Connaissons-nous toujours la valeur d'un cadeau? La valeur marchande, non, en principe on ne laisse pas l'étiquette avec le prix lorsqu'on offre un présent. Mais la valeur symbolique, elle non plus, n'est pas affichée et pourtant elle vaut souvent bien plus qu'il n'y paraît…
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Au début de notre histoire mon compagnon m’apporta un jour une poignée de petits cailloux aux formes et aux coloris variés. Allant du blanc au noir, les couleurs entre ces deux extrêmes se déclinaient dans toutes les nuances de gris, de beige, d’ocre et de brun. Chaque petit morceau de pierre était unique et offrait une particularité: l’un était veiné de blanc, l’autre scintillait de reflets dorés, un autre encore semblait fait de nacre. Certains d’entre eux pouvaient s’apparenter à des pierres précieuses non taillées, pourquoi pas à des diamants bruts?!
Je trouvais cela très joli mais ne comprenais pas bien pourquoi il m’apportait tous ces petits cailloux! Voyant mon étonnement devant ce cadeau, il me précisa que ce n’était pas là n’importe quels cailloux:
– Ils viennent d’Egypte. Je les ai ramassé sur les bords du Nil lors de mon voyage dans ce pays. Ils ont une valeur particulière parce qu’ils ont été charriés, polis, laminés par ce fleuve mythique. Ces cailloux étaient peut-être déjà là du temps des pharaons. Tu sais, ils sont précieux à mes yeux et j’y tiens beaucoup, c’est pour cela que je te les offre.
Il déposa son trésor dans la coupelle en forme de nuage, qui servait de porte-savon à la salle de bains. C’est ainsi que ces petites pierres trouvèrent chez moi, chez nous, leur nouvelle place et y restèrent.
Je sais n’avoir pas compris l’importance de ce présent au moment où je l’ai reçu… Mon compagnon était très émotif et d’une extrême sensibilité; rien de ce qu’il faisait ne l’était sans avoir été mûrement réfléchit. Il se mettait à la place de celui ou de celle à qui il voulait offrir quelque chose et cherchait ce qui saurait lui faire réellement plaisir. Chaque geste, chaque mot avait une véritable importance pour lui. Au début de notre histoire je n’ai pas saisi cette merveilleuse qualité, ce n’est que plus tard, lorsque mon amour pour lui pris toute son ampleur, que j’ai réalisé la richesse de cœur qui était la sienne.
Les pierres, bien sûr, durent plus que les hommes… Cette poignée de cailloux posés dans la coupelle de ma salle de bains en est la preuve. L’un ou l’autre d’entre eux a peut-être crissé sous le pied de Moïse… Qui sait? Sans doute ont-ils traversé des millénaires jusqu’à ce que l’homme que j’aimais se penche pour les ramasser, sur les rives de ce fleuve que l’on dit être le plus long du monde, et qu’il les rapporte, chez lui, en souvenir de son beau voyage. Il a fallu quelques années encore pour qu’ils parcourent les deux cent cinquante derniers kilomètres qui les séparaient de mon logis où, désormais, ils demeurent à trois mille miles des bords du Nil…
Les pharaons de l’Egypte ancienne, Moïse, les constructeurs du phare d’Alexandrie, ceux du barrage d’Assouan et celui qui m’avait apporté cette poignée de petits cailloux, tous ont disparu… Seuls restent ces témoins de pierre, dont l’un est veiné de blanc, l’autre scintillant de reflets dorés ou, cet autre encore, qui semble fait de nacre. Ces témoins me parlent de ce fleuve que je n’ai jamais vu et dont mon amour avait voulu garder, en souvenir, un petit morceau d’Histoire…
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