Créé le: 26.05.2023
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La valse aux souvenirs

Nouvelle

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© 2023-2024 Mary Cerize

"La vie a du sens...tant qu'on la laisse nous surprendre ! " Antonna Villier, 42 ans, varrapeur
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En sifflotant, je flâne sur les points bas de Savièse à plus de 515 mètres d’altitude. Pour contempler l’hameau de Vuisse, offrant une vue panoramique à couper le souffle. Surtout au travers de mon appareil photo vintage, il m’avait été offert par ma défunte grand-mère Milie. 

 

Je respire à pleins poumons l’air printanier qui me berce agréablement, tout en observant chaque détails créés par Mère Nature. Cela titille ma curiosité alors je m’empresse de sillonner les points culminants du massif de Wildhorn. Ce dernier est situé à plus de 3’176 mètres d’altitude. Je range précieusement mon appareil photo dans mon sac à dos, puisque j’ai immortalisé de belles fresques d’émotions natures. 

 

Maintenant place à mon instinct de varappeur, que j’ai acquis grâce à l’âme aventurière de mon père Sergio vivant à présent à Cuba. Je souhaite me rendre à la gare de Pas du Maimbré, pour prendre la télécabine menant à Anzière. Cela va raviver de bons souvenirs d’enfance, que j’ai eu avec mon paternel. Car on se posait souvent à cet endroit, où nous refaisions le monde en parlant sur divers sujets. Tout en grignotant des petits-beurre accompagnés d’une gourde de tisane au tilleul.

Hmmm…je me rappelle encore de leur odeur beurrée, délicieuse et délicate. Car c’était ma mère Suzy qui les préparait et les mettait dans cette boîte en métal avec des charnières. Elle le faisait avant d’aller s’occuper des animaux de la ferme, une vraie fermière au coeur tendre. Paix à son âme, je sais que de là-haut elle est fière de moi et que chaque jour je pense à elle…

 

Le fait de m’avoir remémoré ces bons instants, cela m’a motivé à débuter mon escalade. Je m’extasie en sentant une poussée d’adrénaline en escaladant ces masses rocheuses, les gouttes de sueurs déperlant sur mon front sous mon casque de protection. Je me sens à cet instant libre, telle une renaissance d’un nouveau moi qui s’émerveille et s’éveille. Mais je me sens minime face à l’ampleur de cet endroit si mystique. Je parcours plus de 126 kilomètres pour joindre la fameuse gare. Bien que je sois essoufflé, je me félicite de ce chemin de titan parcouru. Et oui, je me lance des fleurs cela doit être mon égo qui se manifeste sans doute.

 

Le temps de me poser est arrivé, je m’assoie sur le banc usé face au sommet de Wildhorn, une légère bise s’invite en me caressant le visage. Je ferme les yeux pour ressentir pleinement ce moment d’apesanteur, qui me submerge au plus profond de mon être. Puis soudain, quelque chose vient frôler ma cheville droite. J’ouvre doucement les yeux en orientant mon regard vers mes pieds. Je saisis entre mes mains, un bout de papier peint vintage froissé. Sur ce dernier, il y a un dessin regorgeant des énergies particulières qui me donnent la chair de poule. Alors je le déplie délicatement pour mieux l’apercevoir, et pour aussi savoir ce qu’il représente. Une inscription est notée à l’encre noire, en bas de la feuille, je la lis à voix basse : 

« Amour & Psyché » d’ E.F.

 

En ce long moment suspendu, je ne sais pourquoi je suis ému aux larmes. Certainement due aux détails pointilleux de ce dessin, puisque je ressens la subtilité, l’intensité. Et le coup de crayon est précis et remarquable. Allez savoir pourquoi cette feuille errante au beau milieu de ce coin paradisiaque et serein ? Appartient-il à un ou une touriste ? Ou plutôt à un berger passionné d’art de passage dans le coin ? Que sais-je ! 

 

De nature, je en suis pas quelqu’un qui s’approprie ce qui en lui appartient guère. Mais là c’est différent, disons que je ressens un magnétisme avec ce présent…oui, pour moi c’est un présent qui n’a pas croiser mon chemin par hasard. La télécabine est arrivée, je monte à l’intérieur en continuant d’observer le paysage subliminal que je survole au côté d’une femme. Cette dernière me regarde avec son air attendri. Elle me fait penser à Psyché, y a comme un faux air. Je lui souris, elle fait de même, ce qui nous pousse à entamer une conversation :

 

-Viola enchantée. Et vous êtes ?

Antonna ravi également.

C’est la première fois que je vous vois dans les parages. Vous venez d’emménager ?

Non, je suis né à Savièse. Et vous ?

Je vois. Oh moi, je suis d’ici et d’ailleurs. Cela fait longtemps que vous faites de la varappe ?

-Depuis mes 16 ans environ. J’en ai 42 aujourd’hui et j’aime toujours autant ça !

Cela se sent. Vous savez, renaître est une belle chose que l’on puisse faire pour soi. Et ce, qu’importe ce qu’on endure dans la vie…

 

Je reste bouche bée face à l’énergie que dégage Viola, c’est la première fois que je tombe sur une femme aussi gracieuse et surprenante. Ce qui n’a été le cas lors de mes précédentes relations. Mes anciennes conquêtes ne lui arrivent pas à la cheville, ça je vous le dis. Nous papotons comme si nous étions des amis de belle lurette, j’en oublie même ma destination de départ.Car Viola est intéressante, si vive d’esprit, une vraie pipelette, je bois ses paroles comme un rare nectar. La télécabine s’arrête à Vex, Viola m’invite à la suivre afin de faire un bout de chemin ensemble. 

 

Je ne connais pas cet endroit, alors Viola s’est proposée d’être mon guide. Tout en marchant, elle me parle de son jardin secret et exquis à la fois, une sorte de lieu qu’elle bichonne à souhait. Maintenant que j’y pense, j’ai une sacrée dégaine à ses côtés, on dirait que je suis sorti tout droit d’une émission d’aventure avec Mike Horn. Tandis qu’elle, on dirait une déesse bohème. Mais ça n’a pas l’air de la déranger ma dégaine apparemment, puisqu’elle me tient la main en arrivant à la gare de Vex. La télécabine avait fait une halte avant d’ouvrir les portes aux passagers, nous en descendons en faisant quelques pas puis nous nous arrêtons. Le regard noisette de Viola scintille, j’oriente le mien vers ce qui la scotche littéralement : la Tour Tavelli. Bien que nous la voyons de loin, sa splendeur nous émerveille. 

 

Nous reprenons notre marche, Viola m’explique qu’elle a un pied à terre non loin de ce monument emblématique. Mais avant de s’y rendre, nous devions traverser le pont de Riva, à quelques pas de la gare de Vex. Encore un endroit qui m’est inconnu, Viola me le fait découvrir en fredonnant l’air de la chanson de Richard Marx « Angelia ». Le timbre de sa voix est suave et envoûtant, elle m’entraîne dans son délire de chant improvisé. Même si l’anglais et moi ne sommes pas liés,  Viola est entreprenante et sait tout à fait m’initier au lâcher prise. Bien qu’elle me devance en effectuant des pas échaloupés, ce qui me fait rire alors j’en fais autant. À croire que je ne suis pas le seul à émerveiller son âme d’enfance, et que chaque parenthèse enchantée est une occasion pour l’éveiller. Je me sens alourdi par ma combinaison de varappeur, mes pas chaloupés sont moins gracieux que ceux de Viola, mais cela ne me freine pas dans  mon enthousiasme. Je regarde aux alentours ce qui nous entoure : ce pont en forme d’arc en béton armé, au milieu d’une forêt dense et immense, le chant des moineaux l’enchante, des chemins qui se forment à base de branches d’arbres et de feuillages aux couleurs printanières, une ambiance humide et chaleureuse qui caractérise ce lieu. Encore une fois, je reste sans voix…

 

Nous avons parcouru 7 kilomètres pour atteindre le cocon secret de Viola, au travers d’une passerelle en bois de chêne. Et là….je tombe des nues ! 

Face à l’étendu du champs de vignes qui appartient à Viola et son fils adoptif Mory. 

-Bienvenu dans mon entre…Antonna….

 

Je souris niaisément en retirant ma combinaison, je me sens à nouveau léger malgré que ma salopette soit un peu trempée à cause de ma transpiration. Je la range rapidement dans mon sac à dos.

 

-Tu peux laisser ton sac près du portail. T’en fais pas, tu ne crains rien ici. 

 

J’emporte juste avec moi, ma boîte de petits-beurre et le dessin. Face à moi Viola tourne sur elle-même en chantonnant un autre air. Son fredonnement me donne des frissons, Viola se laisse aller de tout son long sur un lit de raisins blancs. Je fais de même, la sensation que des grappes éclatent sur le dos est très spéciale. Cela me fait le même effet que lorsque j’éclate du papier à bulles, vous savez. Nos regards s’orientent vers le ciel illuminé par de jolis rayons de soleil, en arrière plan l’apparition d’un bel arc-en-ciel qui nous plonge dans une atmosphère féerique. Viola pose sa tête joufflue sur mon torse, du bout des doigts je caresse sa tignasse dorée qui sent bon la fleur de sureau :

 

-Oh mère, je vois que vous êtes en charmante compagnie. Encore…

s’écrit la voix grave d’un jeune homme qui s’approche.

 

-Oui fils. Et ce n’est pas demain la veille, que cela risque de changer. Viens donc te joindre à nous, afin de profiter de cet bel aprèm. 

répond Viola en enfilant ses doigts fins en ma chevelure rousse bouclée. 

 

L’ombre de Mory plane au-dessus de nos têtes, je me lève pour lui serrer la main. Un grand gaillard mesurant un mètre nonante, muni d’un panier en osier bien garni. Il s’installe en tailleur entre moi et Viola en ouvrant le panier, j’y vois de bonnes choses qui font gargouiller mon estomac : des tranches de pain de seigle, du lard aux herbes, de la tomme Tourbillon, une bouteille d’Humagne blanc, une tourte aux noix. Viola se lève à son tour pour baiser le front de son fils. Il me fait penser à un masaï, ensuite elle dispose la couverture avec des motifs d’Edelweiss au sol. Une fois que tout est installé, nous attaquons ensemble le festin. Je n’avais rien avalé depuis la veille au soir, imaginez bien que je n’ai pas fait la fine bouche devant autant de mets alléchants. 

 

La fin de journée s’annonce par le chant de cornes de brumes, que l’on entend en écho depuis la Tour Tavelli. Tout en dégustant quelques gorgées du vin blanc dans des coupes en crystal, nous écoutons avec attention les vibrations de ces instruments ancestraux qui nous transporte. Je constate que Mory semble ailleurs, voire même perdu dans ses pensées. Son regard est fixe et vide, et ce même si Viola me tend de généreuses tranches de lard que je prends le temps de mâchouiller. Mory saisit entre ses mains le dessin « Amour & Psyché », il l’effleure au creux de la  paume de sa main :

 

-C’est le seul souvenir de toi qui me reste…cette abondance d’amour, que tu as dessiné et qui représente la gratitude…ainsi que l’affection que je te porte. Tu m’as élevé en croyant en moi, cette force tu me l’as léguée avant ton départ parmi les anges…tu étais si belle et captivante que Psyché…cela ne m’étonne pas que tu l’aies illustrée sur ce magnifique portrait regorgeant tant d’émotions….à l’heure d’aujourd’hui, le mot « aimer » a un autre sens, depuis…depuis que tu n’es plus…tout comme ce baiser brut et marbré illustré sur ce dessin….tes lèvres avaient le goût du paradis amer…j’ai aimé y goûter plus d’une fois, car j’ai eu foi en nous…et en notre histoire, ma douce et divine Silane…des cieux je sais que notre amour restera éternel…

 

Viola s’empresse de le serrer dans ses bras, Mory pose sa tête sur son épaule. Tandis que moi je suis en retarit, je suis à cet instant un simple spectateur de ce qui se produit sous mes yeux. Mais je ne cache pas le fait que j’ai été toucher au plus profond de moi. De plus, il pluvine alors nous remballons rapidement nos affaires pour aller s’abriter dans leur gîte. L’orage gronde, à pas pressants on entre dans leur habitat,les lumières tamisées des lampadaires suspendus au plafond donnent une atmosphère particulière. C’est cosy à l’intérieur il fait bon vivre. En plus d’être un gîte coquet, il y a de nombreux tableaux d’art abstrait qui sont accrochés au mur. De plus la déco est une croisée entre la modernité et l’antiquité. 

 

Viola s’éclipse dans la kitchenette pour nous préparer du vin chaud, je reste avec Mory au salon. Un tête à tête peu bavard, étant très observateur, je vois les yeux marrons clairs de Mory noyés dans la tristesse. Ma bienveillance est attirée par cela, alors je me lève de la rocking chair pour tenter une approche amicale. Voire même réconfortante. Mory me regarde avec cet air d’enfant perdu, je lui tends les bras. Il s’y réfugie sans hésitation pour pleurer à chaudes larmes. Je le sers fort contre moi en lui murmurant au creux de l’oreille :

 

« En l’âme d’un Homme se forge la force, malgré qu’en lui sommeille le néant et les incertitudes. Trouve la bonté d’avancer qu’importe ce qui nourrira ton chemin en bien ou en mal… »

 

Mory me regarde en tenant le dessin en main, l’air surpris puisque son regard s’oriente vers la kitchenette. Et là, un fait anormal se produit. Une sorte de sphère poussièreuse s’anime, des étincelles blanchâtres s’ensuivent. Je regarde en comprenant que…l’esprit de Psyché s’est invité parmi nous, à travers l’âme errante de Viola…

Commentaires (2)

Webstory
02.08.2023

Bienvenue à Mary Cerize dans la communauté d'écriture Webstory.

Mary Cerize
02.08.2023

Bonjour, Je remercie toute l'équipe de Webstory pour son accueil 😊🙏🏽

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