Créé le: 16.08.2019
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L’enfant qui caressait les arbres

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© 2019-2021 Aydan

Blessée, l’écorce se veut suintante. La sève coule en une supplique, une rivière de larmes au pied du tronc. Mais ne dit-on pas que l’amour est sauveur et guérit tous les maux ?
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Mon prénom était-il prédestiné à la souffrance ? Je n’en savais rien. Ce qui est certain c’est que jamais je n’avais imaginé vivre une chose pareille. Cette histoire, mon histoire, était maintenant devenue un conte que l’on se transmit de génération en génération.

 

Je m’appelle Essis. Digne et fier descendant des guerriers Mbete. Je m’étais uni à une jeune femme de mon peuple. Sa beauté était telle qu’elle détrônait toutes les merveilles de la nature. Elle s’appelait Njukami. Non seulement elle était belle mais elle était aussi intelligente et douce. Trop douce pour être vraie. Je vivais à travers et pour elle. J’allais chercher l’eau à la rivière Ogooué qui était à une demie journée de marche pour qu’elle ne se fatigue pas. Les autres guerriers se moquaient mais cela m’était égal. Elle était mon alter-égo et non mon esclave.

 

Un jour. Je vis grossir son ventre. J’étais le plus heureux des hommes. Elle allait m’offrir le plus beau des présents.
La naissance de Thierno fut un choc pour nous tous. L’enfant avait les cheveux dorés comme le soleil et ses yeux ressemblaient aux profondeurs de la rivière. Sa peau était blanche comme le ventre d’un potto. Les premiers temps nous étions exclus du village. Ils avaient peur de Thierno.
Comment pouvait-on avoir peur de Thierno ? Un enfant certes différent mais tellement plein de vie ! Lui si joyeux, si aimant. Cet exil forcé pesait sur ma compagne. Elle était habituée à avoir toutes les attentions du village, de part sa beauté, et ne supportait pas lorsque les autres la repoussaient.

 

Petit à petit, elle se mit à délaisser notre fils. Puis elle devint distante, froide, toujours mécontente. Rien n’était suffisant à ses yeux. Elle me reprochait tout et rien. D’être trop présent et de ne pas l’être assez. J’étais perdu. Je ne la reconnaissais plus.
Son regard était aussi dur que les pointes de nos flèches. Elle était un puits de noirceur. Autant j’étais inquiet, autant j’en avais peur. Peur de ses pensées, peur de ne plus la retrouver.

 

Je m’occupais énormément de Thierno. Il était ma lumière dans cette pénombre. Je lui faisais découvrir les plantes, les arbres, le nourrissais, éveillais sa curiosité des choses. Il était intrépide et n’avait peur de rien ! Très vite, je m’aperçus de son amour pour les arbres. Il les observait longuement, la bouche ouverte d’étonnement, les yeux scintillant.

 

C’est à ce moment précis que je la sentis pour la première fois. C’était une sensation de chaleur agréable, un courant qui parcourait tout mon corps de la tête aux pieds. Comme si mon âme et mon cœur, d’un coup, s’étaient élevés à autre chose de supérieur. Et je savais pertinemment que tout le village allait me prendre pour un fou lorsque je leurs dirais que mon fils, en plus d’être différent, était magique.

 

Je ne voyais presque plus Njukami. Elle s’était totalement renfermé sur elle-même. Parfois, je l’entendais marmonner des incantations, des mots bizarres dont je n’en comprenais pas le sens. Puis vint le jour où elle me demanda de passer un peu de temps avec Thierno. Je fus surpris mais je pris cela comme un espoir de voir revenir l’esprit de celle que j’aimais encore. J’en profitai donc pour organiser deux jours de chasse avec mes plus proches voisins.

 

Ma première journée de chasse ne s’était pas encore achevée lorsque je fus happé par un terrible pressentiment. Je décidai de quitter la forêt sur le champ et de courir à en perdre haleine jusqu’au village. Lorsque j’entrai dans ma hutte, Thierno semblait endormi. Il était seul et sa mère n’était pas à ses côté.

 

Je ressortis de la hutte et vis, sur ma gauche une vision d’horreur. Njukami était allongée entrain d’agoniser, la bouche pleine de feuilles de Molo Tiki. Je bondis à nouveau à l’intérieur de la hutte et lorsque je tentai de réveiller Thierno, sa tête voltigea telle une marionnette inerte. Je  poussai un tel cri de douleur que tout le village vint en courant jusqu’à ma hutte. Je pris mon fils dans les bras et l’emmena de suite dans la hutte de notre sorcier. Lui seul pouvait concocter la potion capable de combattre le poison du Molo Tiki pour autant qu’il ne soit pas trop tard.

 

Quant à Njukami, les villageois se chargeraient de lui administrer l’antidote car il était hors de question pour moi d’abandonner mon fils.
Je veillai ce dernier dix jours durant. Dans la terreur de ne plus ressentir la magie de son amour. Chaque jour, je demandais au grand sorcier si Thierno allait survivre et chaque jour il me répondait qu’il fallait attendre. Je ne mangeais plus. Je ne dormais plus. Ma vie était suspendue sur un fil de rasoir sans savoir de quel côté elle allait basculer.

 

Le onzième jour, une douce caresse me sortit de ma torpeur. C’était la petite main de mon trésor qui se posa sur mon visage. Ma mère Muanda, qui avait accouru du village d’à côté lors de ce drame, se mit à pleurer de joie et fit des offrandes aux pieds de nos reliques afin de les remercier de leur protection.

 

Quelques temps après, le sorcier m’appela dans sa hutte et m’informa que Njukami était sauvée mais que son esprit avait basculé dans les ténèbres. Selon lui, elle était possédée par un mauvais esprit très puissant. Lors de son réveil, elle déroba la hache à bec d’oiseau du sorcier, égorgea deux villageoise qui lui avaient pourtant porté secours et disparut  dans l’épaisseur de la forêt. Je fus horrifié par les détails du récit qu’il me faisait. Puis il m’avertit que l’esprit de la femme avec laquelle je m’étais uni était mort.
Elle était devenue un esprit noir, malfaisant et perfide. Un être capable de tous les stratagèmes afin de se protéger et atteindre son but.

 

Une douzaine de cycles lunaires s’écoulèrent. Thierno grandit plus que de raison. Il courait de l’aube au crépuscule. Son rire m’éclaboussait comme l’eau de l’Ogooué. Il parlait aux oiseaux, il dansait avec le vent. C’était incroyable à voir. Sa lumière inondait le village et mon peuple avait fini par comprendre qu’il était un être d’exception et qu’il portait le bien en lui.

 

Une nuit, la lune se voulut annonciatrice de malheur. Je n’avais jamais vu une telle chose de mes yeux. La lune était rouge sang et notre sorcier était très anxieux. Il sentit, à nouveau, que quelque chose de néfaste allait assombrir et mettre en danger notre avenir et celui du village.
Sa prédiction s’avéra juste. Au petit matin, nous découvrîmes toutes nos statues reliquaires mises en morceaux. Njukami était revenue. Elle déchaîna sa colère et sa hache contre nos esprits protecteurs, nos guides de lumière. Comment allions-nous pouvoir survivre ? Ils nous protégeaient, veillaient sur les esprits de nos défunts, de nos chasseurs. Ils nous assuraient la fertilité et la prospérité. Sans eux, nous étions perdus.

 

Notre sorcier décida d’aller consulter l’arbre de sagesse afin de lui demander son aide précieuse. Quatre jours après, il revient avec le cœur rempli d’espoir. Et cet espoir se nommait Thierno. Il réunit tout le peuple au centre du village et expliqua ce que le grand arbre lui avait transmit. Lorsqu’il finit son récit, tout le monde se retourna vers mon fils et l’acclama d’une seule et même voix.
Je ne savais pas encore comment et par quel moyen Thierno réussirait sa mission. Ce qui est sûr, c’est que je me devais de l’accompagner pour le protéger de tout danger.

 

Je préparai assez de flèches pour chasser et nous défendre si besoin et nous partîmes donc en direction de la forêt. Alors que nous marchions depuis un bon moment, nous nous retrouvâmes, d’un coup,  devant une image de désolation totale. Nos arbres. Nos arbres étaient abattus les uns derrière les autres. Ils avaient été décimés à coups de hache.
Je vis le visage de mon fils inondé de larmes. Il s’avança vers l’arbre, s’agenouilla et, posant sa main droite sur le tronc meurtri, caressa son écorce. A mon tour, je sentis un torrent d’émotions me submerger.
Puis la silhouette de Thierno se para d’une drôle de lumière scintillante. Soudain, lorsque sa main s’écarta du tronc, une petite pousse jaillit d’entre l’écorce et se mit à grimper spontanément à une vitesse surnaturelle.

 

Je regardai mon fils avec stupeur et émerveillement. La magie était belle et bien là. Il se releva, se dirigea vers chaque arbre en souffrance et, de ses mains aimantes, les fit revivre encore plus forts et majestueux qu’ils l’avaient été auparavant. Nous poursuivîmes notre chemin où nous faisions des haltes soit pour nous reposer, soit pour chasser et se nourrir, soit pour ressusciter les arbres. J’avais l’impression de me tenir auprès d’une divinité si grande et pourtant si petite lorsqu’elle réclamait mes bras de père.

 

Les arbres avaient une importance capitale pour notre tribu. C’est avec le bois et le laiton que nous fabriquions nos statues reliquaires afin de veiller sur notre peuple. Njukami savait très bien où frapper et nous blesser afin d’assombrir notre futur et je ne pus m’empêcher de me faire la réflexion suivante :  Comment le noir peut-il engendrer le blanc ?

 

Nous étions presque arrivés auprès de l’arbre de sagesse lorsque nous l’entendîmes crier. Oui, il criait. Un son aigu et déchiré qui nous refroidit l’âme. Njukami s’acharnait sur son tronc de toute sa rage. Je hurlai son nom. Elle stoppa net et se retourna. Ses yeux étaient rouges incandescents. Puis, je lui demandai pourquoi elle détruisait tout ce qui aurait pu faire son bonheur. Pourquoi elle tenait tant à faire du mal.

Elle répondit que j’en étais la cause. Que j’étais coupable d’une partie de sa noirceur et que jamais elle ne s’était sentie aimée. Je pris cette confession comme un coup de massue. J’étais dans l’incompréhension totale. Oui, je ne l’avais pas aimée… Je l’avais adoré, adulé ! Je cédais à toutes ses envies et caprices jusqu’à, parfois, m’en oublier moi-même.

 

Vint la question que je redoutais tant. Je lui demandai pourquoi avoir attenté contre la vie de son propre enfant. Elle fut incapable de me donner une quelconque réponse qui soit un tant soit peu compréhensible. Chaque fois que son regard se posait sur Thierno, j’en étais malade et un frisson me parcourait le corps en entier. Elle ajouta qu’elle voulait s’emparer de lui et l’entraîner dans sa folie.

Je lui répondit que pour cela, elle devrait me tuer d’abord.  Alors elle fit un bond et courut en ma direction. Et juste un instant avant qu’elle ne me frappe avec son hache, mon fils me donna la main et je fus irradié par cette force, cette magie qui m’enveloppa et créa une sorte de bouclier sur lequel la large lame fit ricochet. L’onde de choc fut telle que Njukami fut projetée, en arrière, sur plusieurs mètres. Mon fils venait de me sauver encore. Lui qui n’avait qu’une trentaine de cycles lunaires, lui qui était si petit comparé à moi, je lui devais ma vie. Il était mon tout, il l’est encore, il le sera.

 

Le combat n’était pas fini. Il venait à peine de commencer. Mais je partais déjà gagnant car j’avais la plus belle et pure des énergies à mes côtés. Celle d’un fils aimant.
Elle se releva subitement. La haine qui la dévorait était telle qu’une sorte d’écume noirâtre sortait de sa bouche et ses dents devinrent pointues et acérées comme des couteaux. J’étais pétrifié tandis que Thierno semblait curieusement calme et n’étais nullement effrayé. Il la regardait avec amour et bonté malgré ce qu’elle avait pu lui faire et ce qu’elle lui faisait encore.
C’est cela qui me fendait le cœur. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il était trop petit pour comprendre. Certes, il savait bien que quelque chose n’allait pas mais il était très loin du minimum de maturité qu’il fallait pour réaliser la gravité et les conséquences des actes de sa mère.

 

Nous entendîmes du bruit derrière nous. Lorsque je me retournai, je découvris nos amis et villageois qui vinrent pour nous soutenir.
Njukami tenta de les ensorceler. Elle prit une voix et une attitude étrangement douce et supplia notre tribu de la croire. Qu’elle n’était pas responsable de ce qu’elle avait fait. Que c’était moi qui l’avait contrôlée en m’appropriant son esprit avec un rite vaudou. Mais notre sorcier prit la parole et démentit. Il n’eut pas le temps de finir ses explications que la hache à bec d’oiseau s’encastra dans sa poitrine.

 

Les villageois se mirent à crier et courir dans tous les sens, les mains sur leurs têtes et les yeux écarquillés d’effroi. Je quittais quelques secondes mon enfant des yeux, choqué moi aussi par ce brouhaha. Lorsque mon visage se tourna à nouveau vers l’emplacement de ce dernier, je constatai avec frayeur qu’il n’était plus là. Mes yeux le cherchèrent partout. Ils bougeaient si vite que je pensais qu’ils se désorbitaient ! Soudain, je le vis. Il avançait, sereinement, en direction de sa mère et mes membres se mirent à trembler…

 

Elle souleva Thierno, le porta au pied de l’arbre de sagesse, se retourna et me dit que puisqu’il ne pouvait pas être à elle complètement, il ne serait jamais à moi. Elle souleva la hache à bec d’oiseau ensanglantée au-dessus de sa tête et s’apprêtait à la descendre sur celle de mon fils. Je courus aussi vite que j’ai pu mais j’étais beaucoup trop loin. Lorsque je vis la hache s’abaisser, mon sang fit un tour et se glaça. La petite main de Thierno s’était posée sur celle de sa mère qui tenait la hache.

 

Njukami, stoppée net dans son élan, tomba à genoux et se retrouva, ainsi, face à son fils. Puis je le vis à nouveau irradier et briller comme un soleil de sorte que tout son amour enveloppa cet être maléfique. Peu à peu, le regard de sa mère s’adoucit comme lorsque je l’avais vu pour la première fois. Sa dentition retrouva son état normal et l’écume noir qui jonchait ses lèvres disparut. Thierno prit son visage entre ses mains et lui adressa le plus magnifique des sourires. Elle lui rendit ce dernier, les yeux remplis de larmes. Elle regarda ses mains tachées de sang et tout lui vint en mémoire. Elle jeta la hache par terre et regarda les nôtres avec honte et culpabilité.

 

Soudain, Thierno ramassa la hache à bec d’oiseau, la brandit de ses mains en direction de l’arbre de sagesse et la lança en l’air. Tout le monde se tut. Des plumes grises, blanches et rouges commencèrent à fendre la hache, puis deux ailes, puis un bec et bientôt, à la place de cette arme de souffrance, jaillit un splendide et grand perroquet jaco. Il vola plusieurs fois au-dessus de nos têtes et se posa sur la plus haute des branches de l’arbre de sagesse.  Mon tout petit s’avança vers l’écorce du grand baobab et se mit à la caresser. Alors, l’oiseau descendit une à une les branches, le regarda, plongea son bec dans son aile droite et s’arracha une plume qu’il lui tendit.

 

Thierno allongea son petit bras et attrapa l’offrande du volatil. Cette image effaça, pour nous tous, tous les événements tragiques que nous venions de vivre.

Nous transportâmes le corps du grand sorcier à notre village et comme mon fils avait guéri nos arbres meurtris, nous pûmes fabriquer une énorme statue reliquaire en l’honneur de notre défunt guide et ami.

 

Après le rite funéraire, les anciens du village se réunirent afin de discuter des drames qui étaient survenus et aussi pour décider quel serait notre nouveau sorcier. Le choix ne fut guère difficile. Lorsqu’ils sortirent de la grande hutte, ils s’approchèrent de moi et me demandèrent, vu son très jeune âge, ce que je pensais s’ils désignaient Thierno comme nouveau grand sorcier de notre tribu.

Je leurs dit que cela me semblait bien mais que j’imposais une seule condition, celle d’accompagner, guider et protéger mon fils dans ses premières années en tant que marabout.

 

La tribu prit aussi une autre décision. Même si Njukami avait retrouvé son véritable esprit, elle fut condamnée pour ses actes et bannie pour toujours du village. Elle se mouva dans une vieille hutte à l’extérieur de notre périmètre et nous avions tous pour consigne de ne plus lui adresser la parole. Thierno, en tant que très jeune et grand sorcier et, surtout, parce qu’il était bon et qu’il restait son fils, lui rendait visite à chaque changement de lune pour lui apporter de quoi se nourrir. Bien entendu, nous étions toujours là afin de veiller à ce que cette visite se passe au mieux. Les vieux démons pouvaient peut-être resurgir à n’importe quel moment et nous ne voulions plus prendre aucun risque.

 

Quant à moi, je pensais, au début de cette histoire, que je n’allais jamais m’en remettre. J’étais certain d’avoir beaucoup perdu alors que, finalement, j’avais beaucoup gagné. Je compris qu’il ne fallait pas vivre pour quelqu’un mais avec. Je compris que je ne devais pas tout donner au point de m’oublier. Et, le plus important, je compris que j’avais gagné au change. Que certes, je perdis la femme que j’avais aimé le plus au monde, mais que je gagnai, en contrepartie, le grand amour de toute une vie.

 

Toi mon fils, mon tout, ma descendance. Toi qui émerveilles mon quotidien, toi qui me fait grandir à tes côtés. Toi qui enchantes mes jours et adoucis mes nuits. Tu poses tes empruntes dans les miennes et je me dois de t’indiquer le chemin afin que, un jour futur, tu crées les tiennes.

Que tu ne deviennes pas la hache qui blesse mais l’oiseau qui s’élève. Que tu ne sois pas colère, noirceur et folie mais sérénité, lumière et harmonie. J’empêcherai son sang de t’empoisonner et tu vivras Thierno, tu vivras pour comprendre et accepter. Tu le sais, tu seras un Babaale.

 

Je m’appelle Essis. Digne et fier descendant des guerriers Mbete, mais surtout digne et fier père de Thierno. Enfant d’amour et de lumière, enfant de vie et de magie, je remercie chaque instant mère Terre d’avoir lié ma destinée à la tienne. Et j’espère être éternellement présent dans ta vie et voir ta magie se répandre et bercer tout ceux qui auront le privilège de te côtoyer. N’oublies jamais qui tu es et d’où tu reviens mon fils car tu es l’enfant qui caressait les arbres.

 

© 2019 Aydan

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