“Il ne savait pas que  pour les rois, le monde est très simplifié. Tous les hommes sont des sujets.” Le Petit Prince de Saint Exupéry
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Le rêve de Violetta Chap 9 La petite Violetta

Un matin, Jules Marcau qui commençait toujours ses visites par la patiente dont il était de plus en plus amoureux la trouva en larmes. Il osa enfin accomplir le geste qu’il rêvait depuis si longtemps de faire, il la prit tendrement dans ses bras sans dire un mot et la laissa poser sa tête sur son épaule rassurante. Sa bien-aimée put enfin articuler la phrase qu’il espérait entendre depuis la première minute où elle était entrée dans sa vie : « Ne m’abandonnez pas. » Le mariage fut célébré dans la plus stricte intimité, dans la chambre d’hôpital en compagnie de la mère de Chantal comblée de bonheur par cette renaissance. Jules promit à sa jeune épouse de lui offrir la vie dont elle rêvait et de ne jamais la retenir lorsqu’elle serait appelée à s’éloigner pour exercer sa profession. Ce qu’il ignorait c’est que Chantal n’avait pu se résoudre à se débarrasser de son pendentif et qu’elle le conservait précieusement, même si elle n’osait plus le porter.

Grâce à une intense période de rééducation et aux soins attentifs dont l’entoura son mari, Chantal put reprendre sa formation et fut engagée pour participer à de nombreux récitals sous l’œil admiratif de Jules, toujours présent au premier rang. Ce qui suscitait même des sarcasmes de la part des autres chanteurs qui n’osaient commencer la représentation avant que le « garde du corps » ne soit installé. Ils s’adressaient à elle en l’appelant « Madame Docteur » mais rien ne pouvait atteindre la jeune épouse qui souriait en permanence d’un air distrait. Elle n’était jamais réellement présente, sauf lorsqu’elle chantait et pouvait alors, en pensée, imaginer Giovanni à ses côtés, tous deux interprétant des personnages d’opéra qui n’étaient pas vraiment eux.

 

Le rêve de Violetta Chap 9 La petite Violetta

Une lettre de lui était arrivée à l’hôpital mais elle n’avait pas eu le courage de l’ouvrir de crainte de n’y découvrir que des voeux polis de prompt rétablissement. Pourquoi Giovanni ne s’était-il pas précipité à son chevet s’il avait encore des sentiments pour elle ? Cette unique missive lui faisait horreur mais elle n’avait pu la brûler et espérait être un jour capable de la lire.

Ce fut un grand bonheur pour Chantal de découvrir qu’elle était enceinte. Ce cadeau qui lui était fait allait la rendre à nouveau vivante. Elle allait se consacrer à cet enfant qui lui redonnait un avenir. Mais elle n’avait pas prévu le changement d’attitude qui s’opéra chez son mari dès la minute où elle lui annonça la bonne nouvelle. Il devint encore plus paternaliste et lui imposa dans la journée des moments de repos qui coïncidaient bien souvent avec les heures de répétition. Il fut d’une intransigeance totale et la jeune femme qui avait été si grièvement atteinte dans sa santé se fiait à ses conseils car elle ne voulait commettre aucune imprudence. Elle déclina donc certains engagements et se mit au tricot tout en écoutant beaucoup de musique. Elle savait que c’était bon pour le bébé qui pouvait percevoir les sons à travers la membrane de l’utérus et elle pensait reprendre son activité après l’accouchement. La fillette vint au monde sans problème et elle reçut le prénom de Violetta en souvenir de la Dame aux Camélias. Chantal qui avait rêvé avec Giovanni d’avoir une petite Violetta fut secrètement fidèle à cette promesse qui lui rappelait les jours heureux. Le bonheur de Jules était si grand qu’il ne s’opposa pas au choix de ce prénom dont la consonance italienne ne lui plaisait guère. Il aurait préféré Violette.

 

Le rêve de Violetta Chap 9 La petite Violetta

“Jules est un père si attentif ! Vous devriez le voir, il est tellement touchant lorsqu’il berce sa fille pour l’endormir. C’est lui qui se lève la nuit lorsqu’elle pleure et il me l’apporte après l’avoir changée.”

Cette enfant qui ressemblait tant à son adorable mère devint pour son père le centre absolu de toutes ses pensées. Il en était arrivé à déplacer certaines de ses interventions chirurgicales pour assister à une visite chez le pédiatre et il refusait de laisser le bébé à des mains étrangères. Il devenait très difficile pour la cantatrice d’accepter des engagements car elle ne pouvait assister aux répétitions.Cette vie de famille idyllique fut brusquement détruite un matin, au petit déjeuner, lorsque six mois après son accouchement, Chantal annonça à son mari qu’elle allait reprendre sa profession. Elle avait passé un arrangement avec sa mère qui garderait la petite trois fois par semaine. Il pourrait la déposer chez elle en allant à hôpital et elle-même passerait la reprendre en fin de journée. Toutes deux seraient donc à la maison lorsqu’il rentrerait du travail. La violence de la réaction de Jules fut telle que Violetta qui dormait au premier étage se réveilla en sursaut et se mit à crier. Mais les hurlements de son père couvraient sa voix. Il interdit à sa femme de laisser avec une “vieille femme” sa fille chérie. Jusque là, il s’était toujours bien entendu avec sa belle-mère de cinquante cinq ans qui était dotée d’un sens de l’humour tel que l’on oubliait bien souvent qu’elle était d’une autre génération. D’ailleurs, il n’y avait que dix ans de différence entre eux.Terrorisée, Chantal se réfugia dans la chambre du bébé et elle s’y enferma. Resté seul dans la cuisine, Jules eut le temps de reprendre ses esprits et il quitta la maison sans ajouter un mot. Il regrettait de n’avoir su se maîtriser mais il fallait qu’il soit clair dès le début: seuls ses parents pouvaient être responsables de la petite merveille et jamais elle ne serait confiée

à une autre personne. Il pensa qu’il pourrait peut-être s’arranger pour prendre des heures de congé dans la journée, ce qui permettrait à sa femme de participer aux répétitions lors de concerts. Mais il ne faisait que se donner bonne conscience car il savait pertinemment que même l’ordinateur le plus sophistiqué ne pourrait faire coïncider le plan de semaine d’un chirurgien appelé à intervenir dans l’urgence avec des répétitions de chant souvent fixées à la dernière minute et dont la durée n’était jamais prévisible. Pourrait-il faire attendre un accidenté de la route sous prétexte que Madame n’est pas rentrée de sa séance de vocalises? Elle devrait donc renoncer à cette idée et s’occuper de sa fille. Il les entourerait toutes deux de tant d’amour qu’elle renoncerait vite à ses ambitions. Le soir il rentra avec trois douzaines de roses magnifiques et il fut heureux de constater que la paix était revenue à la maison.Durant les sept années qui suivirent le Dr Marcau vécut comme un roi entouré de la princesse et de la reine. Rien n’était trop beau pour elles. Il tenait à ce qu’elles soient toujours très élégantes et les emmenait en vacances dans les palaces. Violetta devenait une fillette que tout le monde admirait car elle était aussi jolie que sa mère et elle était toujours souriante. Chantal semblait heureuse et ne paraissait jamais offensée lorsque le père partait seul avec sa fille en week-end ou au restaurant. Il était convaincu que ce genre de moments privilégiés allait construire une relation père-fille idéale et qu’ainsi la petite serait heureuse plus tard avec les compagnons dont elle saurait s’entourer. Mais bien sûr, il disait cela pour se justifier car l’idée qu’un homme puisse un jour lui prendre sa fille n’était pas de celles qu’il parvenait à formuler.

 

A suivre: Chapitre 10 Un chaton sur une échelle

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