Les 3 prisonniers entrevoient la fin de leur cauchemar, mais est-ce bien fini...?
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Presqu’un mois avait passé. Jean-Rodolphe était soucieux. Les réserves de nourriture s’épuisaient. Il faudrait bien qu’il songe à se réapprovisionner. C’était risqué mais il savait aussi qu’après ce laps de temps, il pourrait peut-être s’aventurer à descendre dans la vallée sans que la police ne soit particulièrement zélée pour rechercher un véhicule volé il y a quatre semaines. Il pourrait aussi faire des courses dans un supermarché d’Aoste ou de Courmayeur en espérant que son portrait n’ait pas été diffusé en Italie ou alors soit sorti des mémoires, du moins pour le citoyen lambda. Il pourrait peut-être aussi tenter de changer de véhicule. Il ne manquait pas d’argent et un acheteur qui payerait cash un véhicule rendrait peut-être le garagiste moins soucieux d’entreprendre toutes les vérifications d’identité d’usage lors d’un contrat de cette importance.

 

Il rechignait aussi à laisser Yann tout seul. Ce dernier était devenu maussade, nerveux et grommelait souvent lorsque jean-Rodolphe lui donnait des tâches pourtant toutes simples à accomplir comme de couper du bois, préparer le repas, faire le ménage ou trier les ordures de leurs prisonniers. Son environnement et ses habitudes lui manquaient. A Peyrus, Jean-Rodolphe pouvait le le laisser aller seul au village et savait pouvoir compter sur sa discrétion. Il s’arrêtait certes au café et buvait une bière ou un verre de clairette, mais jamais plus et au moins, ce faisant, il donnait aux villageois une impression de normalité même si Jean-Rodolphe fréquentait beaucoup moins le village que son cousin.

 

Mais les explications de Yann, «  il travaille beaucoup », suffisaient à ce que les gens ne se posent pas trop de questions sur cette paire d’hommes éprouvés par la perte de leur famille et vivant seuls dans cette grand bâtisse. Ici, Yann n’avait aucun autre point de repère que ce chalet isolé dans lequel il étouffait. Il craignait que Yann ne soit plus fiable. Alors, l’emmener avec lui apparaissait encore plus problématique : Yann risquant de parler trop, de parler fort ou de piquer une crise de rage dont il avait le secret au moment le plus inopportun. Il décida donc de le laisser au chalet et décida d’entreprendre seul son expédition dès le lendemain matin.

 

Le jour était à peine levé quand il partit.

 

******

 

Ces dernières semaines de captivité s’étaient avérées plus éprouvantes que prévu. Le trio avait eu de la peine à reprendre le rythme de vie instauré dans leur prison précédente.

 

Toutes ls conversations ou presque tournaient autour de la nécessité de s’évader. Ils connaissaient maintenant presque tout de leurs vies passées, de leurs conjoints respectifs, de leurs opinions, leurs goûts, leurs défauts, leurs espoirs. Parfois, ils passaient des heures entières sans rien se dire, chacun broyant du noir ou cherchant désespérément un plan pour sortir de leur prison qu’ils abandonnaient le plus souvent aussitôt, le trouvant trop risqué.

 

Ils commençaient aussi à s’irriter mutuellement de petits détails du quotidien qui jusque là ne les avaient pas affectés et pour lesquels ils avaient tous les trois fait preuve d’une immense tolérance  les uns à l’égard des autres, respectant ainsi leur pacte initial de « survie et de bienveillance » . Mais depuis peu, un rien pouvait les irriter : les tics de langage, la manière de manger, de rincer ou pas le lavabo, d’y laisser des traces de dentifrice ou des cheveux, les odeurs des toilettes qui en faisait une zone sinistrée quand les ennuis intestinaux s’invitaient au rendez-vous, l’haleine de fond d’égoût que la plupart des humains exhalent au petit matin et d’autres détails triviaux et intimes dont personne ne parle jamais ouvertement sauf parfois avec son conjoint.

Pierre savait son épouse vivante et cela augmentait de manière exponentielle son besoin à la fois de rester en vie et de mettre fin à cette captivité. Les deux femmes, sans que cela soit vraiment explicite, concevaient presque une jalousie à l’égard de cet homme, pourtant si proche depuis plusieurs mois, mais qui avait la chance de savoir que quelqu’un l’attendait alors que pour elles, il ne leur restait que la vie et l’espoir de pouvoir la rebâtir si toutefois la providence leur accorderait la chance de sortir de ce calvaire.

 

Elles avaient tant insisté pour qu’il accepte, malgré sa situation, de leur redonner ce plaisir qui leur apparaissait comme le seul moyen de se sentir vivantes et assez fortes pour continuer à espérer qu’il avait cédé, une fois, une seule et dernière fois. En l’espace de 24 heures, il avait fait l’amour avec chacune, ne ménageant ni ses caresses sur les petits seins d’Alicia, ni ses baisers au creux de son intimité ni les mots doux alors qu’il la pénétrait doucement et au rythme lent qu’elle exigeait. Il n’avait pas non plus refusé de prendre Josepa en levrette en lui malaxant une poitrine plus généreuse que celle d’Alicia et dont elle disait qu’elle était juste faite pour remplir les mains d’un honnête homme ou encore en lui murmurant les gros mots qu’elle appelait de ses cris tandis qu’il la besognait avec l’énergie du désespoir.

 

Après, il avait dit qu’il leur parlerait avec gentillesse, ferait preuve de tendresse, de patience et de toute l’amitié dont il était capable mais qu’il était hors de question pour lui que leur relation ait à nouveau quelque chose de sexuel.  Même s’il savait qu’il existait un gros risque de ne plus jamais revoir son épouse, il préférait qu’il en soit ainsi. Il savait qu’il culpabiliserait trop en pensant à Ornella qui devait simplement espérer qu’il soit vivant. Il en venait parfois à souhaiter qu’elle aussi se laissât aller dans d’autres bras pour qu’ils soient à égalité lors de leurs retrouvailles, ayant chacun quelque chose à pardonner à l’autre. Mais pour l’instant, c’était fini : il ne voulait plus, il ne pouvait plus ne serait-ce que penser à des gestes qui ne seraient à ses yeux qu’une trahison de celle qu’il aimait par dessus-tout.

 

Les deux filles lui en voulurent un peu, même beaucoup au début, mais finirent par accepter ce qui aurait constitué leur propre attitude si elles avaient eu la chance d’être dans la même situation que Pierre. Elles prirent l’habitude de dormir dans le même lit, laissant parfois déborder leur besoin de se toucher pour se rassurer dans des caresses et des baisers qui dépassaient la simple envie de tendresse pour s’aventurer sur des rivages ou les vagues du plaisir sexuel même sans homme à disposition, venaient confirmer et conforter leur sentiment d’être vivantes et assez fortes pour échapper à leur enfermement..

 

Ce jour-là, Yann était venu tout seul apporter leur repas. Il tenait un plateau avec trois bols de soupe, des tranches de pain de mie et du fromage tout juste décongelé. Pierre regarda les deux filles un bref instant et se rua sur Yann avant que celui-ci n’ait eu le temps de réaliser ce qui se passait. Il frappa avec force de bas en haut sur le plateau des repas, expédiant les bols et leur contenant au visage de Yann qui, aspergé par le liquide brûlant, poussa un cri et pressa en même temps sur la gâchette du fusil. Le coup partit et la grenaille dessina un cercle aux contours flous sur le mur boisé qui faisait face à la porte. Pierre tenta de lui arracher l’arme des mains tout en criant aux filles de s’enfuir, ce qu’elles firent dans l’instant. Yann réussit à se dégager et repoussa Pierre du canon de son fusil, le lui posa sur le front en lui disant de ne pas bouger. Pierre s’immobilisa.

 

A l’extérieur, les filles se lancèrent dans une course éperdue sur le chemin qui descendait vers le village. Au premier virage, elles virent apparaître avec effroi Jean-Rodolphe au volant d’une jeep.

Ce dernier stoppa immédiatement alors qu’elles quittait le chemin pour s’enfuir à travers les prés escarpés. Jean-Rodolphe épaula sa carabine et tira. Atteinte au bras gauche, Josepa s’effondra et Alicia se porta immédiatement à son secours et comprima des mouchoirs sur la plaie en attendant mieux.

 

Jean-Rodolphe les menaçait toutes les deux de son arme et elles firent signe qu’elles ne bougeraient plus. Sous la menace de leur ravisseur, elles reprirent le chemin du chalet. Arrivés sur place, Jean-Rodolphe les guida jusqu’au sous-sol sous la menace de son arme, jeta un coup d’œil à Yann qui gardait toujours le canon de son fusil posé sur le front de Pierre et lui dit de remonter et de l’attendre dans la cuisine. Ce dernier s’exécuta pendant que son cousin fermait la porte du sous-sol.

 

Un moment plus tard, il redescendait et jeta dans la pièce une trousse de pharmacie contenant quelques pansements et du désinfectant.

 

Pierre entreprit immédiatement de désinfecter la plaie de Josepa puis de lui faire un pansement le plus serré possible. La balle avait traversé le muscle et fait des dégâts mais l’os n’était pas touché. Avec l’aide d’Alicia, il installa Josepa sur son lit, lui remonta les jambes qu’il posa sur les trois oreillers entassés, lui donna à boire et lui dit qu’il n’avait rien d’autre à disposition que ces pansement, sa patience, son courage et leur présence pour atténuer la douleur et espérer la guérison. Il ajouta :

 

–       Désolé ! je regrette, c’est de ma faute. Je n’aurais pas du me lancer comme ça.

 

En grimaçant de douleur, Josepa lui répondit :

 

–       Ne regrette rien ! Au moins on a essayé et on sait qu’on était à deux doigts de réussir si ce con n’avait pas choisi ce moment-là pour rentrer. La prochaine fois qu’on est seuls avec le débile, en espérant que son patron ne nous tue pas avant, il faudra le faire dès qu’on entend la voiture partir et pas attendre le repas du soir. J’ai mal mais je te remercie de nous avoir donné de l’espoir Pierre !

 

******

 

 

Giuseppe, de son premier nom de baptême Josep, dit Giuseppino, n’était pas vraiment valdotain, mais il l’était devenu et parlait même ce patois franco-provençal de la région qui est presque identique à celui du Valais suisse tout proche. Il avait aussi appris le français qui est officiellement la deuxième langue de la région.Cela avait été facilité par le fait que ses parents avaient grandi dans la ville d’Alghero, sur le nord de la côte occidentale de la Sardaigne où l’on parle encore le catalan, trace de la domination médiévale des catalans sur l’ île sarde. Maîtrisant ces deux idiomes, son apprentissage du français et du patois local valdotain en avait été grandement facilité en raison de ce cousinage et des racines communes à toutes ces langues latines.

 

Ses parents avaient fui la Sardaigne où ils s’étaient opposés trop ouvertement à la dictature fasciste de Mussolini et avaient cherché refuge dans la val d’Aoste où ils avaient été engagés et hébergés par une famille d’agriculteurs et viticulteurs. Après la guerre, le père de Giuseppino avait acheté, à crédit, son propre domaine un peu à l’extérieur de Courmayeur. Giuseppino avait repris la ferme. Arrivé à la retraite, il avait vendu les terres et n’avait gardé que la maison. Il rendait parfois service à des voisins en officiant quelques semaines comme berger dès le printemps. Il approchait les 75 ans et, ne seraient-ce ses cheveux gris et son visage parcheminé, son allure, sa prestance et son agilité lui en auraient facilement conféré 10 à 15 ans de moins.

 

Il venait de mener les bêtes à l’alpage quand il entendit un coup de feu provenant de la maison en contrebas, à l’orée de la forêt, que ce français qu’on ne voyait jamais avait hérité de son oncle, le vieux Vincenzo qui était décédé quelques mois après son épouse Pia qui était tombée en bas de la falaise en cueillant les gentianes.

 

Il décida d’aller voir ce qui se passait. Il vérifia les clôtures et, sachant qu’il pouvait laisser ses bêtes, s’empressa de descendre le sentier et de passer la petite combe qui rejoignait la route du chalet, un peu en aval de celui-ci.

 

Arrivé à la maison, il ne vit personne mais vit une jeep qu’il ne connaissait pas garée devant le chalet. Il frappa à la porte, attendit puis, comme rien ne se passait, martela la porte plus énergiquement. Jean- Rodolphe ouvrit enfin et apparut dans l’encadrement de la porte.

 

–       C’est pour quoi ? demanda-t-il en français

 

–       Excusez-moi, mais j’ai cru entendre un coup de fusil ou un explosion et je voulais savoir si vous aviez besoin d’aide.

 

–       Non, ce n’est rien, c’est juste ma voiture qui a des problèmes de soupape et qui a fait du bruit sur le dernier raidillon avant d’arriver à la maison. Je sais, ça fait du bruit et ça m’a aussi fait sursauter quand je suis arrivé. C’est gentil de vous inquiéter. Bonne soirée.

 

–       Alors bonne soirée aussi. Si vous avez besoin de quelque chose, je suis à l’alpage la-haut pour quelques semaines.  Vous êtes le neveu du Vincenzo, c’est ça ? Et Vous allez rester longtemps ici ?

 

–       Comme je suis à la retraite, je n’ai pas de programme, Mais j’avais besoin de calme et de solitude, alors je me suis rappelé de la maison de mon oncle et je vais y rester quelques temps.

 

–       Vous êtes seul ?

 

–       Oui, je suis veuf depuis deux ans…

 

–       Désolé…

 

–       OH, ce n’est rien, c’est passé maintenant. Je voulais juste du calme

 

–       Ce n’est pas ce qui manque ici. Alors bon séjour !

 

–       Au revoir

 

Giuseppino avait un sentiment bizarre, presque une sorte de malaise, en partant. D’abord, le monsieur français avait l’air bien pressé de le voir partir. Ensuite, il avait vu dans le miroir le fusil posé contre la commode et que le bonhomme, surpris, avait probablement voulu vite dissimuler.

 

Enfin, le vieux avait été chasseur assez longtemps pour reconnaître la différence entre un coup de feu et une soupape qui pète. Ce type n’était pas net. Mais Giuseppino devait-il vraiment s’en préoccuper. S’il se cachait tout seul dans son chalet , il devait avoir ses raisons qui ne regardaient pas Giuseppino. En plus, avec la vie de fous que les gens menaient actuellement, il se pourrait bien qu’il ne soit là que pour se détresser et que le fusil ne soit là que pour lui permettre de se défouler et remplir le congélateur en braconnant.

 

En redescendant la petite route, il aperçut quelque chose qui brillait dans le champ voisin juste à côté d’une tache blanche. Il s’approcha et découvrit un bracelet, celui de Josepa perdu dans sa chute, composé d’une chaînette finement maillée en argent, assortie d’une gourmette avec un coeur gravé séparant les initiales JD et AD. Il s’approcha de la tache blanche et constata qu’il s’agissait de 2 mouchoirs en papier imbibés de sang. Autour des mouchoirs, d’autres traces de sang maculaient l’herbe et les pierres environnantes. Il ramassa le bijou et les mouchoirs et les rangea dans sa besace.

 

Il fallait qu’il en parle à son voisin Paolo qui l’avait engagé pour garder ses bêtes pendant un mois. Le jeune frère du voisin, Pietro, était carabinier. Il saurait ce qu’il faut faire. Il fallait cependant qu’il remonte à l’alpage avant d’appeler. Paolo l’avait convaincu d’acheter un téléphone portable mais Giuseppino l’oubliait la plupart du temps sur la table de la cuisine. Heureusement, cette fois, il avait pensé à le prendre à l’alpage avec le petit chargeur solaire offert par Paolo, mais il l’oubliait presque toujours quand il sortait.

 

Vingt-cinq minutes plus tard, il arrivait et passa son coup de fil. Ce qu’il narra à son voisin parut assez inquiétant pour que ce dernier lui demande de garder son portable à portée de main et d’attendre que son frère le rappelle. Le carabinier rappela quelques instants plus tard et dit à Giuseppino qu’ils allaient envoyer une patrouille pour prendre le bijou et les mouchoirs. Dans la foulée, ils iraient faire une vérification d’identité chez le français du chalet. Il lui demanda d’attendre en contrebas, sur la route, afin de leur montrer le chemin et lui dit qu’ils seraient sur place dans moins d’une heure.

 

Giusppinio vérifia encore une fois que toutes les bêtes se trouvaient à l’intérieur des clôtures sur les pâturages environnants et prit son chemin vers la vallée pour la deuxième fois de la journée.

 

Moins d’une heure plus tard, il apercevait le véhicule bleu des carabiniers qui quittait le val Ferret pour aborder la petite route en lacets qui grimpe vers le chalet. Arrivés à sa hauteur, le véhicule s’arrêta. Giuseppino salua les deux carabiniers et s’installa sur la banquette arrière. Ils s’arrêtèrent près de l’endroit où le vieux berger avait ramassé le bijou, ramassèrent encore un autre mouchoir taché de sang et prélevèrent quelques brins d’herbes et un caillou souillés. Ils continuèrent leur route vers le chalet.

 

Dans le chalet, Jean-Rodolphe, alerté par le bruit du moteur, les observait aux jumelles. A ses côtés, Yann devenait de plus en plus nerveux. Il criait de manière de plus en plus hystérique qu’il voulait rentrer chez lui, qu’ici ce n’était pas bien, qu’il n’y avait même pas la télé, qu’il n’aimait pas entendre des coups de fusil et que maintenant les envoyés du diable venait les chercher.

 

Jean-Rodolphe, après lui avoir demandé sans résultat de se taire et de rester tranquille, lui asséna un coup de crosse sur la tête avec son fusil et Yann, sonné et blessé au front, alla se recroqueviller en gémissant derrière un fauteuil du salon.

 

Jean-Rodolphe posa le fusil à pompe, le fusil de chasse et la carabine 7,65 à côté de lui. Il glissa un revolver dans sa ceinture et ouvrit 3 boîtes de cartouches différentes puis se posta à la fenêtre qui donnait sur l’avant du chalet et la route.

 

En bas, Pierre refaisait le pansement de Josepa avec les moyens du bord. Il venait de terminer quand il entendit les cris de Yann.  Il alerta Alicia :

 

–       Il doit se passer quelque chose. Aide-moi à mettre les lits et les chaises contre la porte. Avec les matelas et les trois lits alignés jusqu’à la paroi d’en face, on devrait pouvoir bloquer la porte un moment. Je ne sais pas ce qui se passe en haut mais je pense que nous avons intérêt à ce que ce fou furieux ne puisse pas entrer ici, au moins pour un moment. Après, à Dieu vat…

 

–       OK, j’arrive. Au moins ça le retardera, c’est déjà ça..

 

 

Ils entassèrent et alignèrent donc lits chaises et matelas contre la porte d’entrée de manière à ce qu’ils appuient contre la paroi d’en face. Ils laissèrent juste le matelas sur lequel gisait Josepa qu’ils tirèrent dans le coin de la pièce le plus éloignée de la porte. Il n’ y avait plus de bruit à l’étage et ils attendaient, angoissés, que quelque chose se passe.

 

Les policiers stoppèrent à 50 mètres du chalet. A peine le premier avait-il mis un pied à l’extérieur de la voiture qu’un coup de feu retentit. Il s’écroula, touché à la jambe et rampa derrière la voiture alors que Jean-Rodolphe faisait feu à plusieurs reprises, le manquant de peu mais faisant éclater le pare-brise et criblant de balles l’avant du véhicule.

 

A l’intérieur de la voiture, le deuxième carabinier et Giuseppino s’étaient couchés tant bien que mal devant les sièges. Le policier réussit à atteindre la radio et tira le micro vers lui pour décrire la situation et appeler du renfort.

 

Les coups de feu avaient stoppé. Le policier blessé, caché derrière la voiture, avait sorti son arme et attendait. Son collègue lui cria :

 

–       Tu es blessé ? c’est grave ?

 

–       Cela pourrait être pire. J’ai le genou qui saigne. La balle a déchiré la peau à la surface du genou mais je ne crois pas qu’il y ait d’autres dégâts. J’ai un peu mal mais ça ira.

 

–       J’ai appelé des renforts. S’ils peuvent avoir l’hélico, ils m’ont dit que ça ne devrait pas tarder mais s’il n’est pas disponible, on en aura facilement pour une petite heure, le temps qu’ils arrivent d’Aosta.

 

Dans le chalet, Yann restait toujours prostré et gémissant derrière la fauteuil. Jean-Rodolphe était partagé entre l’envie de descendre sceller le sort de ses prisonniers avant que la police ne l’empêche de punir comme ils le méritaient ces suppôts de Satan. Mais ils ne voulait pas perdre de vue les représentants des forces de l’ordre de peur qu’ils ne profitent de son absence pour entrer. Pour les en dissuader, il tirait un coup de feu au jugé, à intervalles réguliers, en direction de la voiture. Il décida finalement de rejoindre le carnotzet, bien décidé à les éliminer une fois pour toutes même si le délai qu’il s’était fixé restait amputé de plusieurs mois. Mais les circonstances étant ce qu’elles étaient, autant en finir maintenant.

 

Arrivé devant la porte , il tourna la clé et pressa la poignée mais la porte ne s’ouvrait pas. Il tira à deux reprises dans la porte avec son fusil à pompe mais ne parvint qu’à la cribler de grenaille sans autre résultat. Il se maudit d’avoir choisi du chêne massif pour toutes les portes. Dans l’immédiat, celle de l’entrée le protégerait des policiers mais ici, devant le carnotzet, il en était réduit à passer sa rage à coup de pieds contre la lourde porte qu’il venait d’endommager sans parvenir à la faire bouger .

 

Il entendit le bruit d’un hélicoptère et retourna promptement à l’étage. A l’extérieur, il entrevit l’appareil qui se posa hors de portée de ses armes et surtout hors de la vue qu’il avait sur la route et le véhicule des carabiniers. Il tira encore une fois avec chacune de ses armes et entendit les projectiles ricocher sur la carrosserie bleue. Quelqu’un riposta et la seule fenêtre du rez de chaussée donnant sur le devant du chalet partit en mille morceaux. Il répliqua par deux fois avec le fusil à pompe. Les coups de feu reprirent et l’empêchèrent de guigner vers l’extérieur. Il s’aplatit sous la fenêtre et reconnut le stacato d’une mitraillette 9mm .

 

Le bruit des coups de feu couvrit celui de la porte-fenêtre arrière ouvrant sur la terrasse qui vola en éclat laissant passer 5 membres d’une unité d’intervention des carabiniers qui n’eurent aucune peine à le maîtriser et à le désarmer avant même qu’il n’ait eu le temps de retourner ses armes. Les policiers le menottèrent sans ménagement, face contre terre, et firent de même avec Yann, tremblant et geignant toujours, recroquevillé derrière le fauteuil dans le coin du salon.

 

Dans le carnotzet, les trois captifs avaient entendu la fusillade, les cris de Yann, les insultes de Jean-Rodolphe. Ils avaient eu la peur de leur vie en entendant les détonations si proches, les impacts contre la porte puis les coups de pieds et les jurons de jean-Rodolphe.

 

Là, après une bruit de cavalcade à l’étage, tout parut subitement calme. Ils entendaient des bruits de voix étouffés par les épaisses parois en bois et la dalle de béton qui les séparait du rez-de-chaussée. Par la petite fenêtre grillagée, ils ne voyaient rien d’autres que les sapins et les rochers qu’ils apercevaient depuis leur arrivée.

 

Au bout d’un moment, quelqu’un tenta d’ouvrir la porte, sans succès. Pierre et Alicia se mirent alors à crier et à appeler, en français, en italien, disant qu’ils allaient ouvrir, qu’ils étaient prisonniers de l’homme qui possédait ce chalet. Les carabiniers leur ouvrirent la porte.

 

Quand ils émergèrent au grand air, devant le chalet, il régnait encore une atmosphère de combat et l’odeur caractéristiques des coups de feu flottait encore devant la maison. Mais Pierre sentit autre chose, une senteur particulière qui évoquait à la fois ses premiers jours de captivité à Peyrus, avant l’arrivée de Josepa, mais en même temps un sentiment de liberté, une impression de grands espaces. Il se tourna vers Alicia :

 

–       Tu ne sens rien de spécial ?

 

–       Oui, l’odeur de la poudre.

 

–       Non, ce n’est pas ça. C’est autre chose qui me rappelle les premiers jours dans l’autre maison..

 

–       Oui, tu as raison. Attends… Oui, je sais, c’est l’odeur du foin coupé, dit-elle en regardant les champs en contrebas du chalet où l’herbe coupée séchait en andins prêts à être ramassés. Mon Dieu, ça fait presque une année ! Je n’y crois pas !!

 

Pierre donna leurs identités aux policiers, fit un bref résumé de leur captivité et surtout  insista pour que Josepa puisse bénéficier immédiatement de soins adéquats. Ils furent emmenés vers l’hélicoptère qui décolla en direction d’Aoste où ils furent accompagnés tous les trois à l’hôpital, Josepa et le carabinier blessé pour y être soignés et les deux autres pour des examens. L’appareil repartit immédiatement pour une deuxième rotation qui devait ramener le reste du commando et les deux prisonniers qui furent écroués à la prison des Îles, à Brissogne, à la sortie du chef-lieu en direction de l’est, en attendant d’être interrogés plus longuement.

 

Les carabiniers valdotains ne tardèrent pas à s’apercevoir que Jean-Rodolphe Devantou était recherché en France mais que les enlèvements des trois personnes libérées dans le chalet faisaient l’objet d’une enquête conjointe d’un policier de la région de Gênes et de deux de ses collègues suisses. Un bref entretien avec Pierre leur confirma cette dernière information.

 

Pierre demanda à pouvoir téléphoner avant ses examens médicaux. Un carabinier lui prêta immédiatement son portable. Un message enregistré indiquait que le détenteur de ce numéro était inconnu. Elle avait donc dû changer d’abonnement. Il appela alors à la maison. Il composa le numéro et attendit le cœur battant. Enfin, on décrocha…

 

–       Ornella ? Sei tu amore ?

 

–       Non, je suis la nouvelle femme de ménage. Mme Michellod est en convalescence mais je ne sais pas où. Il faudrait appeler  les docteurs à l’hôpital pour savoir…

 

A l’hôpital on lui dit simplement que seuls les policiers savaient où se trouvaient son épouse en ce moment et qu’ils étaient aussi les seuls à connaître son nouveau numéro de téléphone.

 

Il tenta d’appeler la police de Gênes pour demander qu’on le mette en contact avec le policier qui s’occupait de cette affaire mais on lui rétorqua qu’il était en mission et qu’on lui transmettrait le message.

 

Pierre abandonna. Il était lessivé et n’avait qu’une envie : dormir un moment !

( à suivre au chapitre 11)

 

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