Créé le: 12.07.2017
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Le vers est dans le pré

Journal personnel

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Au détour d’un sentier, un groupe de jeunes gens entourent le poète.  Les 5 mots du début et de la fin étaient imposés.
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Le vers est dans le pré

Le vers des mille printemps s’enroulait en volutes graciles.

Il s’élevait de la bouche du poète, dont les lèvres vermeilles rappelaient une fraise charnue, surmontée d’un nez fort séparant ses yeux pers qui contrastaient avec le teint mat de sa peau méridionale. De joyeuses rides explosaient en feu d’artifice vers ses tempes.

En bras de chemise et pantalon de lin, il était le pistil d’un petit groupe attentif de jeunes gens, filles et garçons mêlés formant une corolle de couleurs vives et claires. Ils s’étaient installés pour un déjeuner sur l’herbe au pied du grand chêne qui dominait la prairie parsemée de marguerites, de coquelicots et de boutons d’or étincelants.

L’air vibrait de la chaleur de l’été, mais seule une jeune fille, dont la tête reposait sur les genoux d’un garçon tout de blanc vêtu, avait les yeux fermés. Peut-être dormait-elle ? Le sourire esquissé sur ses lèvres semblait le démentir. Sur sa gauche, une jeune femme rousse en corsage vert buvait les paroles du poète ; elle tenait entre ses mains celle d’une femme en longue robe bleu pervenche, dont la tête aux abondantes boucles noires reposait tendrement sur son épaule. Plus loin, derrière l’homme âgé, des garçons riaient en s’ébouriffant les cheveux. À sa droite, deux jeunes gens aux chemises entrouvertes se penchaient vers l’avant, tandis qu’un troisième restait appuyé à la base du tronc. Une autre jeune fille au teint diaphane était assise, légèrement à l’écart, en pose méditative.

 

Le vers est dans le pré – 2

J’avais découvert ce petit groupe alors que j’allais sans but, perdu dans mes pensées ; instinctivement, je m’étais accroupi puis assis confortablement derrière un buisson d’aubépines pour m’emplir le cœur de ce charmant spectacle. Il en émanait une atmosphère d’un autre temps. Nul écran ne détournait l’attention, nulle musique si ce n’est le pépiement des oiseaux ne scandait les vers qui s’élevaient vers le ciel. Trop éloigné pour en saisir le sens, je me laissais bercer par leur mélodie, qui parfois s’enflait tel un orage qui gronde puis retrouvait la douceur du murmure de l’eau cristalline. Tel un balancement tantrique, des ondes concentriques unissaient les membres de cette confrérie spirituelle. Un sentiment de paix profonde m’envahit.

Je ne recherche pas la compagnie de mes congénères – généralement, je la fuis, c’était d’ailleurs la raison de ma résidence dans ce coin isolé. Pourtant, ce jour-là, je ne pus me détacher d’eux et je restai, dissimulé à leurs yeux qui tous étaient tournés vers le poète. Celui-ci à un moment leur rendit la parole et ce fut un roulement de basse, puis des triolets féminins, un duo qui les fit rire… Enfin la belle rousse se lança dans une lente mélopée qui me bouleversa.

Longtemps plus tard je repartis, quand ils firent mine de se lever, le cœur empli de poésie et d’un sentiment tout proche du bonheur. J’avais été nourri par leur beauté, galvanisé par leur jeunesse, inspiré par le charisme du poète ; j’allais pouvoir noircir la page blanche qui m’attendait… pourtant, je n’avais rien entendu.

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