ces actrices du changement étaient les partisanes, sinon d’une décroissance, du moins d’une croissance économique soumise aux exigences d’une préservation des ressources naturelles et d’un développement durable, d’une plus juste répartition des richesses et des ressources.
Au début, elles avaient simplement posé des questions et amorcé des changements de comportements.
Elles avaient commencé par demander si tout changement ne débutait pas d’abord par ce bonheur tranquille qui nous donne la force, l’espoir et la patience nécessaires pour être, chacun à notre manière, acteurs de ce changement par notre engagement quotidien ?
Elles avaient affirmé qu’il n’était ni incongru, ni fleur bleue, ni inutile de faire l’éloge de la gentillesse dont la définition restait largement galvaudée et ne laissait souvent qu’une impression de mièvrerie, dégoulinante à souhait de candeur, alors que la gentillesse, la vraie, demande infiniment plus de force que la violence qui est la réponse des faibles et le refuge de la bêtise .Elles ont proposé de commencer par des objectifs tout simples, atteignables par tout un chacun, par exemple :
Partager les tâches du ménage. Ne pas négliger ni son couple ni ses proches . Oublier et savoir relativiser les querelles de famille, de voisinage, les jalousies, les médisances et autres futilités chronophages. Prendre tout le temps nécessaire avec nos enfants et leur permettre de se forger des personnalités capables de construire à la fois leur bonheur et le monde de demain. Consommer autant que possible de la nourriture locale, si possible bio et pour le reste, se renseigner si ce que nous achetons est produit manière respectueuse de l’environnement et avec des conditions de travail décentes. Participer à la vie locale du quartier ou du village. S’engager dans nos communautés sur le plan politique ou associatif.
Après avoir réussi à faire évoluer les comportement individuels, à combattre efficacement les discriminations salariales, à diminuer la charge mentale des femmes dans la gestion des ménages et de la vie de famille, à faire sanctionner efficacement le harcèlement, les violences conjugales, les féminicides et tous les travers d’une société encore très marquée par la prépondérance des hommes et de la force brute, ces femmes s’étaient engagées encore plus en politique.
Elles avaient fini par devenir majoritaires dans la plupart des pays. Sous leur impulsion, beaucoup de choses avaient changé et il était devenu possible d’espérer vivre sur une planète où seront préservés à la fois la nature, la paix entre les hommes et le droit de chacun à vivre dignement.
Dans le courant des années quarante, et surtout grâce à elles, le monde avait donc drastiquement changé.
Les dictatures étaient tombées, souvent pacifiquement, parfois au prix de révoltes populaires et de combats inévitables. Les pays s’étaient regroupés en fédérations par continents mais avec des lois fiscales et pénales similaires, ou du moins comparables partout, ce qui ne laissait que très peu de place pour l’injustice et l’arbitraire. Les armées nationales existaient encore mais à une échelle réduite, assurant surtout un travail de protection de la population en cas de catastrophe naturelle ou assumant, sur mandat de l’ONU, des missions de maintien de la paix dans le cas où des velléités guerrières entre pays voisins referaient surface. Toutes les armes sophistiquées, par exemple les armes nucléaires, chimiques, bactériologiques, les missiles, la majorité des avions de combat, les mines anti-personnelles, furent détruites sur décision de l’assemblée générale de l’ONU.
En plus de l’assemblée générale et de ses autres institutions, l’ONU s’était doté d’un pouvoir exécutif composé de 7 membres élus chaque 5 ans par l’assemblée, qu’on a appelé L’Autorité Mondiale Suprême. En cas de nécessité, ces 7 ministres mondiaux pouvaient prendre des décisions rapides à l’échelle mondiale et contrôlaient l’application des décisions de l’assemblée sur toute la planète. Dans la même période, partout dans le monde, le pouvoir politique a été fortement décentralisé, un peu à l’image de ce qui a toujours existé en Suisse. Les régions pouvaient ainsi mieux gérer, et plus souplement, les ressources, les échanges et l’aménagement du territoire. Les habitants sentaient plus concernés, participaient mieux aux prises de décision et s’engageaient plus dans les collectivités publiques.
Les superpuissances du début du XXIeme siècle n’ont pas été épargnées par cette vague de changement et depuis, s’intègrent parfaitement dans le nouvel ordre démocratique mondial où le dialogue, la coopération et l’entraide ont remplacé les guerres commerciales et les guerres tout court. La diminution énorme de la production d’armements avait permis de dégager de faramineux budgets pour la santé, l’éducation et la recherche scientifique. Les dictateurs, les despotes, les fanatiques de tous poils ou simplement les malfrats avaient perdu ce qui constituait leur logistique : l’argent. Au fur et à mesure que s’éradiquait la misère, la possibilité de recruter des hommes de main avait pratiquement disparu.
La peine de mort a été prohibée par l’ONU dès 2040. Plus personne ne souffrait de discrimination et en aucun cas de persécutions. Les religions étaient les bienvenues à partir du moment où elles ne revendiquaient pas l’exclusivité, qu’elles ne pratiquent ni le prosélytisme actif ni la violence et qu’elles respectent les lois laïques en vigueur. Les droits humains et l’égalité hommes-femmes sont devenus la norme partout sur la planète.
Au niveau énergétique, la sortie mondiale du nucléaire s’est achevée en 2038. L’usage du pétrole et du gaz naturel ont été sévèrement réglementés et ces ressources n’étaient disponibles que pour un usage d’utilité publique. Comme tu le sais, ils ne sont désormais utilisés que pour des activités classées prioritaires. Par exemple les transports aériens lourds et indispensables, la police, les services d’aide d’urgence comme les pompiers, ambulances, hélicoptères de sauvetage etc. On garde aussi ces carburants pour des groupes électrogènes de secours dans les hôpitaux, les centrales de télécommunications ou en cas de panne du réseau.
Les véhicules ont commencé à tous fonctionner à l’électricité ou à l’hydrogène. L’électricité, elle, provenait de l’hydraulique y compris des marées, du solaire, de l’éolien, auxquels s’ajoutaient selon les régions, le gaz de fermentation des déchets végétaux ou des déjections animales. Le chauffage domestique ne se faisait plus, comme aujourd’hui, que par des pompes à chaleur quand il n’est pas devenu carrément caduc à cause de l’isolation très performante des bâtiments et de l’optimisation du rayonnement solaire.
Les produits de consommation courante étaient essentiellement transformés et consommés sur place. Les échanges internationaux de matières premières et de produits manufacturés, de même que le tourisme lointain, se faisaient dorénavant désormais presque exclusivement par camions électriques, par bateaux, à voiles ou propulsés par l’hydrogène. Mais les gens, il faut le dire, ne se plaignaient pas de vivre et de bouger plus lentement. Personne ne regrettait la vie frénétique, trépidante et souvent violente et anxiogène, qui a caractérisé la fin du vingtième siècle et le début du vingt-et-unième.
Les paradigmes du monde de la finance avaient aussi changé drastiquement : la bourse a perdu son rôle de moteur de l’économie et l’argent alimentait en priorité l’économie réelle, la production. Les marchés boursiers ont été soumis à des règles strictes qui empêchaient la spéculation par une fiscalité exorbitante sur tous les gains qui n’étaient pas liés directement à la production de biens et de services. Il y avait bien assez de ressources pour espérer voir la majorité des habitants de notre planète vivre grosso modo avec le niveau de vie des classes moyennes de nos pays occidentaux. Mais pour cela, il était devenu évident qu’il fallait prendre aux plus riches et ne leur laisser aucun endroit dans le monde où ils puissent soustraire leurs fortunes et leurs revenus indécents au fisc et au bien commun. Si les ressources fiscales étaient utilisées au niveau local, les normes, elles, étaient devenues mondiales. Il n’y avait plus de paradis fiscaux, il n’y a plus aucune concurrence ni échappatoire à ce niveau-là.
Les grands mouvements migratoires avaient peu à peu disparu depuis que les habitants des pays autrefois les plus pauvres retrouvaient une vie meilleure chez eux en raison de tous les efforts internationaux faits pour en accélérer le développement, grâce notamment à cette fiscalité intelligente qui avait permis de dégager des moyens pour développer les régions les moins favorisées, qui, de régions aidées et soutenues, étaient devenues des partenaires économiques fiables et participant au bien-être de tous.
Bien sûr, l’être humain restant ce qu’il est, il n’a pas été possible d’éliminer complètement l’avidité et la violence. La police et la justice restaient donc des garants de l’ordre démocratique et du droit de chaque individu à vivre libre, en sécurité, en paix et décemment.
– Et tu trouves que ça a bien marché ?
– Oui, on peut dire ça. C’est sûr, il n’y a plus d’injustices sociales crasses ni de dictatures arbitraires et sanglantes, on a presque réussi à stopper le réchauffement climatique et la pollution, les droits humains et l’égalité sont respectés et les guerres ne sont qu’un mauvais souvenir.
– Mais…
– Mais mon garçon, tout est devenu parfait, contrôlé, prévu, bref trop parfait…
– Est-ce que le monde peut-il être vraiment trop parfait ?
– C’est personnel mais effectivement, il me manque certaines choses que je crains de ne pas retrouver avant d’avoir l’âge où j’oublierai tout et où ils m’enverront à la MPE ( mort douce par euthanasie).…
– Qu’est-ce qui te manque ?
– Un poil de liberté, beaucoup de fantaisie, d’imprévus, de débats, de controverses, d’éclats de rire, d’ironie, de combats à mener et le plaisir d’être surprise !
– Tu utilises des mots, Mémé, qu’à part éclat de rire, je ne comprends pas….
– Ce n’est pas grave mon grand, je te les apprendrai,
– Tu voudrais revenir à l’époque de ta jeunesse ?
– Jamais ! Mais si l’on veut que le monde reste agréable comme il a réussi à le devenir, il faudra peut-être que l’on se décide de parler du passé et de cesser de vouloir tout cacher et contrôler jusqu’aux sentiments des gens.
– Pourquoi ?
– Pour redonner un peu de couleurs, de défis et de surprise à notre quotidien mais surtout et simplement pour pouvoir éviter les horreurs passées. Il faut que le slogan « plus jamais ça », soit une décision de chacun et de tous en connaissance de cause et pas juste un gommage de nos histoires et un trou noir dans l’Histoire.
– Quelle heure est-il Mémé ? J’ai oublié de recharger mon MCMF ( module de communication multi fonctions)
– Regarde l’horloge derrière toi !
– Désolé, mais je ne sais pas lire l’heure avec ce cercle et ses aiguilles.
– Encore une chose que tu devras apprendre ! Il est 11.40 H ou midi moins vingt comme on disait autrefois.
– OUH là ! c’est le dernier moment si je veux être à l’heure au travail.
– Alors vas-y mon grand mais n’oublie pas..
– Quoi ?
– De revenir me voir…
Commentaires (0)
Cette histoire ne comporte aucun commentaire.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire