À Trou-en-Brouette, les mouettes disparaissent sans prévenir, déclenchant l’enquête un peu douteuse d’un cercle d’ornithologues en coupe-vent. Entre hypothèses absurdes et révélations suspectes, une affaire bien plus ridicule qu’il n’y paraît se trame… mais les mouettes, elles, savent.
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Au port de Trou-en-Brouette, les mouettes avaient disparu un mardi à 11 h 17, juste après l’explosion accidentelle d’un stand de churros. Depuis, plus un cri, plus une plume, plus une fiente stratégique sur les touristes en bermuda. Le ciel semblait vide, comme un aquarium sans poissons ou une réunion municipale sans petits fours.
Pour résoudre ce mystère, le maire convoqua le Cercle Ornithologique Local, plus connu sous le nom de « C.L.O. », ce qui prêtait à confusion avec le Club des Amis de Claude François. Ainsi, le soir même, douze retraités équipés de jumelles, de coupe-vents beiges et de biscuits secs envahirent la salle des fêtes.
Le président du cercle, Gérard Lagrume, ancien professeur de technologie et champion régional de bilboquet, prit la parole.
— Mes amis, les mouettes ne disparaissent jamais sans raison. Elles sont comme les beaux-frères : envahissantes, bruyantes et difficiles à éloigner.
Un silence grave suivit cette remarque scientifique.
On établit rapidement plusieurs hypothèses.
La première accusait les éoliennes offshores d’avoir « dévissé les oiseaux ». La seconde prétendait que les mouettes avaient migré vers l’Espagne à cause de la hausse du prix des sardines. Quant à Josiane, qui faisait de la réflexologie sur chiens à domicile, elle soutenait que les mouettes étaient des projections astrales créées par le gouvernement belge.
Mais tout bascula lorsqu’un marin entra dans la salle en criant :
— J’en ai vu une !
Panique générale. René renversa son thermos. Mireille fit tomber un cake aux olives. Gérard ajusta ses jumelles… à l’envers.
— Où ça ? demanda-t-il.
— Sur le vieux phare !
Le cercle entier se précipita hors de la salle dans un désordre de chaussures orthopédiques et de lampes frontales. Ils traversèrent le port en file indienne, poursuivis par un caniche surexcité.
Arrivés au phare, ils découvrirent effectivement une mouette. Immobile. Solennelle. Elle portait même quelque chose autour du cou.
— Un message ! souffla Gérard.
René grimpa l’escalier du phare avec la grâce d’un sanglier enrhumé. Arrivé au sommet, il attrapa l’oiseau… qui se révéla être un drone de surveillance décoré avec des plumes.
Au même instant, un rire démoniaque résonna derrière eux.
C’était Gilbert Chausson, propriétaire du casino « Le Pélican Fringant ».
— Oui ! C’est moi ! hurla-t-il. J’ai fait fuir les mouettes avec des ultrasons !
— Mais… pourquoi ? demanda Josiane.
Gilbert éclata d’un rire si violent qu’il dut utiliser sa Ventoline.
— Parce qu’elles volaient les crevettes de mon buffet à volonté !
Le cercle resta figé.
— Vous avez provoqué une catastrophe écologique… pour des crevettes ? murmura Gérard.
— Des crevettes premium ! corrigea Gilbert.
Soudain, un grondement monta du ciel.
Tous levèrent la tête.
Des centaines de mouettes apparaissaient à l’horizon. Elles revenaient. Mais pas seules.
Derrière elles avançait un immense chalutier espagnol rejetant des tonnes de poissons invendus. Les mouettes plongèrent sur le port dans un chaos apocalyptique. En quelques secondes, Gilbert reçut un maquereau sur le crâne, René perdit son béret et Mireille se fit voler son cake aux olives en plein mouvement.
Gérard, lui, contempla la scène avec émotion.
— Elles sont revenues…
Une mouette se posa alors sur sa tête et lui vida consciencieusement ses intestins sur l’épaule.
Il sourit.
— La nature guérit toujours.
Le lendemain, le Cercle des Mouettes Disparues fut officiellement créé. Ses membres se réunissaient chaque jeudi pour observer les oiseaux et raconter, pour la centième fois, « l’affaire des crevettes premium ».
Personne ne les croyait vraiment.
Sauf les mouettes.
FIN
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