Créé le: 04.08.2026
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Le désert refleurira

FictionAventure botanique 2026

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© 2026 a Thierry Villon

Le vol LY324 d’El Al, venant de Paris, s’est posé à 20 heures sur l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Devant le miroir de sa chambre d’hôtel, il se découvre une mine encore plus épuisée qu’à l’ordinaire. Il peut sentir son cœur s’affoler, quand il s’entend dire à voix haute : combien de temps?
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Oui, il a bien fallu que je me la pète, que je me prenne pour un écrivain, que je me vois en Céline Louis-Ferdinand, ou en Steinbeck que je n’ai jamais lu. Oui, parce que des fleurs, j’en ai dans mon jardin qui n’a qu’une vague ressemblance avec celui de Claude Monet.
J’ai un étang minuscule certes, mais capable de fournir des fleurs de nénuphars à défaut de fleurs de lotus. J’ai aussi un peu d’herbe, qui se couvre de fleurs printanières, pâquerettes, marguerites, myosotis, mais surtout, je dois bien l’avouer, de fleurs de pissenlits.
Quelque part, dans un coin, j’ai même vu une fleur magnifique sur une tige étonnante : le chardon, piquant, impossible à arracher, une race damnée pour le jardinier. Mais quand vous voyez ce qu’il arrive à vous faire admirer, chapeau l’artiste : la fleur du chardon est une merveille, même si depuis l’épidémie de Covid 19, elle a perdu de sa superbe. Au cas où personne ne voit l’allusion, elle ressemble à s’y méprendre à la représentation du virus qui nous a tous concernés durant quelques temps.

Mais bon, les mauvaises nouvelles sont récurrentes, par exemple, si on a oublié le fameux virus, on a récolté les canicules à répétition. Étant gosse, quand on avait une température de 30°, nous étions ravis d’avoir un après-midi de congé, pour cause de forte chaleur. Aujourd’hui, il semble que nous allons tous mourir dès cette température, de soif peut-être mais ça se soigne, ou alors de déshydratation, parce que passé un certain âge, c’est fou ce qu’on peut être fragile et prédisposé aux malaises, à la crise cardiaque et aux sueurs froides, même un jour de canicule.
Bon, je reviens à la botanique, parce qu’il le faut bien, que c’est le but qui m’habite depuis quelques mois, soit depuis qu’il est question d’en faire un concours que j’adore, comme chacun le sait. Donc, il a bien fallu que je me prenne pour un qui sait écrire, messieurs dames, admirez le talent. Sorti des quelques notions que j’ai surtout sur les fleurs, ayant commercé des objets décorés avec des fleurs, je ne sais que ce qui pousse dans mon assiette, à savoir les légumes : tomates, non c’est un fruit pardon, les salades, les herbes de Provence, basilic, persil, ciboulette, les herbes aromatiques : la menthe, la verveine et c’est à peu près tout. Bien sûr, si je voulais impressionner les foules, j’ajouterais la collection de thés que je cache dans mon armoire, sans oublier la pharmacopée d’huiles toutes aussi essentielles les unes que les autres. Je compare souvent ces dernières aux accessoires et outils de bricolage, pourquoi donc, dis-le nous ! Oui, je me suis aperçu qu’à chaque fois que vous voulez vous en servir, il vous manque toujours celle dont vous avez besoin pour le mélange ad hoc, tout comme quand vous bricolez quoi que ce soit, il vous manque toujours la vis, la rondelle, l’outil, absolument indispensable à la réussite de l’opération.
Donc, me croyant malin, j’ai plongé dans un projet très botanique, qui s’intitulerait “le désert refleurira”. Oui, en effet, je trouve ça bien, de partir d’une citation de haute provenance, comme celle d’un prophète des temps anciens, un qui a marqué son époque. Et me voilà parti dans une histoire à tiroirs, d’un bonhomme qui atterrit à Tel-Aviv, angoissé comme pas deux par une nouvelle fracassante venue d’un lointain laboratoire parisien, lui signalant qu’il risque d’avoir attrapé une grosse maladie, à la naissance pardon. Ce n’est pas parce qu’il a trop bu, trop fumé, ou abusé de substances illicites, non pas du tout, c’est l’un de ses géniteurs, monsieur ou madame, qui lui aurait donné ce qui n’est au début qu’un épais mystère, façon de faire monter le suspense. Oui, parce que, pour que vous tourniez les quelques pages de ce texte, il faut bien que vous soyez motivés.
Ensuite, il y aurait la visite d’un gîte. Ah! Oui, ce gîte a tout pour plaire. De un, il a été proposé à ce pauvre homme, directement dans l’avion d’ElAl par, tenez-vous bien, un RAV. Vous savez ce que c’est un RAV, sans tricher, sans vous précipiter sur Google, Chat machin-chose, ou votre I.A. favorite qui vous recrache tout ce qu’elle trouve dans le gros cerveau de l’humanité. Alors, je vous la fais courte : un RAV, c’est tout simplement un rabbin de confession juive. Et ce brave religieux à la face hilare, sympathique et très au fait de l’angoisse de son voisin du siège d’à-côté, à savoir le bonhomme cité plus haut, lui propose donc un gîte, pas n’importe quel gîte, pas n’importe où, et de deux.
Il s’agit d’une ancienne grotte naturelle, située dans le flanc d’une colline de la région de Beer-Sheva. Les petits malins l’ont aménagée, en la transformant en un appartement confortable avec une vue imprenable sur une plaine infinie du désert du Néguev. Le bonhomme est bien, il se détend, il fait connaissance avec l’hôtesse du lieu, une jeune femme qui lui concocte des petits plats de légumes de son jardin sous serre et lui raconte un peu sa famille. Il y a une soeur très malade qui vit dans la région avec son mari et leur mère, veuve depuis le 7 octobre 2023, triste journée s’il en fût.
Le bonhomme prend ses repères et surtout gamberge, c’est ce qu’on fait d’ordinaire, quand on est dans un coin perdu, en retraite, obligé de penser à soi et surtout à des choses qu’on a fuies toute sa vie. Lui, il était photographe, il a bien roulé sa bosse et atteint une certaine réputation qui lui a permis de bien vivre. Seule ombre au tableau, il a été plaqué un jour de printemps par la belle qu’il avait rencontrée, en faisant des photos dans une fête des étudiants de l’école de Botanique de Paris, sise tout à côté du Jardin des Plantes. Remarque, toi qui suis l’affaire de près, que je reste très raccord avec le sujet du concours, ce qui n’est pas donné à tout le monde, puisque dans les compétitions, quelles qu’elles soient, il n’y a que le vainqueur qui coche toutes les cases, aux yeux du jury chargé de trouver la perle rare dans la foule des prétendants.
Cette minute de répit publicitaire étant passée, je scrolle un peu plus vite, à cause du compteur de signes qui m’indique que j’aurai fini mon quota, sans être arrivé à la conclusion, ce qui serait dommage pour tout le monde.
J’enchaîne donc sur la scène dans laquelle, le bonhomme qui se trouve à regarder des séries de photos exposées dans le cadre de la baie vitrée qui ouvre sur la plaine infinie citée plus haut. Il est photographe, donc son oeil est habitué à scanner les détails. Un des clichés montre des personnes qui portent des bouquets de fleurs rouges dont la plaine est recouverte. Dans ce groupe se trouve une femme avec un enfant dans les bras. La femme lui rappelle quelqu’un. Il murmure : “Non, c’est impossible !”
J’arrive au sommet du suspense avec cette question : mais qui est donc cette femme ? Vous allez l’apprendre, puisqu’il s’agit de la mère de…qui se trouve précisément être…non c’est trop tôt ! C’est vrai, j’avoue qu’il me fallait une petite pause, manière de reprendre des forces pour aller au bout de cette histoire. Qu’on se rassure, je n’use d’aucun produit illicite comme certains le font malheureusement pour eux et leur art. J’avais juste besoin d’un thé, d’un peu de confitures d’oranges sur du pain et me voilà reparti.
Si j’avais su que c’était si difficile, peut-être que j’aurais passé mon tour. Mais donc, voilà que la sœur malade débarque au gîte en pleine crise, pas n’importe laquelle. Elle est diagnostiquée avec le syndrome de Ehlers-Danlos, une terrible maladie capable de détruire n’importe qui. Comme notre bonhomme, reconnaît clairement ses propres symptômes, il ne dit pas : “Non, c’est impossible comme plus haut, mais comment est-ce donc possible ?” Le syndrome les rapproche, ils sympathisent, elle lui avoue que son mari, lui reproche en privé d’être tout le temps malade, mais donne, quand il y a du public, l’impression d’être aux petits soins avec elle. Toxique le type, qui prend aussitôt en grippe le locataire de la grotte, d’autant que sa femme et lui passent du temps sur la terrasse qui domine la plaine.
Ceci pourrait apparaître banal aux yeux d’un observateur non averti, mais ce fait a une importance capitale. Figurez-vous qu’ils attendent tous les deux la floraison des anémones rouges qui ne vont pas tarder à couvrir la plaine de leur couleur sanguine. Pourquoi cet intérêt pour cette fleur ? Parce qu’elle est l’unique variété de cette couleur à pousser dans cette région du Sud d’Israël qui en a fait sa fleur nationale, la protégeant de la cueillette, tout en encourageant des festivals dans la région.
Jusque là, rien de très passionnant, si ce n’est que la pauvre femme atteinte du terrible syndrome de Ehlers-Danlos s’est aperçue que cette floraison lui faisait plus de bien que tous les calmants qu’elle avalait le reste de l’année. Serait-ce la couleur rouge qui calme son problème ? Serait-ce le parfum que la fleur dégage ? Non, elle n’a aucune odeur ! Mais qu’est-ce qu’il reste, s’est longtemps interrogée sa mère qui travaille en plein désert, dans une station d’essais agricoles, avec usine de dessalement de l’eau de mer pour arroser les plantes. Faire du sel avec de l’eau de mer, facile, on fait s’évaporer l’eau et il reste le sel. Mais que faire pour avoir de l’eau douce à partir de l’eau de mer ? On la passe dans une multitude de filtres, dans des systèmes qui la rendent si pure qu’il faut ensuite lui rajouter des nutriments, pour qu’elle serve à quelque chose.
Donc la question reste, qu’est-ce qu’elle a cette anémone rouge, à part de donner de belles photos et de refleurir le désert chaque année ? Et bien, la mère chercheuse a pensé faire un médicament à base du pollen que cette fleur produit en abondance. Mais elle n’est pas encore arrivée au but de guérir sa fille chérie de son syndrome.
J’ai bientôt dépensé mon quota de caractères, alors j’abrège, je condense, je résume et révèle le tout. La mère débarque au gîte avec sa fiole de mixture miracle, manque de la laisser tomber au moment où elle reconnaît dans le nouveau locataire le photographe qui lui a tiré le portrait au Jardin des Plantes de Paris des années plus tôt, qui la mise enceinte par mégarde et qu’elle a quitté sans prévenir, pour le laisser à sa gloire photographique.
Séquence émotion, le photographe ne s’y était pas trompé en la reconnaissant sur une photo. Il apprend aussi que la pauvre malade se trouve être sa propre fille, ce qu’il ignorait, juré craché. Des sentiments ambivalents traversent les personnages, faits de rancune et d’incompréhension. Le labo dans la grotte reprend du service pour améliorer le médicament. Grâce au photographe locataire, la mère comprend que l’élément dans le mélange, c’est la fleur noire au milieu de chaque bouquet, un lys noir. Serait-il possible qu’un peu de principe actif de cette fleur donne son efficacité définitive au médicament contre le syndrome ? Cela s’avère exact, mais le mari toxique vole le médicament dans le labo, menace de le jeter dans le vide, si sa belle-mère l’offre à son ex amant pour le récompenser de sa trouvaille. L’affreux veut qu’il paie une grosse somme pour l’avoir. C’est alors que le photographe reçoit de Paris un appel, lui annonçant que, même si ses analyses sont alarmantes, elles ne montrent pas de Syndrome Ehlers-Danlos.
On finit par se réconcilier autour d’une bonne bouteille de rhum arrangé, car tout s’arrange avec du rhum, comme le dirait Hemingway.
Le lendemain, le photographe quitte Tel-Aviv par le premier avion et rit encore de cet enfant qui courait dans la plaine couverte d’anémones rouges en criant : “Maman n’a pas cinq drones, maman n’a pas de l’air dans l’os.”

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