Créé le: 11.09.2026
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Les amitiés
Poursuivant le débarras de mes papiers, j'ai préféré jeter quelques lettres très anciennes. Ce geste a généré un autre petit texte, ...
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Les amitiés
Je les vois toutes en une.
Une réalité historique et subjective du moi. Elles ravivent la mémoire, serrent le cœur, sèment le trouble et appellent à une clarification. Il ne faut plus se méfier des raisons pour lesquelles celle-ci s’est envolée. Cette autre a disparu alors qu’à une date dont on se souvient, il a fallu prendre la parole pour dire adieu. Deux personnes sont enrôlées et l’une de ces personnes c’est soi. Comme un co-pilote j’en viens à me demander si à chaque fois, l’appareil était bien réglé et préparé. Probablement pas, on monte à bord par hasard autant que par choix. Mon ciel amical a été bien occupé mais ce ne fut pas l’agitation. C’est le souvenir d’un regard qui nous fait dire que l’on s’est retrouvé avec icelui dans ce registre. Celui d’une surprise sincèrement exprimée voire involontairement manifestée au sein d’une conversation ou au début d’une balade. Une date. Ce qui reste en nous de comment était le ciel ce matin-là. Les moments ont existé, peut-on dire qu’ils ont eu lieu ? Avoir été accepté avec une certaine joie avouée, là tel quel. Comme ça.
Le temps dépose un grand-voile sur son passage. Toute l’étendue, bien à plat. Je me dis parfois que, si c’était un avion, si c’était un bateau, si c’était autre chose ou rien que du vent, je ne suis pas certain d’avoir été un bon équipier. Sans refaire toute l’histoire, qui par d’autres se refera, je retiens deux types de tensions. Celle de la parole et celle du jugement. Tout ce que l’on dit sur le moment s’inscrit sur la mer et dans le ciel, les siens ou ceux de l’ami. Et là survient encore l’une des difficultés qui sans cesse me contrarie. Faut-il parler juste ou parler librement ? Nous connaissons les inconvénients. Librement certes mais aux limites de l’arrogance qui parfois nous anime plus que de raison. Juste, absolument, mais il est ardu de l’être tout le temps et même de l’être ne fût-ce qu’un moment. Alors, je me tais postérieurement. Mais ce silence n’arrange personne et s’impose de lui-même dans la logique du dépassement de temps. L’autre tension est celle qui vient du fait que nous jugeons. Dit-on que nous ne jugeons pas ? Toute personne rend ses verdicts, parfois malgré soi. Mais on ne les lit pas nécessairement en public. Nous les gardons pour soi. Otons l’hypothèse du conflit qui ne m’aura pas concerné tant que ça. Voyons celle de la force grandissante de ce que les amitiés ont laissé en nous et de ce qu’il faudrait encore retrancher. Car, on peut faire ce que l’on veut, ça ne dure pas. Je veux dire par là que ça ne dure pas autant que l’âge peut durer. Porter à ses silences et à ses mots l’attention voulue, savoir leur donner ce petit plus de qualité. C’était ça le jeu, on nous l’avait dit dès le départ ou peut-être l’avions-nous compris. Je souhaiterais recommencer, sinon les voyages, du moins de certaines scènes les tournages. Me retenir ou trouver la juste répartie. Qu’importe toutefois cette absence après-coup présumée de mérite et de talent. L’ami nous a répondu dès le premier instant en observant que l’on n’a fait ce que l’on a pu. J’en suis d’accord, ce qui donne vie encore un moment à la relation. Les ciels pourtant se vident. Il faut alors faire un effort d’absence de parole et de jugement. Vaquer à l’occupation de soi nourrie de tout de ce qui les traversa.
Je parvenais à sortir un moment de l’ornière du désagrément amical en me disant, qu’après tout, ce qui compte, c’est le degré d’implication. Personne ne tiendrait longtemps à deux dans une cellule – certains pourtant le font – et moins encore dans un ascenseur. La réponse n’est ainsi pas celle du silence mais bien de l’espace et quand celui-ci a pris trop d’importance c’est avec lui que nous nous fâchons. Inexorablement l’instant s’éteint. Notre contrainte étant celle de la continuation, c’est le moment de se libérer, par la manière qui conviendra, de ses paroles et de ses jugements.
11 septembre 2026
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