Créé le: 11.12.2013
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Le chagrin des roses

Auto(biographie)

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© 2013-2021 Thierry Villon

A toutes ces fleurs venues de loin
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Le chagrin des roses

Elles avaient débarqué quelques heures plus tôt, toute pimpantes dans leur emballage cellophane. Elles venaient de loin, les colorées, les blanches, les noires. Toutes se réjouissaient d’apporter du soleil à un monde nouveau, peuplé d’inconnus, de jeunes et de vieilles. L’envie de se faire admirer était si forte qu’elles offraient sans vergogne leurs pétales à la vue de tous. La pudeur n’est pas de mise, quand la vie est si courte et qu’il faut la vivre à toute vitesse.

Aussitôt exposées dans cette vitrine de quartier, elles ont bien vite compris qu’elles allaient être séparées les unes des autres pour toujours, que jamais elles ne reverraient leur terre chaleureuse ni ne sentiraient sur leurs pétales la douce caresse de la brise du Sud.

Après l’excitation du voyage et toutes ces émotions nouvelles, elles auraient dû pouvoir se reposer un peu, leurs tiges alanguies dans une eau à température idéale. Au lieu de cela, des mains pressées les sortaient des vases, les y reposaient, pour les reprendre encore, impossible de souffler ! Être séduisantes, c’est tout ce qu’on leur demandait. Les commentaires fusaient dans la boutique :

– Est-ce que celles-ci conviendraient pour un mariage ? – vous n’y pensez pas, ça porte malheur !

– Et pour le gentil monsieur, c’est toujours des roses rouges qui font tant plaisir à madame ?

– Je te dis que ta mère se contentera de ces trois-là. On est archi-fauché. Ce n’est pas de ma faute si son anniversaire tombe en fin de mois.

– Si elles vont tenir longtemps ? une qualité pareille, vous pouvez les garder deux bonnes semaines, à condition de leur changer l’eau.

 

La journée se passe. Le soleil décline. On ferme boutique et les lumières s’éteignent.

Dans un vase de grès mauve, la rose solitaire songe à la serre où elle est née. La nostalgie la prend, sans prévenir. Elle repense à ces longues allées de terre riche d’où elle est sortie, parmi des milliers d’autres. Dans le silence obscur, il lui semble entendre encore le chant des ouvrières qui l’ont bichonnée jour après jour, leurs murmures admiratifs avant le grand départ. C’en est trop, elle ne parvient plus à retenir sa tristesse. Au cœur de la nuit, son cœur trop lourd se lâche en sanglots silencieux.

Une voix enfantine la réveille, la lumière du jour l’éblouit soudain, elle entend :

– Maman, maman, regarde celle-ci a une grosse larme dans ses pétales.

– On appelle ça une perle de rosée, ma fille.

Commentaires (2)

Starben CASE
11.11.2016

Merci de partager avec nous la poésie du quotidien

We

Webstory
03.05.2015

Une jolie préface qui apporte une autre dimension à l'histoire des roses

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