09.05.2020 16 0 Le corps

Fiction, Nouvelle, Polar

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© 2020 Kurt Fidlers

Un corps est retrouvé sur la plage, à la vue du cadavre, l'inspecteur dépêché sur place est pris d'un malaise.
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Le vent du Nord s’est levé. Il pousse des vagues tumultueuses dont les rouleaux viennent mourir sur une plage que les aoutiens ont désertée depuis plusieurs mois.

L’air, empreint de senteurs salines, se mêle au parfum minéral des falaises abruptes qui s’étendent à la lisière du sable fin.

A quelques mètres du rivage, un corps nu est balayé par le ressac que la mer a recouvert d’un linceul d’écume.

Un chien vient le renifler sous les yeux exorbités d’effroi de son maître qui reconnaît Hilde, la tenancière du bistrot. Affolé par cette découverte, le promeneur retourne au village prévenir les autorités.

Très vite, un inspecteur est dépêché sur place qui, à la vue du cadavre, est envahi d’un malaise.

Coiffé de son chapeau, il inspecte la scène de crime et lorgne en direction des escarpements rocheux où se sont massés des habitants de Dune-les-Pins, dont il ne peut s’empêcher de maudire la curiosité malsaine.

Le policier, attentif au moindre détail malgré un esprit embrumé par les vapeurs d’alcool de la veille croit reconnaître une silhouette parmi la foule.

Clara.

Il hésite, les mains tremblantes sous le coup de l’émotion, tandis que la vague réminiscence d’un fantôme du passé s’évanouit. Et, pour accentuer l’étrangeté de la scène, sous la menace d’un terrible orage, les premières notes de pluies s’abattent sur les parapluies s’ouvrant crescendo, faisant naître un souvenir confus chez l’enquêteur.

Il se revoit ivre, jalonner les ruelles ténébreuses avant de s’effondrer dans une arrière-cour, avalé par le trou noir de l’inconscience. Quand était-ce arrivé ? Il ne s’en souvient plus.

Habituellement sans histoires, Dune-les-Pins voit gonfler la rumeur, attisée par le titre de la manchette du lendemain : « Une habitante étranglée sur la plage ».

Les ragots du village n’inquiètent pas le policier qui continue de fureter, remontant le fil des petits cailloux semés par l’assassin, sans réussir à s’affranchir des images qui l’obsèdent depuis la veille.

Alors qu’il arpente les ruelles, elles lui reviennent sous les traits de sa Clara et son visage figé par un rictus de stupeur mêlée à l’horreur de l’instant où tout avait basculé dans le chaos. Il observe ses mains tremblantes, vacille et vomit un flot de bile dans le caniveau.

Quelque part au bord de sa folie, son esprit ne peut refouler l’effroi suscité par le regard de Clara, et inévitablement, celui- ci l’amène sur une autre vision : il gît sur le pavé froid et humide d’un bistrot quelconque.

Au-delà de son état comateux, il réussit à distinguer un visage souriant qui vient à sa rescousse alors qu’il tente vainement de se reprendre. Elle l’aide, et lui, doté du sentiment indicible que les réalités se superposent, ne peut s’empêcher d’éprouver un élan de tendresse pour cette illusion qui lui rappelle Clara. Il tente de l’embrasser, mais elle le repousse.

Tout devient alors subitement nébuleux.

Ce n’est qu’en reprenant ses esprits qu’il découvre ses pieds recouverts d’un sable froid et humide.

Mais qu’avait-il donc fait ?

 

 

FIN

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