Créé le: 22.12.2015
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Les points de sutures 9

Journal personnel

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© 2015-2022 Nicolas Rochey

En regardant vers le haut, dans la cheminée du geyser, je pouvais deviner, très loin, la lumière du jour.
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Donc, j’avais eu envie d’une glace.

 

Je suis entré dans une échoppe et ai demandé, dans un chuchotement, un cornet chocolat-vanille.

 

A peine entamée, j’ai su que je n’en tirerai aucun plaisir. Ça n’avait aucune importance, cette glace avait réveillé le geyser.

 

Le lendemain j’ai eu envie d’aller au cinema. J’ai choisi un film au hasard et y suis allé. Le film était plutôt bon, et pourtant j’ai ressenti assez vite le besoin de rentrer chez moi.

 

J’ai compris que l’envie et le plaisir pouvaient être parfaitement indépendantes l’une de l’autre. C’était déjà tellement grisant d’avoir des envies. Pour le plaisir je pouvais attendre.

 

En regardant vers le haut, dans la cheminée du geyser, je pouvait deviner, très loin, la lumière du jour. La vague derrière moi me poussait avec une force et une vitesse vertigineuses. Chaque jour se succédaient de nouvelles envies. Très vite, j’ai été capable d’avoir des envies pour le lendemain, de me projeter dans un avenir proche.

 

Et puis le plaisir est arrivé à son tour “Elle est délicieuse ta tarte, Marie ! “

 

En remontant si vite, je ne pouvais m’empêcher de redouter un retour de flamme. Est-ce que la sortie se ferait en ligne droite ou par cercle, avec des rechutes et des phases de consolidation. Peu m’importait en fait. La vie est aussi faite de jours moins bien, non ?

 

J’ai jailli du trou comme un diable de sa boîte. J’ai recommencé à faire des phrases complètes. Avec ce besoin de mettre des mots sur ce drôle de voyage. J’avais envie d’apprendre le japonais, de me remettre à la guitare, de voir mes filles grandir.

 

J’ai ouvert les volets et laissé le soleil me caresser. L’odeur des feuilles humides, le rythme d’un pic sur son tronc.

 

Le geyser m’a déposé en douceur à côté du trou. Je regarde encore souvent à l’intérieur. J’y ai passé six mois.

 

Aujourd’hui, j’ai d’abord dû me pardonner. D’avoir été cet autre, de l’avoir imposé à mes proches. Je suis nettement moins perfectionniste aussi, et tout le monde s’en accommode très bien. J’ai abandonner l’idée de tout maîtriser, de tout prévoir. Désormais, j’organise l’important et laisse le reste à l’avenir ou au hasard. Accepter l’imprévu est devenu un jeu. Je m’engage sur les choses qui sont dans ma sphère d’influence et il y en a déjà pas mal, pour le reste, je fais confiance aux autres pour s’en occuper.

 

Ah, encore une chose… Je pense que je suis un type bien !

Commentaires (2)

We

Webstory
26.06.2016

Webstory a aimé tous "Les points de sutures" du 1 au 9

Starben CASE
08.01.2016

"Je me souviens", serait-ce la préface des "Points de sutures"? Merci pour ce partage que j'ai trouvé magnifique.

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