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© 2021-2022 Naëlle Markham

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien. Edmund Burke
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Quelle que soit la foi qu’on accorde à la réalité historique des textes religieux, en soi déjà tissés d’anathèmes et de guerres, la bible relate des épisodes encore plus sombres : craignant l’avènement d’un roi qui contesterait leur trône, Pharaon d’abord, Hérode ensuite, déclenchèrent des massacres d’enfants. Dans les calendriers, selon les cultures, on fête le Jour des Saints Innocents au choix le 28 ou le 29 décembre.

 

 

À un moment donné dans ce passé très lointain, il y a eu probablement un (petit) fond de vérité dans ces histoires, et le mythe s’est amplifié au cours des époques.

 

 

Si l’espèce humaine existe encore dans cent ans, dans mille ans, que devront écrire nos descendants dans les livres d’histoire, dans les contes de croquemitaines, dans les mythes et légendes à propos de notre époque ?

 

 

« Il était une fois un monde si fou, si terrorisé par sa finitude, qu’un jour, à cause d’une maladie qui n’était de loin pas la peste noire, le choléra ou le typhus, ce monde décida une bonne fois pour toutes d’éradiquer cette maladie. Faisant fi de toute rationalité, de toute prudence, de tout effort de réflexion, il se lança dans une croisade contre ce virus inopportun qui le narguait en mutant tant et plus.

 

 

Alors qu’une partie de la planète circulait en roulant à gauche et l’autre à droite, alors que coexistaient des milliers de langues et d’alphabets, alors qu’ici on mesurait en mètres et litres et là en yards et gallons, tout d’un coup un consensus international inédit se créa autour de la maladie, poussant tous les gouvernements à entamer en chœur une série de mesures qui, au fil du temps, aboutirent à toutes les démesures les plus honteuses et tragiques.

 

Dans un temps absurdement court, une panacée illusoire fut découverte, hissée sur un piédestal corrompu : l’injection d’une thérapie génique censée conférer un bouclier indestructible à son porteur.

 

 

Las, après quelques mois seulement, des échos venant de tous les vents portèrent la nouvelle : l’injection, non seulement n’était pas un bouclier, mais de plus détruisait le seul bouclier véritable, celui qui se trouvait dans chaque corps humain. L’évolution l’avait fabriqué sur des milliers de générations, ce système de protection infiniment complexe, et il se révélait largement efficace contre toutes sortes de maladie, dont celle-là. De plus, l’injection, déjà incapable d’empêcher la survenue de l’infection et sa transmission, blessait les gens à court terme et plus tard, les rendaient vulnérables à toutes les pathologies qu’ils rencontraient.

 

 

L’arrogance des scientifiques, la cupidité des sociétés pharmaceutiques, la corruption et la bêtise des gouvernants avaient déjà fait beaucoup de dégâts, sans que cela ne les arrête. Désespérés de voir dénoncée leur forfaiture, dans une éperdue fuite en avant, ils mijotèrent une énième riposte dans la lutte contre la maladie. Ils se serviraient des bambins comme bouclier ultime.

 

 

Aussitôt dit, aussitôt fait : sourds à toutes les alertes et alarmes au sujet de la santé des petits, ces « in-humains » décidèrent d’injecter d’abord les jeunes, puis les enfants. Leur plan fut mis en place vers la fin de l’année, avant les fêtes de Noël et le Jour des Saints Innocents. Des slogans nauséabonds virent le jour, comme dans le pays du chef de la chrétienté : « Un vaccin, le plus cadeau de Noël pour les enfants ».

 

 

Beaucoup de parents protégèrent leurs enfants, les éloignant des lieux où ils risquaient d’être injectés, même sans leur consentement. Mais d’autres parents, embrigadés, hypnotisés, déposèrent leurs enfants sur l’autel des marchands du temple, dans l’espoir vain de conjurer une malédiction inexistante.

 

 

Certains enfants ne se relevèrent pas de l’autel, morts pour le veau d’or, certains en réchappèrent, mais furent marqués à vie dans leur chair et leur âme, d’autres survécurent, mais succombèrent sans progéniture, leurs corps devenus des champs stériles. »

 

 

Y aura-t-il un jour dans nos calendriers du futur, une date où on honorera, pour ne pas les oublier, pour ne plus jamais faire « ça », le « Jour du massacre des Innocents » ? Êtes-vous prêts à supporter cela, à l’imaginer, tout en regardant, en cette nuit de la Nativité, vos enfants innocents dormir, bercés par la confiance qu’ils ont en vous ?

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