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© 2021 Aydan

De mémoire, il n'y pas eu de lettre plus sincère que celle-ci. Son encre est faite de tripes, de larmes, de colère et de courage sur une page couchée comme on y couche les instants d'une vie.
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Misérable Euryale,

Longtemps, je me suis demandé de quoi tu étais faite. Je me demande encore. Depuis un peu plus de trois ans, je te voue une haine incommensurable. Une ire abyssale qui prend source ce fameux dimanche hivernal. Ce jour-là, tu es devenue une ennemie. Un danger à écarter. Une déséquilibrée qui s’invente tant d’histoires qu’elle finit par y croire.

 

Elle était belle cette mise en scène. Cette chambre à coucher à la lumière tamisée. Un air romanesque y planait presque. Tout était si calme, si paisible. Trop. Cet enchantement soudain interrompu par ma vision de cette gueule de chat grande ouverte et figée dans la douleur. De quoi es-tu faite, toi qui es capable d’égorger et poignarder une pauvre bête qui t’aimait ? De quoi es-tu faite, toi qui as remplit le biberon de mon fils avec du venin ? As-tu cru avoir le droit de mort sur lui parce que tu lui as offert la vie ? Mais tu n’es que génitrice.

 

Le temps passe Euryale et tu ne changes pas. Tes décisions sont néfastes. Nourries du poison qui navigue dans tes veines. Tu es aussi amère que le fiel et cette amertume t’aveugle et te donne soif de vengeance. Une vengeance qui perturbe le fruit de tes entrailles. Quelle drôle d’idée que celle de vouloir supprimer l’unique chose que l’on a mené à bien et à terme dans une vie.

Ma parole, à croire que tu ne désires qu’une existence sinistre et faite de noirceur !

 

Oui Euryale, tu es mon ennemie et celle de mon fils et je réponds enfin à ta lettre.

« – Please, join me in death… »

Jamais ! Cette vie que tu méprises tant, moi, j’en suis amoureux.

« – Mon fils est tout pour moi et mon mari et Nini aussi. Je vous aime tant. »

Comment oses-tu parler d’amour. Tu souilles ce mot à chaque fois que tu le prononces. Un serpent ne peut aimer ou, à la rigueur, que son propre reflet.

 

Dis-moi, je t’en prie, par quels chemins tu passes que je n’y sois pas et quelle sera ta route pour ne jamais suivre tes pas car la seule que j’ai envie d’emprunter c’est celle qui me rendra spectateur de ta déchéance.

 

Je t’aimais tellement tu sais. Je crois que tu n’as jamais vraiment su ou alors cela n’a jamais été important pour toi. En fait, je pense de plus en plus que tu t’en fichais. Trop occupée à regarder ton nombril.

Pourtant, je me souviens de ce gars qui t’a porté durant trente minutes, lors d’un déluge, car les égouts étaient remontés et qu’il y avait plein de merde partout. Je me souviens de ce gars qui faisait le ménage chez toi et te cuisinait un bon petit plat car tu rentrais crevée du boulot. Je me souviens de ce gars qui a rempli toute une baignoire avec l’eau chaude d’une bouilloire parce que le boiler était vide et qu’il voulait te préparer un bain. Je me souviens de cet abruti qui t’a pardonné lorsque tu l’as trompé. Je me souviens de cet imbécile qui n’a pas porté plainte contre toi malgré ton impardonnable geste. Oh oui ! Je me souviens de tout.

 

Voilà pourquoi tu es nuisible pour nous Euryale. Parce que tu abuses des gens ou, plus précisément, tu abuses de leur amour. Tout n’est que farce pour toi. Tantôt tu déformes, tantôt tu enjolives mais bien entendu toujours à ta convenance.

Tu es puante Euryale. Puante comme la gangrène. Où est-elle cette femme dont je suis tombé en amour ? A-t-elle seulement existé ?

Tu n’es pas faite pour enfanter. La plus grande erreur de ma vie, ce n’est pas d’avoir eu un fils mais de m’être trompé de femme et de mère. Une gosse pourrie, gâtée qui croit avoir mis au monde une poupée avec laquelle il faut jouer à la vêtir et rigoler. Tu n’assumes pas la moindre responsabilité et tu te donnes des airs de Madone mais les gens sont de moins en moins dupes Euryale ! Tu les fatigues.

 

L’avantage avec les menteurs c’est qu’ils se sabotent tous seuls. Te souviens-tu de ce que je te disais ? « Tôt ou tard, tout se sait. »

Il n’y a pas vérité plus vraie que celle-là et je dois t’avouer que tu continues bien souvent à me faire rire, surtout lorsque je te démasque. Tu es tellement prévisible que cela en devient comique.

 

Malgré tout, j’ai tellement de questions sans réponses tu sais… Pourquoi construire quelque chose d’aussi beau pour le saccager et le saboter après ? Es-tu vicieuse ? Est-ce que cela t’amuse ? Tu as tellement craché sur tes ex mais je me demande s’ils n’ont pas eu justement l’intelligence de foutre le camp à temps ! Intelligence qui, en ce qui te concerne, m’a fait défaut. Tu veux que je te dise ? Tu ne seras pas heureuse. Jamais. Tu sais pourquoi ? Parce qu’il t’en faut toujours plus et que tu es une éternelle insatisfaite. Est-ce que c’est ta faute si tu es comme ça ? Je n’en sais rien. A vrai dire, je m’en fous comme de l’an quarante. Il manquerait plus que je te trouve des excuses !

 

Dix jours. Dix interminables jours sans savoir s’il allait vivre ou mourir. S’il allait avoir de graves séquelles ou pas. Dix jours où j’avais l’impression que mon crâne allait exploser tellement que j’avais mal. Mal partout. A l’âme, au cœur, au corps. Et tu me demandes de te faire confiance ? Alors que la main qui devait le bercer a voulu le tuer ? Non. Ni oubli, ni pardon.

 

J’avoue qu’il me faut tout de même te remercier sur un point. Avant, j’avais peur de la solitude, peur de finir seul, sans aimer et être aimé. Merci ! Ce drame m’aura appris que l’estime de moi passe avant n’importe qui et qu’il vaut mieux être seul et heureux que faire semblant de l’être auprès d’un monstre. Libre. Libre de névroses, de caprices, d’exigences futiles, d’égocentrisme. Je suis libre !

 

Nuisible. C’est vrai que ce mot te va bien. Nuisible et dangereuse comme une Marabunta. Tu es la cause de la future plaie béante dans le cœur de mon fils et lorsque le jour viendra et qu’il me demandera « pourquoi ? », je te maudirai. Non. En fait, je te maudis déjà.

 

Emporte avec toi ce regard vipérin et les mots que tu expires. Ils saturent l’air que je respire et rendent mes poumons squameux. Emporte avec toi mes promesses d’amour éternel. Quant à moi, je garde volontiers l’aversion qu’elles me provoquent. Garde en ta mémoire les horreurs que tu as faites et que ces souvenirs viennent pourrir tes jours et tes nuits. Et puisse toute la douleur que tu nous as infligée se graver dans ta chair pour ne jamais cicatriser.

A vif. C’est comme ça je te souhaite Euryale. A vif. Ecorchée par ta culpabilité. Tu peux penser que je n’ai aucune pitié. C’est vrai. Je n’en ai pas en ce qui te concerne. Ou plutôt je n’en ai plus. Tu as tué toute empathie que je pouvais avoir envers toi. Je t’abhorre.

 

 

Sois tranquille pour le moment, il te reste du répit. Soit tranquille car je ne prononce pas un seul mot négatif à mon fils à ton sujet. Je n’aurais jamais à le faire. Je veille sur son fragile équilibre, son bien-être. Mais le jour viendra où il grandira. Il posera des questions et les faits seront bel et bien là. Les faits parleront d’eux-mêmes. Je rêve du jour où il te regardera en face et te posera « la question ». J’espère qu’elle te transpercera de part en part, qu’elle te coupera le souffle, qu’elle poignardera ton palpitant si toutefois tu en possèdes un.

 

Je serai là. Je serai là comme depuis plus de trois ans. A empêcher ta nocivité de l’atteindre. A tout mettre en œuvre pour le protéger de tes délires égoïstes, de tes lubies malsaines, de ta dangereuse logique atrophiée, de tes dérives sectaires.

 

P.S. : Juste une dernière chose Euryale. Un détail à ne pas oublier. Avec toute cette crasse que tu déverses dans nos vies, c’est une évidence que tu sois mon ennemie alors ne t’étonnes pas que je sois le tien…

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